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Agence spécialisée dans l'architecture autant que dans l'ameublement, Atome Associés présente GETA, sa première collection de mobilier auto-édité à destination du grand public.
Habituée à l'exercice de la conception architecturale et à l’aménagement de ses espaces, Natacha Froger livre une collection personnelle en dehors des codes habituels d’Atome Associés. Imaginée avec Aurèle Duhart, également architecte, GETA est la première collection auto-éditée de l’agence. Un projet de dix-huit mois où se retrouve l'esprit luxueux et design présent dans les réalisations passées. Portée par sa forme imposante et son allure sereine, GETA est surtout un hommage au pays du soleil levant, nation de savoir-faire et d'inspiration pour Natacha Froger. Décliné en six pièces, cet ensemble, faisant la jonction entre l'identité d'Atome Associés et la culture japonaise, est à découvrir à la maison Jean-Marc Hervier à Saint-Ouen.

Une inspiration entre archives et bout du monde
Passionnée par le Japon pour ses grands noms de l'architecture, Natacha Froger l'est également pour « le grand écart entre l'aspect visionnaire et contemporain du pays mêlé à son côté ancestral guidé par le goût du perfectionnisme. » Pourtant, lorsqu'elle décide de concevoir une nouvelle collection, l'idée n'est pas nécessairement de suivre cette destination. « Au départ, le leitmotiv était de savoir quel objet nous voudrions sortir en premier à destination du public » précise la conceptrice. Une réflexion qui la mène à fouiller avec son équipe dans les archives de l'agence fondée en 2005. « Rapidement GETA s'est imposée car cette pièce reflétait l'ADN de l'agence, à savoir un travail artisanal et une certaine esthétique japonisante que nous aimions tous. » Pourtant, GETA est alors très différente de la collection actuelle, puisqu'il s'agit d'un lave-mains dessiné pour le Château de la Forêt, un projet réalisé quelques années auparavant. « Nous avions dessiné cet élément en forme d'abreuvoir en raison de la localisation du monument sur un territoire agricole, et nous l'avions réalisé en bois brûlé – technique japonaise du Shou sugi ban – en référence aux toitures noires de l'édifice et aux denses espaces boisés qui l'entourent. » Une première allusion indirecte au Japon, mise par la suite en exergue. « De la forme initiale nous est apparue celle de la geta, le soulier japonais porté quotidiennement jusque dans les années 60. C'est donc un élément encore fortement ancré dans la culture locale, que nous avons décidé de réinterpréter. » Une démarche qui a poussé la créatrice jusqu'à Sakae, berceau de ces chaussures.

Une collection dans l'esprit de l'agence
« Chacun de nos projets architecturaux s'imprègne de la culture locale, car nous pensons que construire ou designer pour l'Homme est avant tout sociologique, biologique... bref humain. Avec GETA, nous avons donc souhaité remonter le fil d'Ariane de l'histoire et de la culture du pays » évoque Natacha Froger. À ce titre, la collection propose un condensé du Japon. Bien que fabriquée dans le nord du Portugal, elle reprend les codes esthétiques propres aux pas des geishas. À l'image de la pluralité des types de getas portées historiquement par la noblesse comme par les ouvriers, les piétements monolithiques et tout en rondeurs varient d'un module à l'autre, rappelant outre l'attribut vestimentaire, tantôt des torii, tantôt des lettres de l'alphabet nippon. La conjugaison du bois de noyer et de la laque, proposée dans des coloris récurrents sur le territoire, est également un hommage aux savoir-faire locaux. Les formes, les matériaux ou les couleurs sont donc autant de traits d'union entre le design et l'humain caractérisés par l'idée du « dessin à dessein », portée par l'agence. Au-delà de l'homophonie, c'est une certaine approche de la création basée la cohérence entre source d'inspiration et pouvoir visuel de l'objet qui est mise en avant.


8 épisodes pour 8 designers : entre confessions et récits, les invités viennent, dans ce format inédit, détailler leurs processus créatifs et exprimer leurs singularités.
Objets, architecture, mode... le design est omniprésent dans chaque recoin de notre quotidien. Mais au-delà de l'aspect pratique auquel se conjugue l'esthétisme, le design est avant tout le fruit d'une réflexion et souvent d'un imaginaire personnel.
Au travers d'un nouveau format, Silvera propose de s'immiscer dans les processus créatifs de huit designers. Des rencontres au cours desquelles chaque concepteur laisse entrevoir sa personnalité par le biais de ses créations. L'occasion de porter également un regard plus transversal sur les effets de la société en terme d'écologie, d'intelligence artificielle ou encore de transmission.
Episode 1 : Gam Fratesi
Pour ce premier volet, Silvera reçoit Stine Gam et Enrico Fratesi du studio Gam Fratesi. Ils y abordent les liens entre le travail des designers d'hier et les répercussions sur les créations d'aujourd'hui. Comment réinterpréter les inventions passées ? Quelles places occupent le contexte historique et les évolutions comportementales des utilisateurs ?
Autant d'interrogations auxquelles le duo répond dans ce format intimiste de deux minutes.
Episode 2 : Tom Dixon
Dans ce deuxième épisode, Tom Dixon réaffirme la place de la singularité des idées.
Célèbre notamment pour ses luminaires, le designer britannique brosse un portrait réflexif où créativité et innovation s'entrecroisent, éléments-clés d’une société où numérique et intelligence artificielle occupent une place de plus en plus prépondérante.
Une courte mais riche leçon de l'un des designers les plus marquants des 30 dernières années.
Episode 3 : Jorris Poggioli
Fasciné par la conception et l'ampleur des possibles depuis son enfance, l'architecte-designer franco-italien Jorris Poggioli joue aujourd'hui avec l'espace mental, libre de tout enjeu, et le monde réel aux multiples contraintes.
Intéressé par la notion d'intemporalité de ses pièces ainsi que par leur dimension émotionnelle, le créateur aborde également son travail sous l'angle de la transmission à l'égard des jeunes designers. Une démarche transgénérationnelle liée par le besoin de concevoir et la curiosité.
Episode 4 : Patricia Urquiola
Consciente du monde particulièrement numérique et connecté qui nous entoure, la créatrice Patricia Urquiola se questionne quant à la place du progrès dans ses objets. « L'énergie presque magique » qui se dégage des formes courbes et leurs conséquences sur les utilisateurs constituent pour la designer espagnole le point névralgique de son travail.
Une sensibilité personnelle et matérielle qu'elle transmet en quelques mots dans ce quatrième épisode.
Episode 5 : Ron Arad
Le 5e épisode de la série se concentre sur le designer israélien Ron Arad, connu pour naviguer entre art, design et architecture. Assis sur le très sculptural fauteuil One Page édité par Moroso, il se livre sur l’importance de se focaliser sur les bonnes idées. « Quand tu as une idée, tu dois te demander : "si je vais dans une galerie et que je vois cet objet, serais-je jaloux ?" Si la réponse est non alors je l’abandonne et si c’est oui alors je le fais. »
Episode 6 : Studio Zaven
Condition sine qua non à toute conception design, l'idée est « la base du travail ». Pour ce nouvel épisode dédié à l'inspiration, Enrica Cavarzan et Marco Zavagno du studio vénitien Zaven abordent l'importance de combiner intérêt et attention notamment aux choses futiles du quotidien. Une source foisonnante d'éléments favorisant le renouveau de sa vision et susceptibles d'inspirer de nouveaux axes de recherche. Une réflexion sur l’un des fondamentaux du design, préalable à l'imagination.
Episode 7 : Jean-Marie Massaud
Où se positionner pour répondre correctement aux besoins et comment les synthétiser pour y apporter des réponses simples ? Dans ce sixième volet, Jean-Marie Massaud soulève des questionnements propres au monde de la conception, et existentiels dans l'esprit de chaque créateur.
Entre quête de clarté et de singularité, le designer français propose de naviguer entre l'idée de base et la solution matérielle. « Le design n'est pas "problem solver" mais "solution provider" » résume celui pour qui ce domaine est avant tout une affaire « d'innovation élégante ».
Épisode 7 : Faye Toogood
Créatrice londonienne, Faye Toogood questionne la place du designer dans la société. Convaincue par le rôle de l'objet comme transmetteur émotionnel entre elle et l'utilisateur, la créatrice de vêtements et de pièces de mobilier pose un regard empreint de sensibilité sur son métier. Une évolution par rapport à la notion initiale du design qui visait seulement « à résoudre un problème avec rigueur et recherche ». Un sujet abordé parallèlement au regard porté sur la place des femmes dans cet univers au cours des dernières décennies.

Composé des marques Luceplan, Calligaris, Connubia, Fatboy et Ditre Italia, le groupe Orbital Design Collective propose une offre allant de l’éclairage au mobilier en passant par les accessoires pour la maison. Bien que faisant parties d’un même groupe, chaque marque garde son identité propre afin de proposer des produits adaptés aux besoins du client avant tout. Explications auprès de Riccardo Mattelloni, responsable contract du groupe.
Pour sa seconde édition, le salon EspritContract, organisé en parallèle d’EspritMeuble, sera de retour au Pavillon 1 de la Porte de Versailles avec 110 exposants dont le groupe Orbital Design Collective. Un groupe composée de cinq marques italiennes reconnues pour leur produits et savoir-faire qui proposent des projets complets, à l’image des clients avec qui ils collaborent.
Comment ces 5 marques en sont-elles venues à travailler ensemble ? Quel est l'objectif du groupe ?
Le groupe Orbital Design Collective, qui comprend les marques Luceplan, Calligaris, Connubia, Fatboy et Ditre Italia, a été crée dans le cadre d'une stratégie visant à offrir une offre diversifiée mais cohérent de produits de haute qualité axés sur le design. Pour autant, chaque marque apporte son propre héritage, son expertise et ses domaines de prédilection, à savoir l’éclairage pour Luceplan, le mobilier pour Calligaris, Connubia, Ditre Italia ou les accessoires pour la maison en ce qui concerne Fatboy. L'objectif du groupe est de tirer parti des atouts uniques de chaque marque tout en offrant une solution globale aux secteurs contractuel et résidentiel. La synergie entre les marques permet à Orbital Design Collective de répondre à un large éventail de besoins en matière de design et de projets, qu'il s'agisse d'espaces résidentiels ou commerciaux.
Quelle est la place du contract dans le groupe (chiffre d'affaires, part de projets, etc.) ?
Le contract joue un rôle important au sein du groupe. Bien que chaque marque puisse avoir un marché légèrement différent, il y a une tendance croissante à la collaboration croisée, en particulier dans le secteur du contract. Des marques comme Luceplan et Calligaris, par exemple, jouissent d'une forte reconnaissance dans les projets commerciaux et hôteliers. Ditre Italia est particulièrement reconnu pour ses projets résidentiels et d'hôtellerie haut de gamme, tandis que Connubia excelle dans les solutions d'hôtellerie confortable. Les projets contract sont un moteur essentiel des ventes, en particulier pour les projets sur mesure, et il représente une part importante de l'ensemble du portefeuille de projets. La capacité à offrir une large gamme de produits pour les clients du contract est un facteur de différenciation majeur pour le groupe.
Comment les projets sont-ils organisés au sein du groupe ? Existe-t-il une différenciation marquée entre toutes les marques ou le catalogue de produits est commun à toutes ?
Les projets sont généralement organisés en fonction du type de client et des exigences spécifiques du projet. Chaque marque conserve sa propre identité et son propre catalogue de produits, ce qui garantit une différenciation marquée en termes d’esthétique, des matériaux utilisés et de la fonctionnalité entre les marques. L’approche d'Orbital Design Collective permet une collaboration, offrant aux clients un mélange personnalisé de produits de différentes marques dans le cadre d'un même projet. Le catalogue de produits n'est certes pas commun à toutes les marques, mais le groupe propose une offre holistique en s'appuyant sur les forces individuelles de chacune d’elle.
Quels changements avez-vous observés dans le secteur au cours des dernières années ?
Il y a eu une véritable évolution vers des solutions de conception plus durables et adaptables. Les clients recherchent de plus en plus des produits qui allient haute qualité et responsabilité environnementale. L'accent a également été mis davantage sur les conceptions multifonctionnelles et la flexibilité, en particulier dans les espaces où l'adaptabilité est essentielle. La numérisation a également eu un impact sur le processus de conception, avec l’arrivée des outils de rendu plus avancés et la réalité virtuelle qui aident les architectes et les concepteurs à visualiser les projets en temps réel.
Un projet récent à nous présenter en quelques mots ?
L'un de nos récents projets marquants a été la conception et l'aménagement d'un hôtel à Milan, où nous avons pu intégrer des produits des cinq marques. Le projet nécessitait un mélange de solutions d'éclairage, de mobilier modulaire et de pièces extérieures distinctives. La collaboration entre les marques a permis d'obtenir un design sur mesure et cohérent qui répondait à la fois aux besoins esthétiques mais également fonctionnels. Le client recherchait un mélange d'artisanat italien et de design moderne, ce que nous avons été en mesure de faire grâce à notre catalogue diversifié.
Qu’attendez vous de votre participation à Esprit Contract ?
Notre participation au salon Esprit Contract vise à accroître notre visibilité sur le marché, en particulier auprès des architectes, des décorateurs d'intérieur et des principaux décideurs du secteur commercial. Nous voulons présenter l'étendue de notre offre et montrer comment nos marques peuvent offrir des solutions individuelles et intégrées pour des projets de grande envergure. Le salon est également l'occasion de renforcer les relations avec les clients et partenaires existants tout en explorant de nouvelles opportunités commerciales.

La 8e édition de la Biennale Emergences se tiendra du 10 au 13 avril 2025 à Pantin avec une série d’expositions et d’ateliers pour faire valoir le travail « des artisans du beau ». Les candidatures pour participer à l’édition 2025 sont ouvertes jusqu’au 1er décembre.
À nouveau curatée par les designeuses Helena Ichbiah et Véronique Maire - qui s’étaient déjà prêté à l’exercice pour l’édition 2023 - , la Biennale Emergences est de retour au Centre national de la danse [CN D] de Pantin pour sa 8e édition. Organisée par Est Ensemble avec le soutien de la ville de Pantin, cette biennale d’art a pour objectif de faire valoir le dynamiste des métiers d’art et du design. En 2023, se sont plus de 3000 visiteurs curieux ou connaisseurs qui ont fait le déplacement pour découvrir les différentes expositions qui mettaient en avant le travail de différents artistes et designers, tels que Hall.Haus, Marta Bakowski, Goliath Dyèvre ou encore Guillaume Delvigne, pour ne citer qu’eux.

Une édition centrée sur les communes d’Est Ensemble
Intitulée "9 Ter - Destination métiers d’art", l’édition 2025 de la Biennale Emergences est est une invitation à découvrir le talent des créateurs qui font vivre les communes d’Est Ensemble -. « 9 Ter » fait écho aux neuf territoires d’Est Ensemble que sont Bagnolet, Bobigny, Bondy, du Pré-Saint-Gervais, des Lilas, de Montreuil, Noisy-le-Sec, Pantin et Romainville, et fait référence à une destination, un lieu où se retrouvent savoir-faire ancestraux et créations d’aujourd’hui. À travers cette thématique, l’objectif est de mettre en lumière la création et les métiers d’art comme vecteurs de lien social et de dialogue entre les générations.

Candidatures ouvertes jusqu’au 1er décembre
Les candidatures pour participer à la Biennale Émergences sont ouvertes aux créateurs (artisans d’art, designers, artistes...) qui souhaitent exposer leur production et partager leur processus de travail. Ces derniers sont invités à compléter un dossier de candidature accessible sur le site de la Biennale jusqu’au 1er décembre minuit. L’appel est ouvert aux créateurs du territoire d’Est Ensemble et d’ailleurs. Pour valider leur participation, les candidats doivent proposer une production allant d’un objet à une série avec l’idée de traduire son processus de création au travers de dessins, de maquettes, de prototypes, d’échantillons, de vidéos et de réalisations. Il est également possible de constituer des duos ou des équipes pour faire dialoguer les savoir-faire. Enfin, les candidats retenus seront invités à participer à des ateliers pédagogiques et à des rencontres scolaires, en amont et/ou pendant la Biennale, pour permettre à un jeune public de découvrir l’univers de la création et des métiers d’art et de s’initier à leurs pratiques. Le rendez-vous est donné du 10 au 13 avril.
Plus d'informations ici : emergences-biennale.fr


La marque italienne Saba, d’ores et déjà implantée à Milan, vient d’inaugurer son premier flagship français boulevard Saint-Germain.
L’enseigne ne pouvait pas espérer meilleur emplacement. Fondée en 1987, la marque n’avait jusqu’ici jamais dépassé la frontière italienne. Après l’ouverture d’un premier showroom à Milan en 2022, la marque a voulu s’étendre davantage. Pour son premier flagship, c’est à Paris, à la place de l’ancien Rochebobois contract que Saba a décidé de prendre place. La France, qui représente le premier marché à l’international de la marque, était donc un choix logique pour exporter une première boutique hors d’Italie. « La France est le pays hors Italie où nous vendons le plus. Jusqu’ici nous n’avions que des revendeurs mais ça nous tenait à coeur de pouvoir ouvrir un magasin physique à Paris » racontait Alexandra Santi, responsable communication de la marque, lors de l’inauguration du showroom.

Une marque à l’ADN féminin
Entreprise entièrement dirigée par des femmes, on retrouve ainsi une touche de féminité et de sensualité dans tous les produits Saba. « Nos designers ne sont pas tous des femmes, mais ils ont compris quel était le message que l’on voulait transmettre avec nos pièces. Si je devais décrire la marque en quelques mots, je dirais qu’elle est humaniste, poétique et sensuelle » ajoutait Alexandra Santi. Pour cette première présentation, le showroom a été aménagé de sorte à exposer des modèles iconiques d’une part ainsi que les nouveautés qui avaient été présentées lors de Salone del Mobile à Milan en avril dernier. On peut ainsi citer parmi les iconiques exposés les canapés Pixel de Sergio Bicego ou encore la table Teatro Magico de 967Arch. En termes de nouveautés, on peut retrouver le canapé Vela Piping de Zanellato/Bortotto ou encore les tables basses Tres de MUT design.

Zanotta présente Z24, un ensemble de cinq pièces nées de la collaboration avec le duo belge Muller Van Severen.
Difficile de dire si la couleur sert la forme ou bien si c'est l'inverse. Une chose est sûre, Z24 passe difficilement inaperçue. À l'image de son éditeur, l'italien Zanotta, la collection s'illustre par sa forte présence visuelle. Présenté lors de la Design Week de Milan, cet ensemble composé d'un buffet, d'une table de chevet et de deux meubles de rangement bas, a été dessiné par le studio de design belge Muller Ven Severen fondé en 2011.

Au rythme de la lumière
« Pour ce projet mené avec cette entreprise emblématique depuis les années 60, nous avons décidé de concevoir une série de meubles de rangement où l'interaction avec la lumière et l'ombre est l'aspect le plus important » expliquent Fien Muller et Hannes Van Severen. Réalisée en MDF laqué, la collection joue l'éclairage environnant au rythme de ces façades saillantes. Les portes constituées d'une répétition de triangles créent, au-delà du rythme qu'elles imposent, un jeu d'ombres et de lumières animant le meuble de forme, en elle-même très basique. Un comportement induit notamment par une palette de neuf couleurs très diversifiée du vert gazon pop au cire passe-partout. Une sélection sans aucun doute inspirée par le passé artistique des designers et leur vision à mi-chemin entre le design et l'art. À noter que les meubles peuvent également être agrémentés d'un système LED entre les étagères de rangement en verre trempé.

Roche Bobois présente Elanta, sa dernière collection simple et élégante dessinée par le designer Patrick Norguet.
Pour sa nouvelle collaboration saisonnière, la marque de mobilier française Roche Bobois a convié Patrick Norguet. Une association nouvelle entre ces deux noms du design, mais également l'une des premières entre une marque française et le designer. Rassemblés autour de la notion du « design à vivre », les deux parties ont travaillé main dans la main à l'élaboration d'une collection composée d'une douzaine de pièces. Contemporaine sur le plan visuel, celle-ci propose une approche somme toute assez traditionnelle de l'ébénisterie, bien que rehaussée de subtils détails artisanaux.

Une demande sommaire
L'histoire de cette collection commence il y a deux ans. Une soirée, une rencontre et très rapidement la collaboration est initiée. « Travailler avec Roche Bobois a été un exercice assez délicat car la marque propose une offre de produit particulièrement large et le brief initial était lui aussi très vaste, à savoir s'inscrire dans ce que la marque appelait autrefois "les classiques". C'est-à-dire une gamme avec des matériaux primaires comme le bois et un process simple » explique Patrick Norguet. Débute alors un échange avec l'équipe de Roche Bobois pour en intégrer l'écosystème. « J'ai besoin dans chaque projet de saisir le processus, le mode de fabrication, les besoins de la clientèle et ceux de la marque, pour la comprendre et à partir de là, proposer les premières esquisses. » Un travail sensible et caractéristique du designer qui travaille dans un second temps sur des prototypes à partir desquels les lignes sont ajustées et les proportions adaptées. Un procédé duquel s'est dégagé assez rapidement l'évidence d'une collection manufacturée en bois loin de toute sophistication inutile.

Un design très construit, mais passe-partout
« C'est une collection qui n'est pas très dessinée, mais largement identifiable et surtout équilibrée » analyse Patrick Norguet, dont le travail s'est basé sur la recherche de l'épure. D'apparence commune vue de loin, mais complexe de près, la table est à l'image de la collection : architecturée. Travaillée de manière à la fois classique avec des systèmes d'ébénisterie comme les tenons et mortaises, et à la fois très contemporaine grâce à une technique d'usinage cinq axes, Elanta est riche de détails. De la bague métallique qui sertit finement les accoudoirs des bridges en passant par le passepoil ton sur ton des tables en chêne, la collection se veut « simple et élégante ». Une double notion qu'il avoue galvaudée car éminemment culturelle, mais néanmoins dictée par l'équilibre des assemblages et la justesse des formes. « Mon travail n'est pas avant-gardiste ni rétro ni hors du temps. Il y a une forme de néoclassique. C'est une collection qui n'est pas prétentieuse et s'adapte à tous les environnements, que ce soit un intérieur bourgeois du 7e arrondissement ou quelque chose de très contemporain tout en béton brut » conclut le designer.

Autour de Jonas Pettersson et John Löfgren, une équipe de designers s’est fédérée et a mis en commun toute son intelligence. Créé en 2005, FUWL a déménagé début 2023 dans le quartier de la Petite France, à Stockholm.
À l’origine de ce nom, une faute de frappe qui a été transformée en signature. Quand on part en voyage, on envoie souvent des cartes postales à toute sa famille avec un simple « From us with love ». Qu’importe, la formule a été conservée et elle est devenue la devise du studio qui, cette année, à la veille de ses 20 ans, organisait dans ses nouveaux locaux une démonstration sur ce que l’on peut faire de mieux en Suède quand on n’a d’autres ressources que le bois. Ils sont devenus Les Experts en recyclage, une norme qui s’impose à tous. Leurs portes ouvertes mettaient en avant quatre marques suédoises et collaborations nées avant tout de rencontres humaines : Ateljé Lyktan, Stolab, Forming Function et Savo, dirigées respectivement par Richard Wegele, Martin Johansson, Pontus Everhed et Craig Howarth.

Avec Ateljé Lyktan, ils réalisent la suspension Hood, qui crée à la fois le halo et la lumière tout en isolant du froid et du son, s’étend par simple ajout de pièces et se décline dans de nouveaux matériaux compressés, recyclables, comme la laine et le chanvre. Avec Stolab, fabricant de chaises en bois, ils imaginent l’Alt Collection, qui combine assise sur piétement en bois à quatre pieds ou sur piétement cinq branches à roulettes, avec possibilité de rembourrer le dossier ou l’assise avec de la mousse et du tissu issus du recyclage. Avec Forming Function, une entreprise suédoise de luminaires établie en 1983, ils ont conçu une collection qui met le focus sur l’absence d’universalité des prises. Des multiprises se développent en deux, trois, quatre ou cinq longueurs de prises femelles pour recevoir des lampes à poser de 15 centimètres, à recharger avant de les emporter sur son poste de travail ou sa table de repas. La lumière en Suède est une matière rare, et il s’agit de la partager. Avec Savo, qui a l’ambition de penser le mobilier de bureau du futur, ils développent Spine, un tabouret de bureau pivotant sur lequel se greffe une colonne vertébrale sur laquelle coulissent dossier et repose-tête, réglables en hauteur et pour tout type de morphologie.

Flexibilité et adaptabilité
Un talk réunissait Oli Stratford, Grant Gibson de Material Matters, Akanksha Deo Sharma, designeuse Ikea et artiste, autour de John Löfgren de FUWL. Dans un monde qui ne cesse de se modifier, dans ses coutumes comme dans ses usages, le mobilier doit en permanence remettre en question ses matériaux et ses modes de fabrication, ainsi que son ergonomie et son adaptabilité pour mettre en forme des espaces plus fonctionnels, plus flexibles et plus évolutifs en fonction des postes de travail. Les espaces publics doivent aussi offrir des lieux dans lesquels on puisse se reposer et même laisser « flotter » son esprit, se relaxer. Avec Cubicle, FUWL proposait une installation spatiale propice à la concentration et à la productivité. Entrer dans un Cubicle se rapproche de la sensation que l’on peut avoir en entrant dans un compartiment de train, un sentiment d’isolement, de repos tout en restant connecté. Dans la bibliothèque d’Aarhus, il s’avère que les sièges favoris des visiteurs sont ceux qui sont dos au mur et face à l’extérieur, à la nature. « Ce genre de statistiques informe beaucoup les architectes d’intérieur sur les implantations à réaliser avec Cubicle », indique Martin Halle, directeur artistique chez +Halle. Des vitrines rendent hommage à Cubicle, presque comme dans le film « Playtime » (1967), de Jacques Tati. Chacun a son espace mais avec des liens – banc, table d’appoint, table de liaison… – qui permettent de définir une zone protégée, tout en restant connecté à l’équipe, au réseau, grâce à de simple liaisons en bois. « Vous pouvez installer jusqu’à vingt Cubicle dans un lieu ou un seul. Cubicle assure les mêmes fonctions que n’importe quel transport public, où vous pouvez vous asseoir les uns à côté des autres, face à face ou seul, en indépendant », explique Gabriel Follonier, designer industriel chez FUWL. Inspiré par l’architecture de bois de la chapelle Woodland (1935) de l’architecte Gunnar Asplund, FUWL a créé une assise fraîche, élégante, en simple multiplis de bois courbé, avec un pied en bois solide pour un langage architectural rassurant. « Nous voulions donner aux gens une sorte de paix d’esprit en convoquant notre passion pour les voyages en train, enveloppé dans des sièges confortables avec des tablettes pour travailler ou jouer. » Comme dans un voyage au long cours.

De la cendre au phosphate
Avec EasyMining Sweden, présent en novembre 2023 à la COP28 de Dubaï dans la délégation suédoise, ils exposaient les matériaux issus de la technologie Ash2Phos (de la cendre au phosphate), un procédé breveté de récupération du phosphore, qui produit un sable rougeâtre riche en oxyde de fer, et des matières essentielles à la production naturelle d’engrais issues des boues incinérées et intégrables dans de nouveaux circuits circulaires. Parmi eux, deux produits : une boue brunâtre qui peut faire office de peinture et un panneau insonorisant où le sable rouge joue un rôle essentiel. Le sable a été l’ingrédient clé pour fabriquer la peinture à la boue produite par Färgbygge Productions contenant un liant recyclable et un matériau de remplissage recyclé. Le sable a été utilisé pour remplacer une partie du ciment dans les panneaux acoustiques Traüllit réduisant ainsi l’empreinte carbone globale du produit. Form Us With Love a été invité fin 2022 par EasyMining à réaliser une étude pilote pour explorer les possibilités d’application du sable rouge. Le studio s’est concentré sur les éléments architecturaux allant de la peinture, des dalles isolantes aux briques de terrazzo, en passant par le mobilier d’extérieur en béton. Les quantités espérées par année frôlent les 45 000 tonnes. On est loin d’un projet à l’unité, et ils n’ont pas fini d’explorer le potentiel du fameux sable rouge.

Récentes collaborations
En juin 2024, à l’occasion des 3daysofdesign de Copenhague, ils présentaient avec String Furniture le système Center Center composé de plusieurs modules pouvant être assemblés au grès des envies, dans un souci de pluralité des usages. En octobre, ils ont été invités par Rareraw aux côtés de neuf autres designers pour créer une série d’objets afin de célébrer les 10 ans de la marque. Le duo dévoilait la table Runda, déclinée en plusieurs formats et coloris. Sur le salon Orgatec à Cologne également en octobre, ils dévoilaient le sofa Coomo et la chaise Noova réalisés pour Bene, en intégrant notamment sur l’usage de plastiques recyclés et recyclables dans leur processus de création.


Puiforcat présente Pilotis, sa dernière collection de bougeoirs et candélabres issues d'une collaboration avec le duo Barber&Osgerby.
« En présence d’une matière si réfléchissante, le design, selon nous, doit aller à l'essentiel. » De cette vision claire, les designers Edward Barber et Jay Osgerby ont dessiné Pilotis. Un ensemble de trois bougeoirs et trois candélabres en argent massif et à la forme épurée. Invités par Puiforcat à l'occasion d'une nouvelle collaboration, le duo britannique a confronté son amour de la ligne pure et de la simplicité des formes, avec l'identité de la maison parisienne fondée en 1820. Une rencontre entre deux visions et deux époques, l'une moderniste et l'autre art déco, héritée de l'orfèvre et designer Jean Puiforcat.

La forme simple
Inspirée de la villa Savoye de Le Corbusier et plus particulièrement de son modernisme architectural, la collection s'inspire outre de l'encastrement de ses formes primaires, le rond et le rectangle, du système de pilotis. Un concept nouveau au moment de sa achevée en 1931, et librement réinterprété dans cette collection. La géométrie de la finesse et de l'alignement sur toute la hauteur de ces objets, offre une conjugaison élégante entre la rondeur cylindrique de la bougie et le piètement plat du support. De quoi procurer une impression de flottement et une discrétion qui permet d'éviter tout sentiment de séparation entre les convives à l'occasion d'un dîner. La finition en polie miroir reflète quant à elle les flammes et permet à l'objet de s'intégrer à n'importe quelle table !


Encore les grands magasins diront certains. Peu originale sur la forme, la nouvelle exposition intitulée « La saga des grands magasins », l'est sur le fond. Faisant écho à sa prédécesseure du Musée des Arts Décoratifs « La naissance des grands magasins » terminée fin octobre, ce nouvel événement propose une approche centrée sur l'évolution architecturale de ces monuments, de 1850 à nos jours. Un périple divisé en trois époques où se succèdent les évolutions sociétales et les produits de consommation. Une approche culturelle et économique traduite par l'intermédiaire de pièces de mobilier, de vêtements, de publicités ou encore de maquettes de bâtiments plus ou moins familiers. « Une manière de souligner le caractère pléthorique de ces institutions à la volonté palatiale » souligne Isabelle Marquette, conservatrice du patrimoine et commissaire de l'exposition visible jusqu'au 6 avril 2025 place du Trocadéro.
Une épopée faite de rebondissements
Quoi de mieux que de réunir un manuscrit de Zola et un plan de Jourdain en guise de prologue métaphorique à l'histoire architecturale des grands magasins. C'est de Paris à Nancy, et de Buenos Aires à Kyoto, que cette nouvelle saga se raconte. Longue de près de deux siècles, ses chapitres sont égrainés de péripéties : le crack boursier de 29, la Seconde Guerre mondiale, les Trente Glorieuses ou encore la crise pétrolière des années 70 qui annonçait alors un premier changement de paradigme suivi cinquante ans plus tard d'un second sur fond d'écologie. Un chemin semé d'embûches et sur lequel les hauts lieux de la consommation ont su se réinventer pour continuer d'exister, dans les grandes capitales, mais également dans des territoires moins évidents.

L'architecture, illustre commerçante des Grands magasins
Initialement conçus pour attirer de nombreuses personnes et stocker de grandes quantités de marchandises différentes, les Grands magasins alors élitistes se distinguent par leurs conceptions très visuelles. Les façades sculptées renferment souvent des halls monumentaux eux-mêmes scindés d’escaliers d'apparat finement ciselés et parfois dorés comme en témoigne le fragment d’une rampe d'origine des Galeries Lafayette dessinée par Majorelle. Des ensembles dont émane une théâtralité à l'origine de cette nouvelle typologie d'espace, source d'inspiration pour des artistes comme Béraud ou Valoton. C'est également à cette époque que le plaisir de faire les magasins se développe dans les classes supérieures d'abord, puis moyenne avec lavènement du XXe siècle. Une période où s'accumulent les bouleversements économiques et sociaux démocratisant le non-alimentaire comme prêt-à-porter, et plus tard des objets d'art signés Colette Gueden pour le Printemps, et du mobilier comme l'ensemble Ozoo 1000 de Marc Berthier, directeur artistique des Galeries Lafayette -mobilier aujourd’hui édité par RocheBobois -. Des changements avec lesquels l'architecture, intimement liée, est forcée d'évoluer. Faisant table rase de ce que furent ces « ruches » - nom donné aux Grands magasins en raison de l'important nombre d'employés -, les bâtiments s'agrandissent pour devenir de véritables paquebots urbains sous les crayons d'architectes comme Mallet-Stevens ou Auguste Perret. Un modernisme constructif s'empare alors des édifices contraints, à grands coups de masse et de peinture opaque sur les ouvertures, de se plier à l'électrification et aux ajouts d'escalators, de passerelles et de parkings. Autant de paramètres donnant de nouveaux codes à ces « temples de la consommation ». De véritables villes dans les villes naissent alors en même temps qu'une notion nouvelle : le marketing. Repenser l’architecture devient alors un acte publicitaire à part entière !

Deux enjeux modernes autant que contemporains
Nombreuses sont ces notions qui demeurent à l'ordre du jour. Comment continuer d'attirer la clientèle dans les centre-villes ? Comment réinventer ces énormes structures ? Comment concilier ces espaces avec l’évolution des consciences ? Des questions auxquelles des architectes comme Andrée Putman – pour les escalators du Bon Marché - ont tenté de répondre en redessinant les espaces intérieurs, et que d'autres ont quelques décennies plus tard, tout bonnement pris le parti de ramener à leur apparence d'antan à l'image de la Samaritaine. Des alternatives tantôt artistiques, tantôt patrimoniales mais surtout fortes pour redonner vie à ces constructions centenaires.
En guise d'épilogue, Isabelle Marquette nous propose de lever les yeux vers une citation d'Andy Warhol datant de 1975. Interposée entre les photographies d'un centre commercial berlinois signé Jean Nouvel et une vitrine animée de Noël, nous pouvons lire : « Un jour, tous les grands magasins deviendront des musées et tous les musées deviendront des grands magasins ». Cette exposition à la diversité géographique intéressante et aux enjeux sociétaux en est indubitablement la preuve !


Dans le cadre de l'exposition « Bicyclette : Un autre tour entre la France et l'Italie » visible jusqu’au 8 décembre à Milan, deux vélos nés de la collaboration entre la marque française Décathlon et l'école Suisse ECAL, sont présentés. L'occasion de poser 5 questions à Tristan Care, designer en charge du projet.
De l'objet de loisir occasionnel au moyen de transport quotidien, en passant par le sport, le vélo est aujourd'hui et plus que jamais un phénomène social. Cargo, de route, électrique, d'intérieur, tout terrain, handisport, et même pliant, ses déclinaisons l'ont rendu accessible à presque toute la population. Originaire de France et très vite répandu en Italie, le deux-roues musculaire est mis à l'honneur dans une exposition milanaise nommée « Bicyclette : Un autre tour entre la France et l'Italie. » Deux après « Bicyclette(s), faire des vélos » présenté à la Cité du design de Saint-Etienne, Nodesign et Matteo Ragni ont souhaité proposer un aperçu de sa diversité stylistique. Réunis à Milan jusqu'au 8 décembre, 70 vélos rapprochent les racines historiques de cet objet devenu incontournable, et ses innovations techniques. Parmi ceux mis en avant, GALVA et E-VENTURE, tous deux issus du projet de conception « Sortir du cadre » mené par des étudiants de l'ECAL aux côtés de Décathlon. Une collaboration menée par Tristan Care, design leader des vélos trekking de la marque, et initiée sur fond d'éco-conception. Une thématique qui trouve ici toute sa place. « La bicyclette a toujours été au centre des préoccupations des inventeurs et des visionnaires. » note Mario Ragni. Raison de plus pour inscrire dans l'histoire de cet objet, la création de demain.

Pouvez-vous nous expliquer ce choix de travailler avec l'ECAL pour ce projet, « Sortir du cadre » ?
C'est une initiative qui a été lancée par l'équipe de vélo trekking dans la perspective de notre prochaine gamme qui sortira à la fin du mois de février 2025. Il y avait cette volonté de nous ouvrir à d'autres ressources et d'avoir une vision neuve notamment sur la thématique de l'éco-conception. C'est une école que Décathlon avait identifiée comme intéressante en raison de sa réputation d'une part, et de la capacité des étudiants à proposer des concepts forts d'autre part. C'était là le sens du projet, ne pas rester cantonner à ce qui est classiquement fait, mais comme l'indique le nom du projet : sortir du cadre ! Et puis, étant moi-même diplômé de l'ECAL, il y avait également un petit affect...
Comment avez-vous travaillé avec les étudiants sur la thématique du vélo dont ils ne maîtrisaient pas nécessairement les codes ?
Les vélos sont effectivement des produits très techniques et complexes qui intègrent de nombreuses pièces. Nous avons donc mené une phase d'introduction et d'accompagnement les premiers jours puis de manière plus occasionnelle au cours des six mois de projet. Nous nous sommes assez rapidement mis en retrait. Comme nous attendions des idées fortes, nous voulions rester neutres. Nous gardions seulement un regard distant sur les projets pour les aider en cas de besoin, et nous assurer que les idées restaient réalistes. Nous voulions éviter des propositions trop candides comme le bois par exemple qui n'est pas toujours la meilleure solution.
Parmi les choses particulièrement intéressantes à observer, il y avait la pluralité des projets. Dans cette classe, il y avait 10 nationalités différentes et les sensibilités étaient de fait très variées. La preuve que le vélo devait être réinterprété assez librement pour être diversifié.
Le thème de l’éco-conception était au cœur de ces réinterprétations. Comment cela s'est-il traduit ?
Avant tout, nous voulions éviter que les étudiants questionnent l'usage. Le but était de travailler uniquement la cible, à savoir, le vélo. Pour cela, nous leur avons mis à disposition nos ressources d'évaluation des émissions de CO2 en fonction des matériaux, et nous avons fait intervenir des techniciens pendant deux jours. Le but était de les épauler sur les questions de conception et de fonctionnalité. Sur les sept projets présentés numériquement, deux ont gagné et les créateurs sont venus au Btwin village de Lille pour fabriquer leurs prototypes avec nos équipes. Une autre manière de se confronter aux contraintes de l'éco-conception.

En quoi les deux concept-bikes sélectionnés étaient-ils novateurs ?
Chacun à leur manière, ces deux modèles questionnaient le process de fabrication. Le premier, GALVA, réalisé par Justus Hilfenhaus et Jiahao Huang, questionnait la matière en remplaçant l'aluminium habituel par de l'acier, un métal beaucoup plus lourd, mais bien moins polluant. L'allure très squelettique du cadre et la place centrale de la batterie dans une coque galvanisée nous ont plu. Il y avait un côté très technique et sans superflu intéressant. Tout comme la volonté de galvaniser le métal, un procédé plus polluant, mais qui sur le long-terme est extrêmement résistant.
Pour E-VENTURE imaginé par Gabriella Duck Garnham, Aurelia Pleyer et Yichen Wu, nous avons aimé l'idée de supprimer tout le superflu notamment plastique en le remplaçant par des pochettes flexibles et légères en textile. Il y avait également un aspect de valorisation puisque les tissus provenaient de chutes de produits Décathlon.
Ces projets dessinent de nouvelles pistes de questionnements. Seront-ils source d'inspiration ?
Certains prototypes confirment plus ou moins certaines de nos pistes de réflexions. Dans nos équipes, chaque personne a vu dans ces concept-bikes des parallèles avec sa propre spécialité. Néanmoins, notre collaboration n'avait pas pour but de produire des vélos à commercialiser tels quels. Nous changerions beaucoup de choses en interne, car ce projet restait exploratoire. À titre de comparaison, nous travaillons actuellement sur des vélos dont la sortie est prévue courant 2028. Il faut donc avoir un coup d'avance et c'était aussi pour ça que c'était intéressant de collaborer avec l'ECAL, afin de connaître leurs visions. C'est d'ailleurs ce qui a orienté les choix du GALVA et de l'E-VENTURE. Nous ne cherchions pas forcément les vélos les plus réalistes, mais plutôt ceux qui soulevaient des questions pour montrer que l'on peut aller plus loin dans nos réflexions.


Marque leader du groupe Cofel, Epeda s'affiche parmi les marques françaises spécialistes de la literie. Une expertise due à l'ancienneté de la marque et à son innovation technique comme l’explique Ghislain Daudeteau, directeur commercial du contract.
Reconnue sur le marché national, et dans une moindre mesure international, pour sa literie, la marque Epeda se dote depuis une quarantaine d’années, d'une branche spécialisée dans le contract. Une activité devenue au fil du temps majoritaire jusqu'à représenter un chiffre d'affaires de 24 millions d'euros au sein du groupe Cofel – composé notamment de Bultex et Merinos – occupant lui-même 30 % du marché français. « Epeda est donc une vitrine pour l'ensemble du groupe » précise Ghislain Daudeteau, directeur commercial de la partie contract. Un succès dû selon lui « au développement de solutions hôtelières en accord avec leurs besoins spécifiques. »
Une histoire ancienne et évolutive
Lorsque tout commence en 1929 avec le rachat d'un brevet de fabrication de suspensions à ressorts destiné à perfectionner l’assise des sièges de voiture, l'entreprise du nom de cette technologie est encore un rêve lointain. « C'est en voyant que ses salariés dormaient correctement sur les banquettes que Bertrand Faure s'est intéressé aux matelas » raconte Ghislain Daudeteau. Légende ou non, la marque développe plusieurs systèmes de ressorts jusqu'aux ressorts ensachés devenus aujourd'hui le produit phare répandu sur l'ensemble de la gamme. « Un travail de prospection commerciale » qui permet à la marque de se différencier de Bultex tournée vers une technologie alvéolaire ou de Merinos qui propose une technologie hybride, et de fonder son propre sillon.

Le projet, équilibre entre spécificité et homogénéité
Forte de 27 000 pièces créées chaque semaine dans ses usines de Rouen, Noyen-sur-Sarthe, Vesoul et Limoges, Epeda propose neuf catégories de lit. Une diversité due à ses projets menés avec plusieurs géants de l'hôtellerie. Parmi eux, le groupe Accor pour lequel Epeda a réalisé le MyBed dont bénéficie Sofitel depuis 2005, ou le groupe Barrière pour lequel la marque a créé une édition spéciale à l’occasion de ses 110 ans. Une offre qui fait cependant face à « une équation difficile à résoudre » rapporte Ghislain Daudeteau. « Nous devons peser nos projets pour ne pas nous perdre dans des spécificités, car nous ne faisons pas de l'artisanat à l'échelle d'une petite structure. Cependant, nous devons également adapter constamment nos produits pour répondre au mieux à nos clients. » Une contradiction entre offre et demande à laquelle la marque doit faire face. « Aujourd'hui, tout le monde souhaite se diversifier, mais chez nous, nous pensons qu'il est plus porteur de ne pas trop se disperser pour rester dans notre rayon, celui du contract, et pour garantir une homogénéité de confort sur tous nos produits. » Un besoin autant qu'une question d'image pour la marque dont une partie des matelas achetés par des particuliers ont d'abord été testés dans des hôtels. Une attitude qui induit « une homogénéité de confort sur l'entièreté d'une gamme y compris sur différentes années » estime le directeur du contract. Une contrainte sur laquelle la marque s'appuie pour atteindre de nouvelles cibles et diversifier son marché. « Nous avons mis en place une offre de leasing. Elle nous permet de renforcer notre lien avec les hôtels par la mise en place de contrats de partenariats, mais également avec les particuliers qui profitent ainsi d'une offre “B2B2C”. Par ailleurs, une offre digitale à destination de nouvelles communautés, comme les comités d'entreprises et les associations sportives a été créée. » Une nouvelle alternative grâce à laquelle la marque touche de nouvelles cibles nationales en attendant d'étendre significativement son marché au niveau européen.

Créateur d'ameublement luxueux depuis 1947, EPOCA propose au monde de l'hôtellerie une offre diversifiée imaginée en adéquation avec les exigences sociétales et architecturales contemporaines développe Luis Rocha, directeur général.
Après une première édition lancée en 2023, le salon EspritContract, organisé en parallèle d’EspritMeuble, sera de retour au Pavillon 1 de la Porte de Versailles avec 110 nouveaux exposants. Parmi eux, l'entreprise familiale EPOCA. Originellement dédiée au bois, la société portugaise s'est diversifiée dans la seconde moitié du siècle dernier à tout type de meuble offrant un regard neuf, mais toujours emplie de savoir-faire. Aujourd'hui spécialisée dans le contract de luxe majoritairement conçu à destination de l'hôtellerie, l'entreprise poursuit son évolution à travers une expansion géographique et une attention environnementale.

Que représente le contract dans votre entreprise (produits/projets, chiffre d'affaires, etc.) ?
Pour EPOCA, le secteur du contract est aujourd'hui devenu la pierre angulaire de notre modèle d'entreprise de part l'ampleur des projets et les opportunités de revenus. Positionnée comme fer de lance pour nous, l'hôtellerie de luxe contribue de manière importante à notre chiffre d'affaires, et positionne EPOCA comme un acteur clé de l'ameublement contract de luxe à travers le monde. Un secteur qui représente 90 % de notre production et nous permet de travailler sur plusieurs projets nationaux et internationaux.
Qui sont vos clients internationaux ?
Notre internationalisation se concentre principalement sur l'Europe occidentale (Espagne, France, Royaume-Uni), les États-Unis et le Moyen-Orient dans le segment du luxe. Ceci dit, nous développons également depuis une décennie des projets personnalisés dans d'autres zones géographiques qui ne figurent pas initialement sur le radar des exportateurs nationaux, telles que l'Afrique, l'Asie, ou les Caraïbes.
Vous parlez d’un croissance constante et d’une présence à l’étranger, mais comment expliquer votre capacité à concilier la globalité d'un projet contract avec l'univers du luxe qui nécessite une vision précise et détaillée de chaque pièce sur une longue période ?
Pour concilier la portée globale des projets contract avec la précision et le détail des produits de luxe, nous associons notre savoir-faire à une approche de gestion de projet rationalisée et adaptative. Notre processus rationalisé garantit une utilisation efficace des ressources et une livraison dans les délais, tandis que notre approche adaptative nous permet de répondre rapidement aux changements et aux commentaires des clients.
Par ailleurs, pour augmenter notre efficacité, nous commençons tous nos projets par une consultation approfondie de nos clients pour saisir les exigences en matière d'esthétique, de fonctionnalité et de marque. Nous nous basons ensuite sur ces lignes pour toutes les phases de la production réalisées par des équipes locales et internationales pour maintenir une communication transparente et un contrôle de la qualité dans les différentes régions.
Un cahier des charges qui imposent sans doute quelques difficultés… Lesquelles ?
Le plus difficile a été de se développer en innovant et de parvenir à croître dans ce secteur exigeant et compétitif. Aujourd'hui, il demeure plusieurs complications, mais plutôt en raison des normes élevées, de la logistique complexe et des délais stricts qu'ils impliquent. Il faut trouver un équilibre entre la personnalisation et l'évolutivité. Chaque article doit répondre à des spécifications précises en matière de qualité, de conception et d'artisanat, ce qui exige une grande attention aux détails et un savoir-faire artisanal, qui allonge souvent les délais de production.
Un des autres défis consiste à garantir une qualité constante dans les différents sites internationaux. Les projets de luxe exigent une coordination sans faille entre les fournisseurs, les équipes logistiques et les installateurs sur place, ce qui peut être compliqué par des facteurs tels que les différences de réglementation et les coutumes. En outre, les ajustements de dernière minute et l'évolution des attentes des clients peuvent entraîner des contraintes de temps et de coûts. Pour relever ces défis, il faut une planification méticuleuse, de la flexibilité et un solide réseau de partenaires de confiance afin de fournir un produit final exceptionnel qui réponde aux attentes élevées des clients de l'hôtellerie de luxe.

Et comment avez-vous évolué malgré cela ?
Significativement ! Ces dernières années, notre branche contract a été marquée par une demande accrue de mobilier sur mesure, durable et multifonctionnel qui s'aligne sur les normes de luxe et les tendances de l'hôtellerie contemporaine. Les clients recherchent désormais plus que des pièces de haute qualité ; ils veulent des designs uniques et durables qui améliorent l'expérience des clients et reflètent l'identité de leur marque. Pour répondre à ces demandes changeantes, nous avons élargi nos capacités de conception et de production, en intégrant des matériaux durables.
Nous avons également adopté des outils numériques pour faciliter les collaborations virtuelles avec des clients internationaux, permettant une personnalisation précise et une gestion efficace des projets au-delà des frontières.
Un aspect environnemental que vous inscrivez dans vos perspectives ?
C'est l'une de nos priorités ! Intégrer davantage les pratiques durables dans nos processus de production, afin de répondre à la demande croissante de mobilier de luxe respectueux de l'environnement, sans compromettre la qualité ou l'attrait esthétique.
Et comment cela se traduit-il ?
Par un approvisionnement en matériaux produits correctement et l'exploration des méthodes de fabrication innovantes qui s'alignent sur nos objectifs environnementaux. Nous visons également à renforcer nos capacités numériques, en améliorant les outils de collaboration virtuelle qui nous permettent de travailler en toute transparence avec des clients internationaux sur des projets sur mesure. L'expansion sur de nouveaux marchés mondiaux est un autre objectif, car nous continuons à rechercher des partenariats stratégiques et à explorer des zones émergentes où la demande de solutions d'accueil de luxe est en hausse.
C'est donc la raison de votre participation au salon ?
En partie, car nous cherchons à élargir notre réseau de partenaires industriels. Mais c'est aussi l'occasion de montrer comment nos solutions de mobilier sur mesure répondent aux besoins évolutifs des hôtels de luxe, de la durabilité au design multifonctionnel. Le salon offre une plateforme pour entrer en contact avec les leaders de l'industrie, les designers et les spécialistes de l'approvisionnement.Enfin, nous cherchons à mieux comprendre les tendances émergentes et les attentes des clients dans le secteur contract. Il s'agit donc d'un mélange d'idées et d'objectifs !


Épaulée par le studio Formafantasma, la marque finlandaise Artek a repensé son approche environnementale et esthétique du bois dans une nouvelle collection nommée Forest. Une démarche présentée au showroom RBC jusqu’au 31 janvier 2025.
Largement ancré dans le paysage design et représentative du style scandinave depuis près de 90 ans, la marque Artek présentait courant octobre sa nouvelle collection appelée Forest. Une gamme de mobilier reprenant les classiques de son catalogue, mais repensés en collaboration avec le studio italien Formafantasma. Ce dernier, fondé en 2009 par Andrea Trimarchi et Simone Farresin, a invité la marque finlandaise à questionner ses choix dans le but de diminuer son empreinte environnementale. Une démarche largement engagée mais perfectible comme l'a souligné le duo spécialisé dans le design prospectif et les interventions transformatrices, qu'elles soient matérielles, techniques, sociales ou discursives.

L'histoire d'une démarche
Engagée sur le plan environnemental notamment par la centralisation de 80 % de sa fabrication sur le territoire finlandais de même que le bouleau majoritairement issu des forêts locales, Artek a entamé sa collaboration avec Formafantasma en 2020. « Nous voulions comprendre comment diminuer davantage l'impact de notre industrie et Formafantasma à soulevé un problème essentiel et pourtant très visible : l'absence de nœud, de veinage... » raconte Marianne Goebl, directrice générale d'Artek. Jusqu'alors choisies en fonction de leur uniformité, toutes les pièces de bois présentant des « impuretés » étaient alors envoyées au rebut. « Nous avons donc travaillé autour d'un projet nommé Wild Birch, c'est-à-dire Bouleau Sauvage, pour développer une réponse qui soit à la fois plus écologique mais également esthétique ». Cette démarche conclut par une tolérance « des variations naturelles » résultant de la croissance de l'arbre ou de la présence d'insectes s'accompagne aussi d'un plus large nuancier de teintes brutes. Sortie en 2023, une édition du célèbre Stool 60 a été lancée avec cette philosophie. Un nouveau tournant pour la marque sur le plan écologique en maximisant l'usage des arbres abattus, mais aussi visuel avec des modèles potentiellement uniques !

Penser l'avenir et revenir en arrière
Parallèlement à la collection Forest où sera regroupée une sélection de tabourets, de tables, de chaises et de bancs, Artek a annoncé appliquer son projet à l'ensemble des tables Aalto d'ici 2025. Une manière de faire évoluer une part de son marché sans pour autant décliner l'intégralité de ses pièces. Mais derrière la volonté d'amélioration de son procédé industriel, Artek renoue d'une certaine manière avec l'esprit de ses débuts. « Lorsqu'en 1935, un quatuor alors inconnu composé des collectionneurs Maire Gullichsen et Nils-Gustav Hahl et des architectes Aino et Alvar Aalto, décident de fonder la marque, celle-ci repose sur trois piliers » explique Marianne Goebl. « Le premier était l'art moderne, le second la propagande -qui avait alors pour signification l'éducation par le design- et le troisième était l'industrie intérieure. » Un triptyque qui transparaît par la vision du couple Aalto, fasciné par les courbes Thonet et la question de la standardisation des cellules employée par la suite à travers le célèbre piétement Artek. Une vision formelle, économique et esthétique à laquelle il semble désormais naturel de lier la question environnementale pour comprendre l'évolution contemporaine de la marque.

Et pour découvrir la collection Forest et mieux comprendre l’évolution d’Artek, rendez-vous jusqu’au 31 janvier au showroom RBC, 40 rue Violet dans le 15e arrondissement de Paris.

Spécialisée dans des pièces de mobilier à l’allure futuriste à mi-chemin entre la technologie contemporaine et l'artisanat d'hier, la marque mexicaine ATRA s’exposait en octobre à Paris. Retour avec son directeur créatif, Alexander Diaz Andersson, sur l'identité créative du studio et sa transposition dans les pièces haut de gamme, souvent uniques.
Atra, c'est la finesse de la pierre qui en fait oublier son poids, c'est l'allure qui en fait oublier la matière, quand ce n'est pas cette dernière qui semble primer sur l'usage. Nous pourrions dire qu'Atra est une marque dictée par la radicalité sculpturale des formes et l'éloignement de tout classicisme, mais son directeur créatif, Alexander Diaz Andersson, préfère lui parler « de créations motivées par un sentiment d'émerveillement. ». Une vision défendue par « CARE INSTRUCTIONS », la première exposition parisienne de la marque qui s'est tenue mi-octobre.

Fondée en 2014 comme une entreprise dédiée au mobilier sur mesure de luxe, ATRA s'est progressivement transformée en studio pluridisciplinaire, devenu au fil des ans une « petite école de pensée et d'expérimentation des processus de conception. » En découlent des pièces - dont une douzaine étaient exposées - aussi diverses dans leurs usages, que dans leurs formes et leurs matériaux. Ainsi gravitaient autour d'un sofa Beluga disproportionnelement grand en alpaga noir bouclé et laiton vieilli, la table basse Pebble en onyx blanc et la table d'appoint Neptuno en marbre vert veiné. Autour, un corpus de luminaires disparates en argent ou en laiton apportaient çà et là, une lumière diffuse. Chez ATRA le décoratif prime sur le fonctionnel et ouvre les portes de « la nouvelle esthétique du futurisme » née d'une « vision utopique de l'avenir où le design, l'architecture, l'humanité et la nature coexistent en harmonie et se nourrissent mutuellement. »

Un design hérité de mondes opposés
« Mes origines suédoises et mexicaines se reflètent dans nos créations » où se mélangent des lignes modernes épurées et la minéralité de matériaux à forte présence visuelle. Éclectique, « CARE INSTRUCTIONS » est le fruit d'inspirations tout autant complémentaires que contradictoires. Outre sa double culture, Alexander Diaz Andersson évoque une « fascination pour le point de tension entre le terrestre et le céleste, le monolithique comme le lourd et le léger, le brutal et le raffiné. » Des oxymores réunis dans des créations luxueuses souvent hors du commun. « C'est le contraste de ces concepts qui définit véritablement le style ATRA. » Mais derrière ces notions, c'est surtout d'idées dont il est question. Créateur de pièces à la fois naturelles dans leurs matériaux mais très artificielles dans leurs styles, c’est donc avec une logique assez paradoxale que le designer dit avoir pour principale source d'inspiration l’écosystème. « Qu'il s'agisse du design cosmique ou de la perfection de la nature, mes idées me viennent de ce qui m'entoure et de ce que je vois en me promenant. »

La conception trait d'union entre passé et futur
Imaginées comme des ponts entre le passé et le présent, les pièces éditées par ATRA font « coexister harmonieusement l'innovation et la tradition. » Une philosophie temporelle et conceptuelle évoquée depuis quelque temps par l'idée de « Future Relics ». Une appellation qui fait le lien entre les époques et amène par l'objet de nouvelles pistes de réflexion. « CARE INSTRUCTIONS » s'offre ainsi au visiteur comme la continuité d'ATRA2100, une première série de pièces présentée lors de Design Miami 2021. Une collection qui avait alors pour but « d'interroger les valeurs futures de l'objet et les aspirations de notre mode de vie à la fin du siècle. » Une philosophie inscrite parallèlement à la démarche du studio entre questionnement temporel et design. « Nous concevons des objets en pensant à l'avenir, c'est-à-dire à la manière dont l'objet vieillira, se patinera. Pour certains, cette empreinte du temps sur leurs objets est quelque chose qu'il faut chérir, tandis que pour d'autres, elle représente exactement le contraire - une aversion à laisser l'entropie entrer dans leur vie. » Deux approches radicalement opposées, que le designer à souhaité soulever discrètement à Paris en disposant en face-à-face deux canapés Beluga blancs dont l'un était entouré d'une Peau en polymère et scellé. L'occasion de recréer « une réflexion sur le passage des ans en juxtaposant un objet sur lequel le temps fait son œuvre et un second ou la notion de temps est suspendu par la préservation et l'inutilisation de l'objet. » Une création concept à la limite du design, de l'Art et de la métaphysique, qui intégrait une autre grille de lecture à cet ensemble luxueux signé ATRA.


Implantée au nord du Portugal depuis 2001, Meia Madeira est aujourd'hui l'un des acteurs importants de la production de mobilier bois haut de gamme à destination du contract. Une activité que les deux frères et désormais co-directeurs Fernando et Faustino Sousa relatent pour nous.
Après une première édition lancée en 2023, le salon EspritContract, organisé en parallèle d’EspritMeuble, sera de retour au Pavillon 1 de la Porte de Versailles avec 110 nouveaux exposants dont Meia Madeira exposera son travail. Spécialiste du bois à destination de projets contract haut de gamme, la marque établie dans la région de Porto propose des solutions à destination du secteur hôtelier et des particuliers. Une direction régie par l'adaptabilité et le perfectionnisme de la marque envers toutes les typologies de projets.
Que représente le secteur du Contract pour votre entreprise ?
Chez Meia Madeira, nous nous qualifions comme des « tailleurs du bois », créant des « costumes sur mesure » à destination de chaque projet. Le secteur du Contract occupe aujourd'hui une part significative de notre chiffre d'affaires, ce qui s'explique certainement par notre capacité à réaliser des projets classiques, contemporains et avant-gardistes. Une diversité que nous exprimons par la création de meubles sur mesure ou la production et l'installation de portes techniques.
Et selon vous, quelle est la force de Meia Madeira vis-à-vis du secteur Contract ?
Notre polyvalence, et ce pour chaque client, qu'il soit architecte et ou décorateur. L'idée première étant évidemment d'offrir des solutions personnalisées à la fois fonctionnelles et esthétiques. Chez nous, cela passe par des équipes qualifiées à toutes les étapes, à la fois au début de la chaîne avec des personnes habiles sur les logiciels, mais également à la fin avec des équipes de montage prêtes à relever tous les défis.
Vous êtes spécialistes du bois. Quel rôle joue-t-il dans vos projets globaux/Contract ?
Ce matériau est l'âme de nos projets. Il possède le triple avantage d'être travaillé pour être design, d'être chaleureux et donc confortable et enfin d'être durable. C'est pourquoi il est le fil rouge de Meia Madeira et se retrouve dans tous nos produits. Donc pour répondre en trois mots : un rôle central.
Étant donné que le bois est un matériau facilement ajustable, les projets Contract représentent-ils des opportunités d'élargir votre gamme habituelle de produits ?
Il nous permet constamment d'élargir notre gamme de produits, en particulier dans les projets Contract. Sa grande variété de finitions et d'essences nous permet de jouer avec les styles et les rendus pour diversifier nos réalisations. Mais là où c'est également intéressant, c'est sur la possibilité qu'il offre concernant la création de partenariats. Que ce soit pour son traitement, mais également pour se maintenir au courant des dernières innovations dans le domaine de la menuiserie.

Comment la branche contract a-t-elle évolué ces dernières années ?
Considérablement, si l'on parle uniquement de notre marque. Il y a deux choses. Le premier volet concerne l'évolution liée au développement de nouvelles techniques et à l'incorporation de matériaux innovants. Le second volet est relatif à l'environnement de plus en plus prégnant et qui passe par l'utilisation de technologies récentes dans nos lignes de finition, elles-mêmes alimentées par une part d'énergie solaire.
Quels sont vos prochains objectifs ?
Nous souhaitons poursuivre notre expansion internationale, notamment en renforçant notre présence sur des marchés clés tels que l'Europe et le Moyen-Orient. En parallèle, nous restons dans une démarche prospective à la fois sur les solutions technologiques, mais aussi matérielles avec le traitement du bois.
C'est la raison de votre participation au salon ?
Nous voulons renforcer notre image d'entreprise innovante et polyvalente. Mais nous avons aussi l'espoir de créer de nouveaux partenariats et d'explorer de nouveaux marchés pour étendre notre savoir-faire.
Pour finir, avez-vous un projet important qui illustrerait l'âme de Meia Madeira ?
Tous nos projets sont marquants et significatifs, car ils incarnent autant que possible des identités différentes. Mais la rénovation de l'Airelles Château de Versailles, Le Grand Contrôle Hôtel, a été particulièrement marquante en raison de son emplacement emblématique à deux pas du château de Louis XIV. Par ailleurs, nous avions pour défi d'intégrer des technologies et des solutions contemporaines à des éléments historiques. Ce mélange entre le respect de l'héritage et notre approche reste aujourd'hui l'un des exemples les plus parlant de notre savoir-faire !