Philippe Prost à la Cité de l'architecture et du patrimoine : l'évidence
Casino d’Evian-les-Bains © Philippe Prost, architecte / AAPP - © adagp © Aitor Ortiz, 2024

Philippe Prost à la Cité de l'architecture et du patrimoine : l'évidence

Entre vestiges du passé et architecture contemporaine, La Cité de l'architecture et du patrimoine dévoile jusqu'au 23 mars une exposition dédiée au travail de l'architecte français Philippe Prost.

« Une architecture n'est pas quelque chose d'amorphe. Elle vit avec ses usagers et par sa vocation à évoluer avec de futures personnes » précisait Philippe Prost en guise de préface à l'ouverture de sa nouvelle exposition. Une vision qui au-delà de l'indiscutable constat architectural, résume sa quête de concept à travers les âges. Expliquée par une vingtaine de projets balayés – parfois trop furtivement - sous forme de maquettes, de photographies et de plans, cette recherche s'établit au long d'un parcours en trois étapes. Une « trilogie entre recherche, pratique et transmission » mais surtout une invitation à plonger dans « la fabrique du projet » comme l'évoque l'architecte, lauréat du Grand Prix national de l'architecture en 2022.

Mémorial de Notre-Dame-de-Lorette, Ablain Saint-Nazaire © Philippe Prost, architecte / AAPP - © adagp © Léon Prost, 2022



L'architecture du présent dans les pas de celle d'hier

« Je voulais absolument que cette exposition sorte du schéma projet, plans en coupe et élévation, ce qui est parfois compliqué. Je voulais partager l'architecture avec toutes et tous, car c'est un domaine qui change la vie des gens et c'est pourquoi, c'était important de le rendre accessible » assure l'architecte. Une volonté traduite dans les supports, simples d'interprétation, mais également par l'angle d'attaque de cette exposition, non pas tant tournée sur les techniques de construction, que sur la démarche « diachronique » de l'agence, comprenez qui « part du présent pour remonter progressivement le passé. » Une manière de dégager des pistes créatives comme des formes ou des symboles, mais avant tout de comprendre le bâti et par là même, la sociologie et la culture qui s'en dégagent.

Lycée Jean-Baptiste Poquelin, Saint-Germain-en-Laye © Philippe Prost, architecte / AAPP - © adagp © Luc Boegly, 2018

Un travail architectural porté par le prisme de l'archéologie comme en témoigne la première partie de l'exposition intitulée « Le cours du temps », et portée par des projets patrimoniaux comme la rénovation château de Caen ou celle de la citadelle de Belle-Île-en-Mer édifiée par Vauban. Une manière pour l'architecte d'établir dès le début de l'exposition un lien très fort entre « le naturel et l'existant » de sorte à montrer comment « la mémoire nourrit la création.» Une phrase d'autant plus forte que la scénographie – entièrement issue d'expositions précédentes - prend place entre la galerie des moulages et la galerie de l'architecture moderne. Deux mondes aujourd'hui dépassés, mais intrinsèquement liés aux yeux de Philippe Prost selon qui les vestiges du passé doivent être les fondations, à minima sémantiques, de l'architecture d'aujourd'hui. Un point de vue qui amène dès lors le visiteur dans le seconde partie nommée « Forme du présent » et dans laquelle le créateur développe l'idée qu'une architecture inscrite dans le temps n'est pas forcément passéiste. « Je souhaite montrer que les noces des vestiges et du contemporain sont possibles et qu'il ne s'agit pas ici de deux domaines antinomiques ! »

Port Gallice, Juan-les-Pins © Philippe Prost, architecte / AAPP - © adagp © Aitor Ortiz, 2022

Guidé par l'épaisseur matérielle et de la profondeur historique des vestiges confrontés à nos besoins quotidiens, chaque projet résulte d'un équilibre prospectif. Une matière premièrement émotionnelle, abordée dans les vitrines de la troisième partie : Deux territoires, un processus créatif, où se font face les bassins miniers du nord et le cap d'Antibes. Un savant mélange de destination et de temporalité entre l'hier et d’aujourd'hui résumé avec philosophie par Philippe Prost : « on ne construit jamais mieux qu'en faisant l'expérience du déjà-là. » Une libre-pensée à découvrir jusqu'au 23 mars au Palais de Chaillot, place du Trocadéro.

La Cité des électriciens à Bruay-la-Buissière © Philippe Prost, architecte / AAPP - © adagp © Julien Lanoo, 2019
Rédigé par 
Tom Dufreix

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3/9/2026
Fritz Hansen célèbre les 70 ans du fauteuil PK22

Dessiné par le Danois Poul Kjærholm, le fauteuil PK22 fête cette année ses 70 ans. En guise de cadeau, Fritz Hansen lance un nouveau cuir et élargit sa collection en éditant une autre pièce du designer.

« C’est certainement l’un des designers les plus précoces du XXe siècle que nous célébrons cette année » se réjouit Stéphane Legue, directeur des ventes France chez Fritz Hansen. Figure centrale et emblématique de la marque, Poul Kjærholm est mis à l’honneur à l’occasion des 70 ans de son fauteuil PK22. Une pièce emblématique du courant moderniste scandinave cher au créateur, dont la collaboration avec l’éditeur danois débute grâce à The element - depuis renommé PK25 -, un projet de diplôme novateur réalisé à 21 ans.

Une structure au service de la pensée

Cousin danois de la Barcelona de Mies van der Rohe, le PK22 dessiné en 1956 incarne une vision du design résolument moderne pour l'époque. « L’approche du design de Poul Kjærholm était dépouillée. Il ne voulait pas de capitonnage, le métal ne devait pas refléter la lumière et comme il considérait que des soudures même parfaites seraient toujours imparfaites, il a introduit dans ses pièces des vis Allen jusqu’alors réservées à l’aéronautique. » Cette conception ingénieuse, le designer la signait également par l'utilisation de métal plat. « Kjærholm était un socialiste dans l’âme et le métal était pour lui une manière d’avoir une constance dans le procédé industriel. Mais contrairement à Breuer qui avait imaginé une structure tubulaire en s’inspirant d’un cadre de vélo, il privilégiait des montants plats qui offraient d’autres possibilités structurelles. » Un souci du détail qui ne permettra jamais à la PK22 de devenir une assise grand public en raison de son coût de production. Mais qu’à cela ne tienne, le modèle est récompensé par le Grand Prix de la Triennale de Milan en 1957 et offre à son créateur un coup de projecteur international.

Fauteuil PK22 et table PK61 par Poul Kjærholm ©Fritz Hansen

La simplicité comme esthétique de collection

Au cours de ses seize années de collaboration avec Fritz Hansen, Poul Kjærholm a développé un ensemble particulièrement riche. Faisant la part belle à une grande diversité de matériaux (acier, cuir, toile, granit, bois, cordage…), la collection revendique une esthétique discrète et équilibrée privilégiant des pièces n’excédant pas trois médiums différents. « Il était très inspiré par ce qu’il voyait dehors et disait souvent “Il n’y a pas de vache bleue ou rouge dans les champs, donc je ne veux que des couleurs naturelles.” Cette approche se constate encore aujourd'hui », raconte Stephen Legue.

Paravent PK111, table PK61 et fauteuils PK22 par Poul Kjærholm ©Fritz Hansen

Inchangé depuis plus d’un demi-siècle, - à l’exception de l’acier, à l’origine chromé nickelé devenu au début des années 2000 un acier inoxydable -, le mobilier imaginé par le designer à cependant su évoluer avec le temps. Pour son anniversaire, la PK22 se voit enrichie d’un nouveau cuir d’exception, haze, légèrement poncé en surface. En parallèle, Fritz Hansen introduit un nouveau granit poli gris-blanc pour le plateau de la table PK61 dont la géométrie fait écho à l’œuvre de Piet Mondrian, et édite pour la première fois le paravent PK111. Composé de panneaux de multiplis en pin Douglas à clipser, cette nouvelle typologie haute de 140 cm a été pensée pour préserver une certaine intimité lorsque l’on est assis à table, tout en offrant une vue dégagée sur la pièce lorsque l’on se lève ; une conception directement liée à la maison ouverte sur l’extérieur de Poul Kjærholm. Deux pièces qui témoignent, chacune à leur manière, de son intérêt pour les principes du modernisme et sa recherche d’un équilibre entre fonctionnalité, architecture et espace. Une filiation que prolongent la chaise PK3, rééditée depuis fin 2025, et le fauteuil PK23, dévoilé à l’occasion de 3daysofdesign 2026. Reconnaissables à leurs dossiers fendus, les assises ont été découpées pour permettre d’obtenir un dossier en 3D à une époque où seul le cintrage en deux dimensions était possible. Plus qu’un simple anniversaire, c’est surtout un hommage à l’ingéniosité d’un esprit auquel la marque danoise rend hommage.

Fauteuil PK23 par Poul Kjærholm ©Fritz Hansen
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3/9/2026
À Shoppe Object Paris, Intramuros expose « Second Life »

Pour cette deuxième édition de Shoppe Object Paris, Intramuros vous invite à venir découvrir l'exposition « Second Life » et le travail des designers mis à l’honneur dans les pages de notre dernier numéro à découvrir en kiosque.

Pour sa deuxième édition française, Shoppe Object Paris s’installe de nouveau Porte de Versailles du 5 au 7 septembre 2026. Dédié aux secteurs de la maison, du design et du lifestyle, le salon s'inscrit cette année dans la thématique globale de Who's Next : Le dîner. Imaginée en accord avec cette dernière, la scénographie s’articulera autour d’une grande table d’exposition regroupant plus de 80 marques, parmi lesquelles Michie Studio, Tiptoe ou Rikke Falkow.

Intramuros au cœur du dispositif

En écho à la dimension curatoriale du salon, Intramuros prendra part à l’événement en dévoilant l’exposition « Second Life », présentant les travaux des designers issus de notre numéro de septembre. Plus qu’un sujet dans l’air du temps, ce sont des perspectives concrètes et novatrices dont nous avons souhaité parler. Convaincus que les enjeux ne doivent pas nous amener à renoncer à produire, mais au contraire à ouvrir de nouveaux horizons créatifs en révélant le potentiel de la matière, cette thématique entend célébrer l’ingéniosité d’un secteur qui réinvente les gestes et les méthodes. Celles qui réparent, transforment, réemploient, reconditionnent et transforment ce que nous, consommateurs, destinons au rebut.Certains que la circularité ne peut se faire au détriment du désirable, notre sélection rassemble quatorze histoires que la rédaction vous invite à découvrir jusqu’à lundi au sein de Shoppe Object Paris :

- Sander Wassink

- Lucie Gholam

- Fab.BRICK

- Iranzo

- Polimair

- Rikkert Paauw

- ecoBirdy

- James Shaw

- Furniture For Good

- Dirk van der Kooij

- QDB Editions

- Carton Studio

- Maximum

- Antônio Frederico Lasalvia × Moroso

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2/9/2026
BOLD, l’architecture de l’effort

À Paris, Rudy Guénaire imagine pour BOLD un studio de sport haut de gamme dédié au running et au strength training. Pensé comme une expérience sensorielle en deux temps, le lieu oppose la douceur lumineuse du Club House à l’intensité immersive des salles Train et Run.

Au 22 rue Croix des Petits Champs, BOLD propose une autre manière d’entrer dans l’univers du sport. Imaginé par Rudy Guénaire, le premier sport studio haut de gamme dédié au running et au strength training construit son identité sur un principe de contraste. Le parcours commence dans un Club House volontairement doux et lumineux. Dans un espace blanc, les panneaux de merisier américain apportent chaleur et matière, tandis que d’épais calepinages et quelques porte-à-faux structurent l’architecture et lui donnent du relief.

©Robin Le Febvre

Puis l’ambiance bascule. Dans la salle Train, un long plafond lumineux programmable réagit à la musique et se prolonge dans un mur miroir. Lumière, son et mouvement composent un environnement immersif où l’architecture accompagne directement l’intensité de l’entraînement. La salle Run adopte une esthétique plus graphique. Des parois aux courbes futuristes segmentent l’espace et organisent les postes de course semblable à des alcôves. L’ambiance est ici plus radicale, presque cinématographique et portée par une réflexion sur des dispositifs lumineux évolutifs.

Pour Rudy Guénaire, lorsque le cœur s’emballe, la conscience se rétrécit pour faire rentrer la personne dans un nouvel état. BOLD cherche à matérialiser ce moment. Un « Out There » comme disent les athlètes américains, que l’architecture traduit ici par la lumière, le son et la matière.

©Robin Le Febvre
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29/7/2026
Marc Held (1933-2026), l’esprit libre du design français

Le designer, architecte et photographe Marc Held est décédé le 27 juillet à l’âge de 93 ans. Avec lui disparaît l’une des figures les plus singulières du design français d’après-guerre, un créateur dont l’œuvre, longtemps restée à l’écart des projecteurs, n’a cessé de gagner en reconnaissance au fil des décennies.

Marc Held (1932-2026), designer, architecte et photographe français. © DCW éditions

Autodidacte, Marc Held n’a jamais cherché à s’inscrire dans une école ou un courant. Son regard s’est construit au croisement de la photographie, de l’architecture et du dessin industriel, avec une même exigence : faire dialoguer intelligence d’usage, liberté formelle et poésie du quotidien. Une approche qui donnera naissance à plusieurs pièces devenues emblématiques, à commencer par le célèbre fauteuil Culbuto (1967), dont la silhouette ludique et le principe d’assise en mouvement continuent d’inspirer plusieurs générations de designers.

Fauteuil Culbuto, Marc Held pour Knoll International © Galerie Gastou

Cette volonté de faire entrer la modernité dans la vie quotidienne trouve dès 1966 l’une de ses expressions les plus fortes dans sa collaboration avec Prisunic. Pour l’enseigne, Marc Held imagine une collection de meubles en fibre de verre — lits, tables, bureaux et sièges — aux formes enveloppantes et résolument nouvelles. Au-delà de leur esthétique aujourd’hui emblématique des années 1960, ces pièces portaient une ambition profondément politique : rendre accessible au plus grand nombre un mobilier contemporain jusque-là réservé à quelques initiés. Marc Held résumait lui-même cette promesse par une formule restée célèbre : proposer « le beau au prix du laid ». Une utopie industrielle qui ne connaîtra pas la diffusion espérée, mais qui demeure l’un des chapitres majeurs de l’aventure de Prisunic et de la démocratisation du design en France.

Lit avec tables de nuit et lampes intégrées, Marc Held pour Prisunic, 1971.© Les Arts Décoratifs / Photo Jean Tholance

Mais réduire Marc Held au Culbuto et à ses créations pour Prisunic serait oublier l’ampleur de son parcours. Mobilier, architecture, photographie, urbanisme, son travail témoigne d’une curiosité rare et d’une volonté constante de penser les modes de vie autant que les formes. Cette liberté intellectuelle s’enracine sans doute dans une trajectoire personnelle hors du commun : enfant caché pendant la Seconde Guerre mondiale puis engagé très jeune dans la Résistance, il conservera toute sa vie une indépendance de pensée peu commune.

Desserte mini-bar en polyester renforcé de fibre de verre, dessinée par Marc Held pour Prisunic, vers 1968-1970. © @bazaar_brocante

Longtemps davantage célébré par les connaisseurs que par le grand public, Marc Held aura finalement vu son œuvre retrouver la place qu’elle mérite. Rééditions, expositions, publications et l’intérêt renouvelé des collectionneurs ont confirmé l’actualité d’un travail qui n’avait jamais cherché l’effet de mode, préférant l’intelligence des usages à la démonstration stylistique.

À sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont croisé son chemin, la rédaction d’Intramuros adresse ses plus sincères pensées.

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