PDW 2023 : 30 ans des Grands Prix de la création
Caroline Besse, lauréate du Grand Prix 2022, catégorie Métiers d’art

PDW 2023 : 30 ans des Grands Prix de la création

Les Grands Prix de la création la ville de Paris fêtent leur 30 ans en septembre. La rétrospective des lauréats primés donne une lecture passionnante de l’écosystème de la création parisienne, et surtout témoigne des changements forts de paradigme dans ce secteur. Deux expositions sont d’ailleurs à voir pendant la Paris Design Week : à l’Hôtel de ville et à la Galerie Joseph. Partage d’expériences avec Laurianne Duriez, cheffe du Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art et directrice des Ateliers de Paris.


Entre lieux dédiés, accompagnements, Grands Prix… pourquoi la création est une filière aussi stratégique à Paris ?

Au départ centrés sur les arts, les Grands Prix ont intégré la mode, les métiers d’art et le design, marquant le début d’une politique de soutien à la création à Paris. C’était valoriser l’extrême dynamisme de cette filière par la mixité d’acteurs sur ces métiers de la création. Sur un même territoire, on en a un nombre d’écoles incroyables sur la mode, le design et les métiers d’art, un nombre d’ateliers, d’entreprises, d’agences de marques qui n’a cessé de développer et de se renouveler. Si l’on prend le prisme de la mode, les créateurs du monde entier s’inscrivent pour défiler pendant les fashion weeks, c’est le lieu où il faut être visible : Paris reste la capitale de la mode. Et c’est possible grâce à la présence d’ateliers de savoir-faire, d’agences de design… On n’analyse jamais assez combien ces écosystèmes s’enrichissent entre eux, s’imbriquent, sans parler de la richesse de la programmation culturelle et de l’ensemble des événements. Les créateurs sont dans un environnement qui leur permet de se nourrir d’une multiplicité d’expressions.

Comment les designers se positionnent dans cet écosystème, justement ?

Observer l’évolution des profils des lauréats des Grands Prix est intéressant ; on remarque bien sûr des périodes fortement en résonance avec les arts décoratifs, tournées sur de la création industrielle, avec des personnalités devenues des grands noms connus à l’international. On a vu apparaître cette appétence pour l’artisanat, alors qu’il y a quelques années le design s’en emparait peu. A l’image de François Azambourg  –  lauréat des grands prix en 2004 – qui a marqué ce virage. Pour certains, le secteur artisanal permet une discussion et une gestion plus globale de leur projet, parfois difficile à mener dans le monde industriel. Et l’envie de trouver de nouveaux modes de production, qui reconnaisse davantage le temps de la conception pour la rémunération.

Plus récemment des profils très différents ont émergé, très  soucieux d’inscrire leur projet dans un contexte réfléchi et de maîtriser l’ensemble du process. Ce sont des designers attachés à la ressource des territoires, qui sortent de Paris pour découvrir des savoir-faire. C’est une génération plus engagée, consciente, qui réfléchit à son impact. Elle veut produire des choses qui ont du sens et qui soient en lien avec une histoire et un territoire, elle veut compter dans l’histoire de l’entreprise, agir sur son développement, voire agir sur un savoir-faire ou des techniques pour qu’elles perdurent.

Victor Weinsanto, Lauréat du prix Talent Émergent 2022, catégorie Mode © François Quillacq
Victor Weinsanto, Lauréat du prix Talent Émergent 2022, catégorie Mode © François Quillacq

Parmi ces designers engagés, certains sont véritablement des chercheurs ?

Oui, ils veulent répondre à des enjeux environnementaux et sociétaux, en apportant une réponse. A l’image de Samuel Tomatis, lauréat en 2021 ou d’Anna Saint-Pierre lauréate en 2022, qui cherche à valoriser une ressource pour en faire un matériau : l’algue pour Samuel Tomatis, les déchets du bâtiment pour Anne. Et c’est essentiel de les soutenir car il y a très peu d’aides financières pour accompagner ses projets. Il manque vraiment des dispositifs pour accompagner le design d’innovation, l’expérimentation, et le développement économique, car les concours ne sont pas suffisants pour monter un projet. Ces designers sont souvent seuls, en indépendants, ils ont besoin d’avoir une équipe, de payer des prototypes, de travailler en laboratoire pour tester les caractéristiques : le travail de création de matière demande des enveloppes pour payer des prestations de service et des tests, et les premières années les banques vont difficilement les suivre pour des prêts. Ce sont des projets compliqués où il y a tout à faire, où il faut convaincre des industriels, des filières, voire créer la filière quand il s’agit de récupération de déchets. Les finances sont un vrai frein, et pourtant le design a à jouer un rôle dans ce secteur-là.

Les grands prix révèlent-ils ces prises de risques ?

Oui, le recours au concours pour certains est une question de survie, pour d’autres cela permet d’avoir la reconnaissance pour avoir des investissements, rassurer des clients. Cela leur donne une assise pour leur activité. La bourse est un coup de pouce financier qui leur sert à embaucher, financer une prochaine collection dans la mode, s’installer dans un atelier, acheter du matériel, aller à un événement…  et évite un prêt.

Mais les Grands Prix révèlent aussi les grandes tendances : depuis six ans, il y a une vraie révolution, l’ensemble des projets ont un engagement pour apporter des réponses et faire que l’on vive dans un monde plus vivable. Cela va de l’innovation sociale jusqu’à la gestion des déchets, les questions de genre et d’inclusivité. Dans la mode comme dans le design, on retrouve des projets engagés. Des créateurs de mode comme Maitrepierre (lauréat 2021) ou Victor Weinsanto (lauréat 2022)  cassent les codes et prennent la parole sur ces sujets de société. Dans la mode, que des projets de modes responsables. On veut produire à la demande, localement, prise de risques. On change le modèle je sors une collection, je fais un stock, et c’est tout un changement organisationnel. Que leurs créations apportent des réponses.

Perron et Frères, banc brûlé, lauréats du Grand Prix 2022, catégorie Design
© Alexandra Mocanu
Perron et Frères, banc brûlé, lauréats du Grand Prix 2022, catégorie Design
© Alexandra Mocanu

A côté des Grands Prix, l’incubateur est aussi un soutien important ?

Nous avons un plan d’action complémentaire : notre structure qui accompagne tous les types de projets, en faisant constamment évoluer notre offre. L’incubateur nous a permis d’être visible pour faire grandir cet écosystème parisien : la famille des résidents, les lauréats des Grands Prix, tous les lieux dédiés (Villa du Lavoir, cité Taillandier, Caserne des Minimes…)

Ces lieux dédiés sont essentiels pour maintenir les créateurs sur le territoire au regard du prix du marché ; la mixité de professionnels permet la création de ces écosystèmes qui entre eux grandissent : un graphiste va travailler avec une marque de mode, un designer entraider un artisan. Ils ne sont pas seuls, et c’est ce que je présente aux délégations.

Ce dispositif d’incubation a été pionnier il y a plus de 15 ans ?

C’est effectivement le premier incubateur mondial qui rassemble ces trois secteurs, on a servi de modèles pour des incubateurs à New York, Londres, Amsterdam… Mais notre accompagnement ne se limite pas aux résidents, il existe une offre dédiée à tous les professionnels du territoire avec des cycles de formation dont certaines sont gratuites. Et dans cet écosystème de la création, à côté des Grands Prix, existent d’autres actions de visibilité et de rayonnement comme le label Fabriqué à Paris, les actions à l’international…

Anna Saint-Pierre, lauréate du prix Talent Émergent 2022, catégorie Design
Anna Saint-Pierre, lauréate du prix Talent Émergent 2022, catégorie Design

Quels sont les projets à venir ?

Deux nouveaux lieux vont être crées dans les prochaines années avec plus d‘interdisciplinarité, avec des ingénieurs, des paysagistes, des architectes, pour aller plus loin dans la mixité. Pour davantage rendre visible les designers qui travaillent pour le public, pour les collectivités les territoires, on va lancer avec la Ville de Paris une action sur le design d’actions publiques où l’on va faire travailler des écoles parisiennes de design en lien avec les directions de la ville de Paris pour faire remonter des problématiques. Notamment avec l’ENSCI-Les Ateliers et Master design d’action publique de Sciences-Po.

Les rendez-vous de la Paris Design Week

A l’occasion de la Paris Design Week et des Journées européennes du Patrimoine, les Grands Prix de la création proposent deux expositions dédiées. Du 7 au 17 septembre d’abord, durant la Paris Design Week, GOODMOODS présentera (RÉ)CRÉATION, une exposition imaginée pour la Ville de Paris célébrant les trente ans des Grands Prix de la Création. Dévoilée au sein de la Galerie Joseph rue Payenne, l’installation honorera trois décennies de design français avec un regard enjoué et engagé. Les pièces des lauréats, sélectionnées pour leurs jeux de couleurs optimistes et leurs traits fantaisistes, dialogueront au cœur d’un décor aux airs de cour d’école. À découvrir 5 rue Payenne, 75003 Paris.

Depuis 30 ans, les Grands Prix de la Création de la Ville de Paris récompensent les talents du Design, de la Mode et des Métiers d’Art. Afin de célébrer cet anniversaire, une exposition retrospective propose de (re)découvrir leurs approches prospectives et créatives. Exposition sur inscription, 3 rue Lobau, 75004 Paris.

Rédigé par 
Maïa Pois

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Temps de lecture
13/3/2026
Collectible design : retour sur les découvertes bruxelloises marquantes

À Bruxelles, la foire Collectible Design s’impose comme l’un des rendez-vous majeurs du design contemporain. Dédiée à la création du XXIᵉ siècle, elle explore les frontières entre pièce fonctionnelle et objet de collection. Des expérimentations matérielles aux réinterprétations artisanales en passant par les recherches structurelles, retour sur quelques découvertes marquantes de cette nouvelle édition qui se tient du 12 au 15 mars 2026 à l'espace Vanderborght et dans quelques galeries.

Idéalement située au cœur de l’Europe, Bruxelles s’est imposée comme un carrefour du design international. Outre ses nombreuses galeries et ses rues pavées d’ateliers, la capitale belge accueille chaque année la foire Collectible Design, devenue l’une des nouvelles grandes messes du design contemporain. Rassemblant principalement des acteurs européens, cet événement consacré au design du XXIᵉ siècle tisse des liens entre objet fonctionnel et pièce de collection, incarnant une approche aujourd’hui indissociable : le collectible design.

Pour cette nouvelle édition, le salon affirme une ligne curatoriale fondée sur la confrontation des savoir-faire et des gestes créatifs en constante réinvention. Souvent incarnée par une certaine radicalité formelle ou matérielle, cette rencontre se déploie à tous les étages de l’Espace Vanderborght réparti en différentes sections. MAIN rassemble ainsi des galeries internationales autour de pièces majeures du design contemporain, tandis que BESPOKE offre une plateforme aux studios indépendants pour dévoiler des créations exclusives. NEW GARDE met quant à elle en lumière de jeunes galeries, collectifs et project spaces, là où ARCHITECT <=> DESIGNER souligne le rôle des architectes dans la conception du mobilier.

Nouvelle venue en 2026, la section TABLESCAPES explore l’art de la table comme espace de design et de sociabilité. Une manière de rappeler que le contemporain ne renvoie pas à une seule manière de penser ou de produire. La preuve également avec CURATED, un espace imaginé cette année par la curatrice Marine Mimouni autour du thème Echoes of Use. Un corpus riche en surprises et en découvertes, porté par une volonté de produire des objets esthétiques et souvent en résonnance avec les enjeux de notre époque.

Intramuros revient ici sur quelques pièces marquantes découvertes lors d’une déambulation frénétique et inspirante.

Studio Skipt chez Galerie Casa Sòler (France)

Fondé en 2020 à Argenteuil par Josselin Gerval, Baptiste Lavigne et Paul Lossent, le studio Skipt se distingue par une approche exploratoire du territoire. Exclusivement récupérés dans la proche banlieue parisienne où se situe l’atelier, les matériaux sont assemblés de manière instinctive, donnant naissance à un design à la fois futuriste et frugal. Présentées pour la première fois, les deux pièces s’inspirent du tabouret d’horloger et de la chaise de laboratoire BAO, renommée ici AOB. Ces réinterprétations constituent les premières typologies d’une collection plus étendue où devraient fusionner matériaux du quotidien et artisanat numérique. Une association à laquelle le studio consacre une part croissante de sa recherche depuis deux ans.

©Skipt

Altherr chez Second Nature Projects (Suisse)

La collection Succession est née lorsque les designers ont récupéré un lot d’anciens éclairages du tertiaire destinés à être jetés. C’est cette idée de seconde vie qui a donné son nom à la série, dont les pièces conservent encore les stigmates de leur existence passée : vis, pattes d’encastrement ou traces d’usage. Sorte de readymade contemporain, ces modules industriels sont transformés en objets minimalistes et sculpturaux. Ravivées par des couleurs vives issues du secteur automobile, ces modules développent une dimension presque totémique. L'équilibre entre leur ancienne fonction, symbole d’un cycle de consommation, et leur nouveau statut d’objet de collection éclaire la puissance du détournement.

©Lorenz Cugini

Arnaud Eubelens chez Kammer Gallery (Belgique)

Basé sur l’utilisation exclusive de matériaux glanés dans l’espace urbain, le travail du designer belge Arnaud Eubelen donne naissance à des pièces uniques souvent marquées par une esthétique inspirée des années 1970. Cette référence se retrouve notamment dans la structure visible et mobile de son fauteuil qui offre plusieurs positions à l’utilisateur. L’assemblage repose sur des éléments simples — tiges filetées et boulons — seuls composants neufs du projet. Cette construction filaire et légère s’inscrit dans une réflexion sur la durabilité et la réparabilité du mobilier. Présenté pour la première fois, ce fauteuil à l’apparence brute évoque certains mouvements pionniers du design moderne.

©Arnaud Eubelen

John Sterck (Belgique)

Fidèle à une approche qui part souvent d’une expérience radicale, le designer John Sterck entame ici un dialogue entre la forme, la fonction et la typologie. Artema est de fait une lampe pensée pour s’adapter à l’espace. Dotée de trois pieds en aluminium souple et surmontée d’un simple abat-jour en origami issu d'une feuille format A3, cette création aux allures insectoïdes se veut pérenne. Son adaptabilité aux espaces et interchangeabilité de l'abat-jour en témoignent. Une réflexion sociale et démocratique où la simplicité va de pair avec l’accessibilité.

©John Sterck

Max Milà Serra chez Vasto (Espagne)

Inspiré à la fois par la nature et par les structures issues de l’ingénierie, le designer Max Milà Serra joue sur les changements d’échelle pour développer un univers quasi-scientifique. Fasciné par les limites structurelles, il conçoit ses luminaires, dont Grimshaw, comme de petites architectures prospectives. En miniaturisant ce qui est habituellement monumental, il fait ressortir les câbles, les articulations et les composants habituellement dissimulés. Une sorte de mise en scène poétique (et à certains égards robotoque) des forces physiques qui structurent notre quotidien.

©Maria Baños

Dans la section Curated

1.1 Side Table par Silvia Sukopova (Slovaquie)

Il est bien plus simple de modifier l’échelle d’un objet dans un environnement numérique que dans la réalité. Ce constat est au cœur de la 1.1 Collection qui explore les liens entre l'impression 3D et les matérialités. Pour cette pièce, elle est partie d’un jouet d’enfant agrandi jusqu’à atteindre la taille classique d’un meuble. Ce changement d’échelle révèle les déformations et axes de construction de l’objet miniature. Transformé en un archétype géant, le guéridon adopte une forme légèrement déséquilibrée, presque tordue, qui obligatoirement interroge l'utilisateur. Un sentiment renforcé par le choix d'une surface feutrée obtenue par projection électrostatique de fibres.

©Jakub Michal Teringa

Invert Sofa par Alan Prekop et Sebastian Komacek (Slovaquie)

Habitué à travailler l’acier inoxydable comme élément structurel, le duo propose ici une approche radicale : extraire la structure interne pour en faire l'élément visuel principal. Une idée survenue après une mauvaise opération de cintrage ayant entrainée des plis sur les tubes. Ici le coussin en latex ne soutien plus le corps humain mais épouse la forme de l'assise passant du rôle d'élément de confort au rôle de fondation. Une inversion qui fait évidemment perdre à l’assise un peu de son confort, mais au profit d'une nouvelle dimension émotionnelle. À travers ce dialogue, INVERT explore la tension entre la matière et le sens.

©Alan Prekop and Sebastian Komacek

Flare 09 par Studio Douze Degrés (France)

Initialement inspirée d’une scénographie conçue à partir de lentilles optiques pour un concert du label Cercle, la lampe Flare - disponible en format à poser ou lampadaire - évolue aujourd’hui vers une version mobile : Flare 09. Cette déclinaison conceptuelle reprend les éléments constitutifs de la première proposition mais en change l’échelle en multipliant les modules. Plus clairement inscrite dans le champ du collectible design, cet ovni très scénographique invite à ralentir le temps au rythme de la réduction des bougies et des halos lumineux. Le projet est auto-édité est réalisé avec le savoir-faire d’une des rares usines encore spécialisées dans la fabrication de lentilles optiques sur mesure.

©Studio Douze Degrès

Crown of Thorns Stool par Benjamin Graham (États-Unis)

Inventée en Europe du Nord, la technique dite de la couronne d’épines permet l’assemblage de carrelets de bois selon un principe modulaire sans fixation. Presque disparue aujourd’hui, elle est remise à l’honneur par le designer. Formé à cette technique par un artisan du Colorado, il s’est intéressé à la transposition du treillis qu’elle forme pour l'amener dans le champ du design contemporain. Ce travail de recherche a donné naissance à un tabouret composé de 465 éléments, auquel s’est ensuite ajoutée une table basse en verre. Au-delà de la valorisation d’un savoir-faire traditionnel, la pièce démontre comment la réarticulation de deux matériaux peut transformer radicalement l’esthétique d’une composition.

©Benjamin Graham

Shelf3000 Light par Franz Ehn (Autriche)

Interprétation minimaliste de la typologie de l’étagère, cette pièce issue de la série 3000 a été imaginée comme un témoin silencieux de notre époque. Le verre trempé permet à la structure de s’effacer au profit de l’acier, à la fois matière structurelle et ornementale. Les objets ne sont plus dissimulés mais mis en scène. Le paradigme décoratif évolue pour laisser l’étagère devenir un dispositif qui révèle ce qu’elle accueille plutôt qu’un meuble dissimulateur qui s’impose visuellement.

©Franz Ehn

Dans la section Tablescapes

Studio DO (Belgique)

Fondé à Anvers par Dana Seachuga et Octave Vandeweghe, le studio développe une approche brute et intemporelle. Son travail propose ici un dialogue direct entre arts de la table et histoire de la sculpture sur pierre. Les pièces — gobelets, carafes, tables de cocktail ou assiettes — naissent de fragments architecturaux récupérés comme des pavés, des appuis de fenêtres en pierre bleue ou des éléments décoratifs abandonnés. Ces modules fonctionnels, mais souvent invisibilisés dans l’architecture, retrouvent une nouvelle vie grâce à des interventions minimales comme le sciage ou le perçage. Des opérations qui peuvent évoquer les vestiges d’un paysage romantique.

©Studio DO

In Layers par OOG Objects (Pologne)

La collection In Layers repose sur une exploration du verre par superposition de strates. Basée à Cracovie, Alicja Hajkowicz-Rudzka développe une identité fortement liée au processus. Plusieurs bulles de verre soufflé sont formées séparément puis assemblées à chaud, sans colle ni fixation, grâce au travail simultané de quatre artisans. Le verre opalin choisi permet de rendre visibles distinctement les différentes couches de l'objet. Ainsi, les volumes se superposent structurellement et visuellement, révélant l’irrégularité des formes et la densité du matériau.

©OOG Objects

Persona par Mila Zila (République tchèque)

Basée en République tchèque, la designer et artiste Ludmila Zilkova explore le verre comme matériau sculptural, à la frontière entre collectible design et art contemporain. Dans cette série, elle transforme des objets du quotidien comme des vases, des couverts, ou des verres en formes expressives. Les propriétés physiques du matériau jouent un rôle central permettant à la gravité de former comme déformer chaque pièce en fonction de la viscosité et chaleur. L'objet devient ainsi le résultat d’un dialogue entre transformation matérielle, identité et tradition verrière locale.

©Mila Zila

L'exposition est visible à l'espace Vanderborght du 12 au 15 mars 2026, Rue de l'Ecuyer 50. Bruxelles 1000. Belgique.

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13/3/2026
« Pop Art Car » : l’automobile comme terrain d’expression

Au défilé Renault – The Carwalk, sur les Champs-Élysées, l’exposition « Pop Art Car » explore jusqu'au 26 avril, la rencontre entre culture populaire, art urbain et design automobile. Entre œuvres historiques et show-cars expérimentaux, la voiture y apparaît moins comme un objet technique que comme une image, un symbole et un support de création.

Depuis les années 1960, la voiture occupe une place singulière dans l’imaginaire visuel contemporain. Le Pop Art, en s’emparant des objets du quotidien, l’a transformée en motif graphique et en symbole de modernité. Héritier direct de cette culture visuelle, le street art prolonge aujourd’hui ce dialogue avec la ville, les images et les mythologies industrielles, mis en scène par l’exposition « Pop Art Car ». Ainsi, des figures majeures du Pop Art et de l’art contemporain tels que Victor Vasarely, Erró ou Arman côtoient des artistes issus de la scène urbaine comme Invader, D*Face ou John « Crash » Matos. Les œuvres exposées interrogent la manière dont l’objet automobile, omniprésent dans l’espace public, peut devenir icône culturelle, matière plastique ou surface narrative.

Exposition "Pop Art Car" © Claire Dorn

Entre design, objet et sculpture

Au-delà des œuvres exposées, « Pop Art Car » s’étend aux véhicules eux-mêmes, qui deviennent des objets de design à part entière. Plusieurs show-cars installés sur la rampe du défilé dessinée par l’architecte Franklin Azzi, prolongent cette réflexion. Le concept Suite N°4 imaginé par Mathieu Lehanneur transforme la Renault 4 en architecture mobile, tandis que Pierre Gonalons revisite la Renault 5 comme un bijou roulant aux accents seventies. Plus sculpturale, la reinterprétation de la Twingo par Sabine Marcelis joue avec la lumière et la transparence, faisant de la citadine un objet presque lumineux.

Exposition "Pop Art Car" © Claire Dorn

Dans cette mise en scène où se croisent designers, artistes et ingénieurs, la voiture apparaît comme un territoire hybride : à la fois produit industriel, objet culturel et support d’expérimentation esthétique. Une manière de rappeler que le design automobile participe pleinement à la construction de notre paysage visuel contemporain.

Temps de lecture
12/3/2026
Matter and Shape : nos 5 coups de cœur

Du 6 au 9 mars, le salon Matter and Shape a de nouveau investi les Jardins des Tuileries, en plein cœur de Paris.

Devenu un rendez-vous incontournable de la scène design depuis sa création en 2024, le salon Matter and Shape était de retour à Paris pour une 3e édition, pour laquelle plus 70 marques et créateurs ont répondu à l’appel. Découvrez 5 marques et studios qui valaient le détour. 

Unknown, Untitled

Fondé il y a 10 ans, le studio Unknown, Untitled participait pour la seconde fois à Matter and Shape. Après une première édition marquée par les UU Tiles depuis largement médiatisée, le studio dont l’approche globale passe par le conseil et l’image de marque, présentait cette année Rubber & Glass. Conjuguant le verre et l'élastomère pour sa matérialité plus que ses spécificités techniques, le studio livre un ensemble tout en contraste. Notion motrice de ce projet, celle-ci propose une lecture hybride de ce petit salon, transparent autant que opaque, souple autant que cassant. Ici, les lignes épurées du noir rappellent une certaine simplicité japonaise alors même que la mise en scène trouve une résonnance avec les codes automobiles. Les assises se muent en ailerons, le miroir laisse entrevoir l’idée d’un essuie-glace duquel se propage un halo de lumière, tandis que le vase et son petit miroir d’eau rappellent la forme d’un rétroviseur. Autant d'évocations rappelant de par cette opposition, un quasi-lieu de culte.

Ensemble Rubber & Glass par Unknown, Untitled ©Celia Spenard

Bang & Olufsen

Invitée à sonoriser l'espace déjeuner à la manière d’un restaurant lounge et informel, Bang & Olufsen dévoilait dans le même temps la Première. Une barre son inscrite dans la quête d’excellence de la marque sur le plan acoustique - décodeur Dolby Atmos 7.1.4 - et stylistique. Réalisée avec les experts de la Factory 5 à Struer, au Danemark, l’enceinte se distingue par la finesse de sa silhouette monobloc en aluminium sculptée, surmontée d’un tweeter imaginé comme un bijou. Doté de 10 haut-parleurs - et d’un supplémentaire orienté vers le haut pour accroître la profondeur du champ sonore -, l’enceinte fait la part belle à une esthétique rétro futuriste assumée. Percée de 1 925 trous en hommage à la date de création de la marque, elle intègre en son sein 90 LED permettant à l’objet d’évoluer au gré des réglages. Limité à 25 exemplaires, l’objet disponible en Aluminium, Gold Tone ou Black Anthracite était présenté aux côtés du casque Beoplay H100, de l’enceinte Reloved et de la platine Beogram 4000C, tous mis à disposition des visiteurs.

Casque Beoplay H100 et la platine Beogram 4000C de Bang & Olufsen

Axel Chay

Entouré par sa compagne, Mélissa Chay, directrice artistique du studio, et son frère Aimeric, artisan, le designer Axel Chay présentait pour la première fois sa collection Voyage. Dernière en date, celle-ci se concentre sur l’arrivée de lignes plus tendues et anguleuses, marquant une évolution stylistique. Omniprésente, la notion d'exotisme s’inscrit comme un fil rouge reliant esthétiquement le zebrano, un bois rare et nervuré, et l’inox. Utilisé brut, ce dernier fait écho à l’acier, matière première du créateur connu à l’origine pour ses pièces tubulaires aux couleurs acidulées. Un volet depuis refermé, mais dont l’approche visuelle et rétro demeure.

La nouvelle collection Voyage d'Axel Chay ©MickaëlLlorca

studiososlow


Fondé en 2020 par Ge Shenjun et Li Yuchen, studiososlow est un studio multidisciplinaire chinois basé à Shanghai qui explore les couleurs, les matériaux et les sensations du quotidien à travers des projets de direction créative, design produit et scénographies. Sur le salon, ils présentaient la série Kite, qui s’inspire du savoir-faire des artisans de Weifang, réputés pour leurs cerfs-volants en bambou chauffé et assemblés avec des fils de coton. Le papier de coton blanc, très translucide, est associé à un papier filigrané orné de fleurs de prunier, dont les motifs embossés au laser révèlent de délicates ombres florales lorsque la lampe est allumée, disponible en applique, lampe de table et lampe à poser.

Collection de luminaires Kite © studiososlow

Petite Friture


L’éditeur français a invité la designer textile néo-zélandaise Grace Atkinson à dialoguer avec la collection Sandows de René Herbst, créée dans les années 1930 et récemment rééditée par la marque. La créatrice a choisi de répondre à cette invitation avec l’œuvre textile One One Four, pensée en écho avec la chaise longue Sandows n°114. Réalisée à partir de tissus Kvadrat et Sahco, l’installation a été développée directement sur la chaise longue, en laissant la tension et le mouvement des étoffes guider la forme, pour un rendu tout en poésie. 

Œuvre textile One One Four et collection Sandows, Petite Friture x Grace Atkinson
Temps de lecture
5/3/2026
Vind, une collection qui se fond dans le paysage

Imaginée par Kasper Salto pour le Louisiana Museum of Modern Art de Humlebæk au Danemark, la collection Vind marque un nouveau chapitre dans la collaboration de longue date entre le designer danois et Fritz Hansen. Une collection outdoor discrète et exigeante, pensée pour durer et s’effacer dans le paysage.

Née du mot danois signifiant « vent », la série Vind puise son inspiration dans l’architecture maritime et les forces naturelles qui façonnent le littoral du Louisiana Museum of Modern Art, situé à Humlebæk au Danemark. Conçue spécifiquement pour les espaces extérieurs du musée, cette collection de mobilier signée par le designer Kasper Salto incarne une approche du design à la fois humble, fonctionnelle et profondément contextuelle. « La chaise Vind est un outil pour s’asseoir, ce n’est pas une oeuvre d’art. Elle est conçue pour bien servir les gens, comme un hôte discret », confie le designer. La collection privilégie ainsi une expression calme, presque silencieuse, où chaque détail sert l’usage.

Collection outdoor Vind, design Kasper Salto © Fritz Hansen

La précision du geste discret

Les structures en aluminium thermolaqué, légères, durables et recyclables, assurent solidité et longévité, tandis que les assises, tressées à la main à partir de près de 150 mètres de corde en polyester, apportent texture et confort. Un travail artisanal qui requiert jusqu’à quatre heures par pièce et confère à chaque assise de subtiles variations, révélant un équilibre maîtrisé entre précision industrielle et geste humain. La collection Vind prolonge ainsi l’héritage de la chaise ICE™, conçue par Salto pour le café du musée au début des années 2000, tout en répondant à un autre esprit du temps : celui de la durabilité, de la simplicité et du « moins mais mieux ». Composée d’un fauteuil, d’une chaise et d’une table, la série s’intègre prend naturellement sa place au cœur des jardins, terrasses et espaces d’accueil, sans jamais rivaliser avec son environnement. Une présence juste, pensée pour accompagner le paysage plutôt que le dominer.

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