PDW 2023 : 30 ans des Grands Prix de la création
Caroline Besse, lauréate du Grand Prix 2022, catégorie Métiers d’art

PDW 2023 : 30 ans des Grands Prix de la création

Les Grands Prix de la création la ville de Paris fêtent leur 30 ans en septembre. La rétrospective des lauréats primés donne une lecture passionnante de l’écosystème de la création parisienne, et surtout témoigne des changements forts de paradigme dans ce secteur. Deux expositions sont d’ailleurs à voir pendant la Paris Design Week : à l’Hôtel de ville et à la Galerie Joseph. Partage d’expériences avec Laurianne Duriez, cheffe du Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art et directrice des Ateliers de Paris.


Entre lieux dédiés, accompagnements, Grands Prix… pourquoi la création est une filière aussi stratégique à Paris ?

Au départ centrés sur les arts, les Grands Prix ont intégré la mode, les métiers d’art et le design, marquant le début d’une politique de soutien à la création à Paris. C’était valoriser l’extrême dynamisme de cette filière par la mixité d’acteurs sur ces métiers de la création. Sur un même territoire, on en a un nombre d’écoles incroyables sur la mode, le design et les métiers d’art, un nombre d’ateliers, d’entreprises, d’agences de marques qui n’a cessé de développer et de se renouveler. Si l’on prend le prisme de la mode, les créateurs du monde entier s’inscrivent pour défiler pendant les fashion weeks, c’est le lieu où il faut être visible : Paris reste la capitale de la mode. Et c’est possible grâce à la présence d’ateliers de savoir-faire, d’agences de design… On n’analyse jamais assez combien ces écosystèmes s’enrichissent entre eux, s’imbriquent, sans parler de la richesse de la programmation culturelle et de l’ensemble des événements. Les créateurs sont dans un environnement qui leur permet de se nourrir d’une multiplicité d’expressions.

Comment les designers se positionnent dans cet écosystème, justement ?

Observer l’évolution des profils des lauréats des Grands Prix est intéressant ; on remarque bien sûr des périodes fortement en résonance avec les arts décoratifs, tournées sur de la création industrielle, avec des personnalités devenues des grands noms connus à l’international. On a vu apparaître cette appétence pour l’artisanat, alors qu’il y a quelques années le design s’en emparait peu. A l’image de François Azambourg  –  lauréat des grands prix en 2004 – qui a marqué ce virage. Pour certains, le secteur artisanal permet une discussion et une gestion plus globale de leur projet, parfois difficile à mener dans le monde industriel. Et l’envie de trouver de nouveaux modes de production, qui reconnaisse davantage le temps de la conception pour la rémunération.

Plus récemment des profils très différents ont émergé, très  soucieux d’inscrire leur projet dans un contexte réfléchi et de maîtriser l’ensemble du process. Ce sont des designers attachés à la ressource des territoires, qui sortent de Paris pour découvrir des savoir-faire. C’est une génération plus engagée, consciente, qui réfléchit à son impact. Elle veut produire des choses qui ont du sens et qui soient en lien avec une histoire et un territoire, elle veut compter dans l’histoire de l’entreprise, agir sur son développement, voire agir sur un savoir-faire ou des techniques pour qu’elles perdurent.

Victor Weinsanto, Lauréat du prix Talent Émergent 2022, catégorie Mode © François Quillacq
Victor Weinsanto, Lauréat du prix Talent Émergent 2022, catégorie Mode © François Quillacq

Parmi ces designers engagés, certains sont véritablement des chercheurs ?

Oui, ils veulent répondre à des enjeux environnementaux et sociétaux, en apportant une réponse. A l’image de Samuel Tomatis, lauréat en 2021 ou d’Anna Saint-Pierre lauréate en 2022, qui cherche à valoriser une ressource pour en faire un matériau : l’algue pour Samuel Tomatis, les déchets du bâtiment pour Anne. Et c’est essentiel de les soutenir car il y a très peu d’aides financières pour accompagner ses projets. Il manque vraiment des dispositifs pour accompagner le design d’innovation, l’expérimentation, et le développement économique, car les concours ne sont pas suffisants pour monter un projet. Ces designers sont souvent seuls, en indépendants, ils ont besoin d’avoir une équipe, de payer des prototypes, de travailler en laboratoire pour tester les caractéristiques : le travail de création de matière demande des enveloppes pour payer des prestations de service et des tests, et les premières années les banques vont difficilement les suivre pour des prêts. Ce sont des projets compliqués où il y a tout à faire, où il faut convaincre des industriels, des filières, voire créer la filière quand il s’agit de récupération de déchets. Les finances sont un vrai frein, et pourtant le design a à jouer un rôle dans ce secteur-là.

Les grands prix révèlent-ils ces prises de risques ?

Oui, le recours au concours pour certains est une question de survie, pour d’autres cela permet d’avoir la reconnaissance pour avoir des investissements, rassurer des clients. Cela leur donne une assise pour leur activité. La bourse est un coup de pouce financier qui leur sert à embaucher, financer une prochaine collection dans la mode, s’installer dans un atelier, acheter du matériel, aller à un événement…  et évite un prêt.

Mais les Grands Prix révèlent aussi les grandes tendances : depuis six ans, il y a une vraie révolution, l’ensemble des projets ont un engagement pour apporter des réponses et faire que l’on vive dans un monde plus vivable. Cela va de l’innovation sociale jusqu’à la gestion des déchets, les questions de genre et d’inclusivité. Dans la mode comme dans le design, on retrouve des projets engagés. Des créateurs de mode comme Maitrepierre (lauréat 2021) ou Victor Weinsanto (lauréat 2022)  cassent les codes et prennent la parole sur ces sujets de société. Dans la mode, que des projets de modes responsables. On veut produire à la demande, localement, prise de risques. On change le modèle je sors une collection, je fais un stock, et c’est tout un changement organisationnel. Que leurs créations apportent des réponses.

Perron et Frères, banc brûlé, lauréats du Grand Prix 2022, catégorie Design
© Alexandra Mocanu
Perron et Frères, banc brûlé, lauréats du Grand Prix 2022, catégorie Design
© Alexandra Mocanu

A côté des Grands Prix, l’incubateur est aussi un soutien important ?

Nous avons un plan d’action complémentaire : notre structure qui accompagne tous les types de projets, en faisant constamment évoluer notre offre. L’incubateur nous a permis d’être visible pour faire grandir cet écosystème parisien : la famille des résidents, les lauréats des Grands Prix, tous les lieux dédiés (Villa du Lavoir, cité Taillandier, Caserne des Minimes…)

Ces lieux dédiés sont essentiels pour maintenir les créateurs sur le territoire au regard du prix du marché ; la mixité de professionnels permet la création de ces écosystèmes qui entre eux grandissent : un graphiste va travailler avec une marque de mode, un designer entraider un artisan. Ils ne sont pas seuls, et c’est ce que je présente aux délégations.

Ce dispositif d’incubation a été pionnier il y a plus de 15 ans ?

C’est effectivement le premier incubateur mondial qui rassemble ces trois secteurs, on a servi de modèles pour des incubateurs à New York, Londres, Amsterdam… Mais notre accompagnement ne se limite pas aux résidents, il existe une offre dédiée à tous les professionnels du territoire avec des cycles de formation dont certaines sont gratuites. Et dans cet écosystème de la création, à côté des Grands Prix, existent d’autres actions de visibilité et de rayonnement comme le label Fabriqué à Paris, les actions à l’international…

Anna Saint-Pierre, lauréate du prix Talent Émergent 2022, catégorie Design
Anna Saint-Pierre, lauréate du prix Talent Émergent 2022, catégorie Design

Quels sont les projets à venir ?

Deux nouveaux lieux vont être crées dans les prochaines années avec plus d‘interdisciplinarité, avec des ingénieurs, des paysagistes, des architectes, pour aller plus loin dans la mixité. Pour davantage rendre visible les designers qui travaillent pour le public, pour les collectivités les territoires, on va lancer avec la Ville de Paris une action sur le design d’actions publiques où l’on va faire travailler des écoles parisiennes de design en lien avec les directions de la ville de Paris pour faire remonter des problématiques. Notamment avec l’ENSCI-Les Ateliers et Master design d’action publique de Sciences-Po.

Les rendez-vous de la Paris Design Week

A l’occasion de la Paris Design Week et des Journées européennes du Patrimoine, les Grands Prix de la création proposent deux expositions dédiées. Du 7 au 17 septembre d’abord, durant la Paris Design Week, GOODMOODS présentera (RÉ)CRÉATION, une exposition imaginée pour la Ville de Paris célébrant les trente ans des Grands Prix de la Création. Dévoilée au sein de la Galerie Joseph rue Payenne, l’installation honorera trois décennies de design français avec un regard enjoué et engagé. Les pièces des lauréats, sélectionnées pour leurs jeux de couleurs optimistes et leurs traits fantaisistes, dialogueront au cœur d’un décor aux airs de cour d’école. À découvrir 5 rue Payenne, 75003 Paris.

Depuis 30 ans, les Grands Prix de la Création de la Ville de Paris récompensent les talents du Design, de la Mode et des Métiers d’Art. Afin de célébrer cet anniversaire, une exposition retrospective propose de (re)découvrir leurs approches prospectives et créatives. Exposition sur inscription, 3 rue Lobau, 75004 Paris.

Rédigé par 
Maïa Pois

Vous aimerez aussi

Temps de lecture
6/7/2026
Studio Œ, matières en exploration

Le studio Œ a été fondé en 2021 par les designers allemandes Lisa Ertel et Anne-Sophie Oberkrome. Un studio qu’elles décrivent comme un lieu d’expression et d’exploration commun, au sein duquel les projets qu’elles conçoivent sont en interaction avec l’espace et le contexte social dans lesquels ils prennent place.

Lisa Ertel et Anne-Sophie Oberkrome se rencontrent lors de leurs études en design produit à l’université des arts et du design de Karlsruhe, en Allemagne, années durant lesquelles elles prennent l’habitude de collaborer régulièrement. La création de leur studio – dont le nom, Œ, correspond à la première lettre de leurs noms de famille respectifs – s’est finalement révélée comme une suite logique. « C’était plutôt comme donner un nom à quelque chose qui existait déjà et symboliser la façon dont deux perspectives peuvent fonctionner à l’unisson. »

Assise Pina © Studio Œ

S’inspirer du quotidien

Pour imaginer chacun de leurs projets, pas de processus figé mais plutôt une inspiration issue de différentes scènes de vie. « Nous accordons une attention particulière à la façon dont les objets vivent avec les gens, dans les lieux et au fil du temps. Notre objectif est d’être à l’écoute de l’espace dans lequel ils prennent place, sans pour autant le contrôler. »  Dans la pratique, Œ a pris l’habitude de travailler sur plusieurs travaux en parallèle, qu’il s’agisse de collaborations avec des éditeurs, de recherches indépendantes ou de commandes spécifiques. « Notre travail repose vraiment sur la diversité, et nous sommes convaincues que notre signature réside dans la conversation entre nos différents projets. » Parmi leurs collaborations notables, on peut citer celles avec l’éditeur danois Our Society pour le miroir Cove, en 2022, et l’italien Mattiazzi pour les collections Oto, en 2023, et Dopo, en 2024, ainsi que celle avec 1×1 Systems pour l’étagère Tandem, en 2024.

Collection Dopo pour Mattiazi © Studio AKFB

Explorer pour mieux concevoir

En parallèle de cette activité d’édition, elles sont membres de plusieurs collectifs, notamment de FAN Collective, lancé avec des amis de l’université après leur diplôme ; de Farm Group, né de la volonté de se rapprocher de la terre en partant d’un lieu plutôt que d’un marché pour créer ; ainsi que de Many-to-Many, un groupe féminin de designers venues de toute l’Europe. Une activité d’exploration essentielle dans leur processus global qui leur a permis de développer des idées comme la collection de verres Romer, la série d’assises Silo et le tabouret Moving Stool, pour ne citer qu’eux. « Ces collectifs sont comme des écosystèmes dans lesquels nous pouvons explorer des thèmes que nous avons nous-mêmes choisis et tester des méthodes de travail alternatives. Ils nous permettent de définir notre rythme et de nous aventurer dans des domaines plus expérimentaux. » Fascinées par la matière, les deux amies aiment observer le comportement et l’évolution de celle-ci pour nourrir leurs idées. « On aime la texture, la structure et la couleur des matériaux. Généralement, la plupart de nos projets commencent par des étapes très pratiques de découpe, de ponçage, de pliage… Et c’est souvent le matériau qui nous indique si nous sommes sur la bonne voie. »

Verre Roomer avec FAN Collective © Studio Œ

À l'horizon 2026

Après une participation remarquée au salon Maison&Objet en septembre en tant que lauréates des Rising Talent Awards qui étaient consacrés à la création allemande, l’année 2026 s’annonce tout aussi florissante pour le studio.

Stand "Rising Talent Awards" au Salon Maison & Objet © Studio Œ

L’une des actualités majeures à venir pour le studio est sa présence à Francfort, ville désignée World Design Capital 2026. Dans la continuité de leur travail d’exploration et de recherche sur les matériaux, les designers présenteront à cette occasion un travail en collaboration avec le studio danois Form22 et le tailleur de pierre régional Freymadl. Et en juin, à l’occasion des 3daysofdesign à Copenhague, le duo a présenté en exclusivité sa première collaboration avec Vitra, avec le fauteuil Bascule. Un modèle qui allie innovation technique et recyclabilité, des notions qui étaient indissociables pour elles. « Bascule nous invite à nous installer comme on le souhaite et selon la façon dont on se sent. Ce n’est pas juste un fauteuil confortable, il y a un contexte qui s’installe tout autour de lui, comme une aura. »

Fauteuil Bascule © Vitra
Temps de lecture
6/7/2026
Concours Technogym x Intramuros : découvrez les lauréats de la 2e édition !

Pour célébrer les 40 ans de son produit Unica, Technogym avait lancé un creative call intitulé « UNICA-MENTE | Back to the 80s », en partenariat avec Intramuros, dont la remise des prix s'est tenue le 1er juillet dernier et a récompensé trois projets distingués pour leur créativité et leur vision du bien-être.

À destination des designers et des architectes, le creative call « UNICA-MENTE | Back to the 80s » lancé par Technogym invitait les participants à imaginer des espaces de bien-être immersifs, alliant héritage des années 1980 et visions contemporaines. Parmi les nombreux projets reçus et évalués par un jury présidé par Borina Andrieu, composé également d'Olivier Bon, Verena Lasvigne et Frédéric Marty, trois propositions se sont distinguées par leur créativité, leur cohérence et leur réalisme.

Premier prix : Saule avec Unica Mente

Imaginé par Saule, le projet Unica Mente place l'usage au cœur de sa réflexion. « Nous avons pensé l'espace de manière à positionner La Palestra comme le cœur battant de notre proposition, un noyau central d'énergie d'où irradient différentes facettes de l'expérience wellness. Orchestré comme un séquençage théâtral, de la Recezione à la sérénité feutrée de L'Alcova, en passant par l'ouverture sur l'extérieur de La Terrazza, chaque espace célèbre le bien-être à sa manière. » Une proposition généreuse qui rend hommage à l'Italie, pays d'origine de Technogym, tout en mettant en valeur avec finesse et élégance les équipements de la marque.

Projet Unica Mente © Saule

Deuxième prix : Osé Architecture avec Unica Oasis

L'agence Osé Architecture a imaginé Unica Oasis autour d'une question centrale : comment réintégrer le bien-être dans nos modes de vie contemporains ? En guise de réponse, le studio propose un espace où le mouvement circule librement et trouve naturellement sa place. « L'organisation libre des espaces invite chacun à construire son propre parcours à travers une succession d'ambiances mêlant effort, contemplation et détente. Inspiré par l'optimisme des années 1980, le projet associe innovation, nature et qualité de vie. Les équipements Technogym y sont mis en scène comme des repères au sein du paysage intérieur, tandis qu'une palette de matériaux naturels, de touches colorées et d'ambiances sonores immersives renforce l'expérience sensorielle. » Un projet salué pour son équilibre entre esthétique et fonctionnalité, ainsi que pour la richesse de ses références au design des années 1980.

Projet Unica Oasis © Osé Architecture

Troisième prix : Charles Hantz avec Symbiose

Imaginé par Charles Hantz, le projet Symbiose explore la relation entre le vivant, l'espace et les machines. Inspiré de l'esthétique de la science-fiction des années 1980 tout en étant résolument ancré dans les enjeux contemporains, il transforme l'effort physique en source d'énergie. « Grâce à la récupération de l'énergie cinétique produite sur les machines, l'espace alimente un écosystème végétal qui purifie l'air et régule l'atmosphère en temps réel. Le sportif ne se contente plus de s'entraîner : il devient l'acteur d'un cycle vertueux où son mouvement nourrit l'espace. » Entre passé et futur, Symbiose revisite l'imaginaire des années 1980 tout en proposant une vision actuelle du wellness connecté.

Projet Symbiose © Charles Hantz

Coup de cœur du jury : Sesto Studio avec Human Performance Lab

En plus des trois prix classiques remis, le jury a tenu à saluer le travail de Sesto Studio pour son projet Human Performance Lab, avec un concept 1983-2083 qui propose une vision originale du futur imaginé depuis les années 80.

Temps de lecture
3/7/2026
Les Trophées du meuble : 10 prix pour l’excellence de l’habitat

Célébrer les innovations qui façonneront le marché de demain : telle est l'ambition majeure du grand rendez-vous des "Trophées du Meuble", dont la première édition se tiendra en fin novembre prochain. A travers 30 prix répartis en 10 catégories, représentant les familles de produits et les thématiques majeures des secteurs du meuble et de l'habitat, Le Courrier du Meuble - en partenariat avec Intramuros, Cuisines & Bains Magazine et Concept Bain - veut distinguer les entreprises, concepts et initiatives qui contribuent à faire évoluer durablement l'univers de l'ameublement, du design et du contract.

Remis début décembre, les Trophées du Meuble remettront 30 prix, segmentés en 10 catégories : Prix du Savoir-Faire, Prix de l'Ameublement, Prix du Salon, Prix de la Literie, Prix du Contract, Prix de l'Innovation, Prix de l'Eco-Meuble, Prix du Design, Prix de la Cuisine et Prix de la Salle de Bains.

Pourquoi cet événement ? Il s'agit avant tout, pour Le Courrier du Meuble et les 3 magazines partenaires, de célébrer et rassembler, et plus précisément de :

- Mettre en lumière les innovations et tendances qui façonnent le marché de demain ;

- Valoriser l'excellence du savoir-faire industriel, artisanal et créatif du secteur ;

- Offrir aux entreprises participantes une visibilité forte auprès des décideurs du secteur ;

- Favoriser les synergies entre fabricants, marques, distributeurs et prescripteurs ;

- Fédérer l'ensemble de la filière autour d'un rendez-vous premium à forte valeur ajoutée.

Une opportunité de valorisation

Le processus des premiers Trophées du Meuble se veut à la fois exigeant, transparent et fédérateur, à commencer par l’ouverture aux candidatures, désormais effective : industriels, fabricants, marques et acteurs du design souhaitant mettre en avant leurs innovations, réalisations et savoir-faire, sont invités à nous contacter [voir plus bas]. Pourquoi participer ? Les Trophées du Meuble offrent à chaque candidat une opportunité unique de réaffirmer son positionnement au sein d’un événement majeur réunissant les décideurs clés du marché, et plus précisément de :

- Renforcer son image de marque et votre crédibilité sectorielle ;

- Valoriser ses innovations et son expertise auprès d’une audience qualifiée ;

- Développer sa notoriété auprès des fabricants, distributeurs et prescripteurs ;

- Générer de nouvelles opportunités commerciales et partenariats ;

- Intégrer un rendez-vous appelé à devenir une référence du secteur.

Temps de lecture
3/7/2026
Design Parade 2026 : la pensée contemporaine récompensée

La Design Parade célèbre cette année son 20e anniversaire à la Villa Noailles et sa 10e édition à Toulon. Ouvertes depuis le 25 juin et jusqu'au 30 août, les deux manifestations ont livré comme chaque année leurs lots de surprises dans les domaines de l'objet et de l'architecture intérieure. Retour sur les sept lauréats de l'édition 2026.

Née de la volonté de faire découvrir, partager et promouvoir le design le temps d’un été, la Design Parade est devenu un rendez-vous incontournable pour révéler de nouveaux talents auprès d'un large public. Pour cette édition anniversaire, qui marque les 20 ans de l’édition de Hyères et les 10 ans de son antenne toulonnaise, sept créatrices et créateurs ont été récompensés pour leur inventivité déployée au cœur de la Villa Noailles. Concernant le jury, la section design, cette année présidée par Sofia Lagerkvist et Anna Lindgren, réunissait Anne-France Berthelon, Stanislas Colodiet, Clara Krzentowski, Hervé Lemoine et Simon Dupety, récompensé l'an dernier par le Grand Prix du Jury objet. De son côté, Laura Gonzalez était à la tête d'un second jury, composé de Stéphane Parmentier, Rodolphe Parente, Raphaella Pron, Anne-Sophie von Claer et Thomas Takada, chargé de départager les projets d’architecture intérieure. Retour sur le palmarès de cette édition 2026.

Exposition Front Design ©Luc Bertrand

Finalistes objet

Le Prix Manufactures nationales - Mobilier national : Lundja Medjoub & Matisse Vrignaud 

Avec Les Horloges à Feu, Lundja Medjoub et Matisse Vrignaud s’intéressent au temps à travers la réinterprétation d’instruments de mesure médiévaux. « Il nous a semblé que le temps était une notion trop peu explorée dans le design, alors qu’il s’agit pourtant d’un concept essentiel de nos sociétés contemporaines. Revenir aux fondements de sa mesure nous paraissait indispensable », raconte le duo. Autour de trois objets de mesure emblématiques, les designers associent leur pratique aux notions de temps, de son et de mouvement. « Ces trois objets incarnent trois manières de considérer le temps à travers trois principes sonores : le gong dépeint l’événement singulier et ponctuel ; le sablier symbolise la durée ; le métronome fait référence à la répétition et à la cyclicité. En leur présence, c’est leur son qui matérialise le temps et les fait resurgir à notre attention. » Les trois pièces sont réalisées en laiton, issu de chutes d’une laitonnerie. Un matériau choisi autant pour son lien avec l’horlogerie que pour ses qualités acoustiques, notamment sa musicalité.

©Luc Bertrand

Le Grand Prix du Jury Design Parade : Tin Ayala

Huacos est un projet fondé sur la coexistence des références culturelles, souvent opposées, et ici réunies au sein d’un même objet. « La série de céramiques que je présente à la Villa Noailles est conçue comme une superposition entre l’ancestralité et la mondialisation, le passé archéologique et la culture pop contemporaine, les savoirs locaux précoloniaux et les produits du marché capitaliste » explique Tin Ayala. Prenant la forme de céramiques semblables à celles créées par les sociétés Moche, Nazca, Chimú ou encore Inca, le designer équatorien interroge également l’« extirpation des idolâtries » mise en place lors de la colonisation des Andes par les Espagnols. « Cet effacement d’hier nous amène aujourd’hui à concevoir la culture matérielle précoloniale comme quelque chose d’incomplet, de manquant et de brisé, que nous devons restituer à l’aide d’études archéologiques et de connaissances universitaires. » Inspiré par une résidence effectuée en 2023 auprès du musée archéologique Larco à Lima, le créateur place les mélanges, les fusions et les combinaisons au cœur de sa pratique. « C’est pourquoi, en étudiant le design aux Pays-Bas, je place l’art précolombien et le design contemporain au même niveau culturel. » Au-delà de l’esthétique, ces hybridations, questionnent les binarismes coloniaux : ancestral et contemporain, local et global, ou nature et culture. Fruits d’une méthodologie de conception dite « Abigarramiento » (en français : bigarré), les objets superposent des temporalités et des épistémologies hétérogènes. « Je ne crois pas au mythe de la tabula rasa (créer à partir de rien). En tant que designers, nous faisons toujours partie d’un contexte social, nous faisons toujours partie d’un contexte social, et il est important de créer à partir de ces réalités et de travailler avec ces références. » Un travail effectué lors de la résidence de la Fondation d’entreprise Martell à Cognac entre novembre 2025 et janvier 2026.

©Luc Bertrand

Prix du Public : Edouardo Altamirano 

Le projet d’Edouardo Altamirano, intitulé Sonido Material, explore le son comme un phénomène physique. « Ce projet est né d’un intérêt pour l’exploration de notre rapport au son et aux objets qui le produisent. Il remet en question les produits qui reposent sur la technologie, tels que les haut-parleurs, en se demandant s’ils peuvent redevenir plus bruts, plus ouverts et davantage axés sur l’expérience. » Pour ce projet, le designer a déconstruit le haut-parleur jusqu’à ses composantes les plus essentielles, remettant ainsi en question les frontières conventionnelles entre objet, matériau et son. « J’explore la possibilité de repenser le haut-parleur comme un système ouvert. L’objet n’est plus contraint par une limite physique ni enfermé dans un boîtier : il devient visible et exposé. Cela remet en question nos idées reçues sur les matériaux en proposant une solution qui utilise quelque chose d’aussi simple que le papier, un matériau que l’on n’associe généralement pas au son. » Ce projet est notamment influencé par le dessin, qui occupe une place centrale dans sa pratique. Il lui permet d’explorer un langage graphique et de l’utiliser comme moyen d’expression. « Le dessin influe directement sur la qualité du son, sa résonance et la fonctionnalité globale de l’œuvre, introduisant ainsi une dimension expérimentale particulièrement intéressante », conclut-il.

©Luc Bertrand

Finalistes architectes

Prix Visual Merchandising décerné par Chanel : Blanche Mijonnet 

En parallèle de son projet d’espace intitulé Pyjama Party, qui interroge l’identité provençale, le projet Soleil Soleil, récompensé ici, questionne en profondeur la matière, la couleur et la notion même de vitrine. « Tout découle de la matière et nous immerge dans sa texture. La lumière n'est pas cachée : elle émane de son cœur et nous invite à regarder de plus près. Soleil Soleil réinterprète la lumière du sud de la France en puisant son inspiration dans l’audace de Coco Chanel, qui a introduit le jaune au rang du luxe. Dans une quête du jaune absolu, la fleur la plus ordinaire qui soit déploie toute sa magie en s’inspirant des savoir-faire délicats des plumassiers de la maison Lemarié : le pissenlit. Cette fleur retrouve sa poésie en révélant ses deux états dans un diorama délicat et lumineux. » Une réalisation d’envergure, qui a notamment nécessité seize heures de cueillette de pétales pour composer le soleil et ces nuances. Plus largement, ce projet permet à la créatrice d’explorer la matière et le geste de manière intuitive et expérimentale, afin d’en révéler toute la poésie.

©Luc Bertrand

Prix du Public : Simon Searle et Victoire Lesthevenon 

L’Observatoire de Simon Searle et Victoire Lesthevenon, ouvert sur la Villa Noailles, brouille les frontières entre intérieur et extérieur. « Nous avons conçu cet espace de manière à orienter le regard vers l’extérieur. Le sol est surélevé et la structure en bois renforce la perspective vers les fenêtres, offrant ainsi un meilleur point de vue sur le paysage. Des matériaux comme le liège isolent l’espace afin de permettre une immersion totale dans les sons de la nature. Nous voulions créer un lieu hors du temps, loin des distractions, et c’est ainsi que nous concevons le confort. » Le choix des matériaux et des couleurs s’inscrit dans la palette du territoire varois, tout en évoluant au fil du temps et de la lumière. « Nous avons développé nous-mêmes toutes les couleurs à partir de plantes locales, qui vont évoluer au contact de la lumière. Cela nous permet d’établir une relation différente avec ces objets et d’accueillir leur transformation. » Conçu à l’échelle de la Villa Noailles, le projet pousse cette logique jusqu’à ses proportions, déterminées à partir de données géographiques et météorologiques du Var. Une manière de renforcer encore davantage son ancrage dans le paysage qui l’accueille.

©Luc Bertrand

Le Grand Prix Design Parade Van Cleef & Arpels : Valentin Bayoud

« Le feu a longtemps accompagné l’essor de l’humanité. Aujourd’hui et plus que jamais, il a été remplacé par une autre ressource précieuse et au centre de nombreux enjeux : l’eau. » C’est autour de cette dernière que le designer et architecte Valentin Bayoud a construit son univers. « À travers Aqua primitiva, j’ai cherché à créer des expériences spatiales qui mettent les visiteurs en condition pour dialoguer et réfléchir aux enjeux contemporains. » En écho aux rassemblements autour du feu, le créateur a imaginé une forme circulaire invitant chacun à se positionner à équidistance de la denrée. « Je m’intéresse aux archétypes spatiaux, ces formes et structures spatiales qui traversent les cultures et les époques parce qu’elles répondent à des besoins fondamentaux. Il ne s’agit pas de reproduire le passé, mais de le confronter au présent. » Un décalage temporel dont résultent des lieux atemporels. S’inscrivant dans une démarche phénoménologique, le projet mobilise les sens et invite le public à une pause réflexive. Une expérience ancrée dans le contexte d’Hyères et mise en valeur par des savoir-faire traditionnels et des matériaux naturels comme le bois brûlé, le lin non teint, le verre thermoformé et moulé, la fonte d’aluminium recyclée, ainsi qu’une pierre du Var posée à sec.

©Luc Bertrand

Le Prix Manufactures nationales - Mobilier national :Carlotta Lagazzi & Yohann Hubert

Un salon de repos sur le paquebot de Mallet-Stevens. Imaginée à partir du flux de déchets issus du nautisme de plaisance, l’installation de Carlotta Lagazzi et Yohann Hubert s’ancre dans l’idée de créer sans engendrer de nouveaux objets. « Un geste conceptuel autant qu’écologique, remettant en question la logique linéaire de la production et de la consommation. » Basé sur l’upcycling, Overflowed réinterprète un certain nombre de matériaux déjà porteurs d’histoire. « Nous sommes depuis longtemps séduits par l’idée de Roland Barthes selon laquelle l’objet est bien plus qu’une simple entité fonctionnelle, chargé de mémoire, de symboles et d’associations culturelles. » Attachés à l’idée de créer de nouveaux sens, le duo considère les médiums « en constante évolution plutôt que comme des entités figées ou immuables ». Une philosophie et un sens de la valorisation dont découle généralement une forme d’ambiguïté. « Nous aimons qu’il soit parfois difficile de dire si les choses sont naturelles ou artificielles, animées ou inertes. » C’est en ce sens que les designers ont découpé et démonté des carcasses et des pièces de bateaux abandonnés pour les rassembler dans des formes « plus douces, plus organiques et curieusement plus familières », convoquant l’imaginaire. Une transformation par laquelle s’opère un déplacement symbolique, de l’objet maritime à l’objet de salon. Sur la méridienne revisitée et sous le plafonnier d’écailles lumineuses, seules les techniques d’assemblage (nœuds, accastillage, systèmes de tension et de retenue, textures et textiles techniques) font office de traits d’union entre deux mondes.

©Luc Bertrand
Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir chaque semaine l’actualité du design.