Chaise
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Le designer suédois David Ericsson a fait de la chaise son objet totem. Passé par le monde de l’art et la philosophie avant d’entrer à l’université Malmstens Linköping, à Stockholm, ce créatif aime mêler travail de recherche et procédés industriels innovants.
Elles sont en bois, en acier, en cuir, à roulettes… Les chaises de David Ericsson sont toutes aussi originales les unes que les autres, et c’est le but ! Le designer suédois intègre l’université Malmstens Linköping, à Stockholm, en section design, d’où il sort diplômé en 2010. « Je ne pensais pas que le métier de designer était une véritable profession. J’aimais créer mes propres pièces de mobilier, mais je ne les voyais pas comme des produits qui pourraient être édités et, surtout, qui pourraient vivre en dehors de chez moi. » Une arrivée dans le monde du design et de l’objet qui n’était pas du tout préméditée, puisqu’il se destinait initialement à aller vers l’art et la philosophie. « J’ai toujours été intéressé par le processus de fabrication des choses, de savoir comment elles étaient faites. Je suis arrivé un peu par hasard en école, mais ça m’a permis de comprendre beaucoup de choses sur le design que je n’imaginais pas jusque-là. »
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La chaise, un objet d’interaction
« Les chaises offrent une grande liberté de création. Il existe de nombreuses variabilités possibles en termes de structure, de matérialité, de fonction… Je ne cesse d’explorer et de découvrir des choses tous les jours. » Fasciné par toutes les formes d’industrialisation et de production, le designer a vu son attrait pour les chaises renforcé par les interactions qui y sont associées et qui les différencient des autres pièces. « Les chaises sont pensées pour les humains et les interactions entre eux. Elles doivent prendre soin de la personne qui s’assoit dessus, tandis que les tables ou les cabinets sont faits pour que l’on pose des choses dessus. »
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Et s’il expérimente divers types de matériaux, à l’image de la chaise Exxo en acier, dont la forme fait étrangement penser à celle d’un canard, et de la chaise à roulettes Oona, modèle favori des enfants, le bois reste son matériau de prédilection. « Le bois n’est pas un simple matériau dans la mesure où il en existe différentes sortes ayant toutes leurs qualités et leurs défauts à exploiter. » Une recherche de singularité et de prouesse technique qu’il a notamment pu appliquer à la chaise Petite, qui ne pèse que 2,5 kilos !
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Un travail de recherche constant
Lors de Stockholm Furniture Fair de 2024, il présentait la chaise Molnas. Inspirée par les peintures de ciel que l’on peut retrouver aux plafonds des églises suédoises, cette chaise est le fruit d’un travail de recherche engagé il y a quatre ans. Durant la pandémie, David Ericsson se lance un défi, celui de créer vingt chaises en vingt jours. Avec ce projet, nommé « The wrong construction at the right place » (« La mauvaise construction au bon endroit », en français), le designer a cherché à explorer des procédés inédits pour fabriquer des chaises. Un travail de recherche et de prospection qui s’avère être au coeur du processus du designer. « Ce n’est pas simplement un travail de fonction ou de technique de l’objet, la recherche est tout aussi importante. J’aime avoir ces deux facettes dans mon métier, et je pense d’ailleurs que ces deux aspects ont besoin l’un de l’autre pour avancer, car cela permet d’étudier de nouvelles façons de penser un produit. »
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Début février 2025, toujours pour la Stockholm Furniture Fair, il ne présentait pas un mais quatre nouveaux projets. Cette édition du salon a en effet été l’occasion pour le designer de dévoiler trois nouveaux modèles d’assises. La fauteuil Bio, fabriqué en frêne massif, se distingue par ses accoudoirs conçus à partir d'une seule planche courbée à la vapeur, leur conférant une forme élancée.
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Il présentait également la chaise P.Y.R, acronyme de Protect Your Rights (« Protégez vos droits » en français), un objet manifeste dénonçant le plagiat dans l’industrie du meuble, dans une quête incessante d’accéder à du mobilier toujours moins cher. « Dans ce monde, la spirale descend jusqu'à ce que ceux qui imitent et copient finissent par être imités et copiés par d’autres. P.Y.R est une célébration de la simplicité et une interrogation sur les limites entre ce qui est à vous et ce qui est à moi », explique le designer. Enfin, il présentait la chaise en bois V.DE.07, produite par Verk.
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Et pour la première fois, David Ericsson présentait un modèle d’armoire, intitulée Moon et réalisée en collaboration avec l’Atelier Sandamar. Une pièce qui offre un jeu entre les couleurs et la lumière. Selon l’emplacement et la luminosité, les perspectives et les reflets évoluent pour « brouiller les lignes entre la solidité et l'apesanteur, entre ce qui est vu et ce qui est suggéré », décrit le designer.
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L’importance de la durabilité
Plus largement, le designer a à coeur de réfléchir à la durée de vie de ses produits et réfléchit constamment, en collaboration avec les entreprises avec lesquelles il travaille, à d’autres manières de procéder. « La question de la durabilité est souvent le point de départ de ma réflexion. Il y a beaucoup de produits qui ont un beau design mais qui ne sont pas de bons produits, car ils ne sont pas viables dans le temps. Aujourd’hui, il faut penser beaucoup plus loin pour obtenir un produit durable que l’on pourra réparer ou changer en quelque chose d’autre. »
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Connue pour ses chaises en rotin, la Maison L. Drucker l'est aussi pour ses collaborations avec divers designers. Parmi eux, le studio BrichetZiegler qui vient de signer la chaise colorée Valmy.
C'est une collaboration née « au culot » résume Caroline Ziegler du studio BrichetZiegler. « Avec Pierre Brichet, mon associé, nous aimons et collectionnons les chaises, comme beaucoup de designers. Alors nous en dessinons, tous azimuts, et puis on affine. Il y a un moment où les planètes s'alignent avec cette méthode. » Tout est parti d'un croquis fait à l'atelier, et puis un autre et encore un autre, tous basés sur l'image d'une chaise de bistrot. D'abord imaginée en métal, le matériau le plus utilisé par le studio, l'assise a rapidement évoluée vers le rotin « pour plus de simplicité » explique la créatrice, convaincue que « la forme est toujours associée à un matériau qui permet de la réaliser. Jamais l'inverse. » Une réflexion qui amène le duo à proposer leurs esquisses à la Maison L. Drucker, spécialiste du mobilier en rotin, il y a un an. « Nous n'avions aucun lien avec eux à ce moment-là, mais ils se sont montrés à l'écoute et très intéressés par notre modèle qui sortait de leurs codes habituels. C'est ainsi qu'a débuté notre travail commun. »
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Une rencontre entre le design contemporain et l'artisanat patrimonial
« Ce qui est intéressant dans ce projet, c'est ce pas de côté par rapport à la chaise de bistrot classique. On a gardé tous les codes qui lui donnent son identité, tout en l'amenant vers quelque chose d'autre. Si demain on la montre à un brésilien, il se dira certainement que c'est à Paris. Il y a quelque chose de la filiation. » Jusqu'alors inutilisé par les designers – hormis un balai présenté à la Biennale Émergences de 2020 -, le rotin s'est avéré être une source d'opportunité autant que de complexité pour le duo dont le croquis initial a vite dû évoluer, sur le plan structurel d'abord, mais également esthétique. « Nous avons été obligés de rajouter plusieurs renforts sur les intersections ce qui nous a amenés à repenser légèrement l'apparence. D'une certaine manière, ce décalage entre notre vision et celle de l'entreprise raconte cette discrétion structurelle propre aux chaises en rotin, et à côté de laquelle nous étions passés. C'est très intéressant ! » Par ailleurs, c'est aussi visuellement que l'idée initiale s'est enrichie. « Dans notre premier dessin, il y avait moins de textile car nous ne pensions pas qu'il était possible de tisser autour de l'armature. Nous avons été encouragés à le faire et c'est ainsi qu'est né ce dossier si prégnant. » Une pièce à l'allure bien particulière qui a donné lieu à de nombreux prototypes pour trouver le confort optimal, et à de nombreux essais colorimétriques.
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Tresser la couleur
Rouge, verte, jaune ou bleue, la Valmy tire son identité graphique de sa couleur plus que de sa structure qu'elle « vient habiller ». Pourtant, ce « véritable parti-pris » n'a fait son apparition que dans un second temps, « lorsque Monsieur Dubois, le directeur de la Maison L. Drucker nous a annoncé l'ensemble des possibilités de mise en œuvre du tissage. C'est lui qui nous a recommandé d'y aller franchement sur le design. Assez logiquement, nous nous sommes pris au jeu et nous avons décidé d'accompagner le dessin par la couleur. » Les trois arceaux se sont alors épaissis pour accueillir chacun une nuance différente de façon à créer un dégradé. Trois teintes que l'on retrouve également dans le tressage ajouré de l'assise en plus d'une couleur complémentaire, visible au niveau des jonctions du dossier, et de deux fils, noir et blanc. « La couleur est un exercice que nous aimons travailler, mais qui demeure occasionnel. Elle n'a d'intérêt que si elle amène quelque chose en plus, en venant renforcer un élément graphique par exemple. C'est le cas pour Valmy. » Heureux de cette collection, le studio « amateur d'une certaine abondance formelle et d'une richesse visuelle », se pose d'ores et déjà la question de poursuivre les explorations créatives de ce matériau, source de projets en tous sens.
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La marque allemande Thonet dévoile la chaise S 243 dessinée par le designer Franck Rettenbacher.
Universellement connue depuis l'invention de la chaise n°14 et son ingénieux système d'expédition, la marque allemande Thonet se réinvente depuis plus de deux siècles. Fidèle à un certain esprit du sens pratique, la marque à collaboré avec des grands noms du design parmi lesquels Mart Stam, Marcel Breuer ou encore Mies van des Rohe. Un héritage dans lequel s'inscrit aujourd'hui le designer autrichien Franck Rettenbacher, installé à Amsterdam, et sa chaise S 243. Présentée lors du salon Orgatec 2024, cette création aux lignes simples et relativement minimalistes reprend les codes historiques de la marque.« Le but était de développer un produit d’une pureté et d’une sobriété qui s’inscrivent dans l’intemporalité incarnée parla marque Thonet », explique le designer.
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Un modèle discret et empilable
« Depuis tout petit, chez mes parents,j’étais assis à table sur des chaises Thonet, sans en avoir conscience. Ces chaises s’imposent avec une sorte d’évidence et s’intègrent comme d’elles-mêmes dans tous les espaces de vie »,souligne Frank Rettenbacher. Un sentiment qu'il a souhaité retranscrire dans les lignes de S 243, avec cependant une difficulté supplémentaire : concevoir une collection empilable. Appuyé sur l'acier tubulaire, matériau de prédilection des éditions contemporaines de Thonet, le designer à imaginé une pièce légère à l’œil grâce à l'utilisation de sections différentes. Les deux pieds à l'avant de l'assise ont ainsi une section de 18 mm contrairement à ceux situés à l'arrière mesurant 25 mm de diamètre. Deux sections plus larges et de fait plus solides sur lesquelles le dossier est riveté. Un assemblage simple et discret à l'image du modèle, permettant de rendre « toutes les composantes du modèle S 243 faciles à remplacer ou à échanger ». Coté couleur, à noter que le modèle est disponible dans huit coloris d'assise (possiblement capitonnée) et cinq styles de piétement. Un modèle simple, accessible et pratique. Dans l'air du temps.
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La maison danoise Fritz Hansen élargit sa gamme de produits Poul Kjærholm en éditant désormais le PK23, l'une des premières créations du designer.
Connu pour ses assises et reconnu pour leurs piètements en acier devenu au fil du temps l'une de ses signatures, Poul Kjærholm est aujourd'hui mis à l'honneur pour une autre de ses créations : le fauteuil PK23. Imaginé en 1954 par le designer tout juste diplômé de l’École des arts et métiers de Copenhague et alors âgé de seulement 25 ans, cette assise méconnue renaît sous ses traits originaux. Édité par la maison Fritz Hansen, ce modèle est une nouvelle approche, du travail de son créateur. Un objet empreint de l'esprit scandinave, mais également ancré dans les époques ; celle moderne de sa création, et celle contemporaine de sa distribution.
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Une naissance précoce et une reconnaissance tardive
Regarder l'étendue des produits de Poul Kjærholm édités par Fritz Hansen et y transposer le PK23, c'est, au-delà d'ouvrir un nouveau spectre design, admettre une brèche dans l'unité stylistique de l'artiste. Remplacer les sections rectangulaires des pieds par des cylindres et déconstruire l’orthogonalité des assises, au profit des courbes. Bref, se réinventer. Pourtant, il ne s'agit pas d'un revirement esthétique, mais plutôt d'une préface au succès du créateur. Et de fait, malgré une publication du PK23 - avec trois autres projets – dans la célèbre revue danoise Mobilia en 1955, son fauteuil ne rencontre pas le succès espéré. Une période difficile pour Poul Kjærholm dont très peu de projets sont alors réalisés. Ce n'est que dans la seconde moitié des années 50 et suite à sa collaboration avec le marchand de meubles Ejvind Kold Christensen, que le designer s'intéresse au mobilier fabriqué à partir d'acier calibré. Un nouveau départ grâce auquel il rencontre son public. Il faut alors attendre 2006 et la grande rétrospective dédiée au designer au Louisiana Museum of Modern Art au Danemark, pour voir réapparaître le PK23, entre temps oublié.
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Un modèle de style et d'innovation
C'est une assise difficile à qualifier de simple tant sur le plan esthétique, que technique. Selon Christian Andresen directeur du design chez Fritz Hansen, « il s’agit d’un beau fauteuil lounge, élancé et contemporain, très en phase avec notre époque ». Difficile donc, de dater cet ovni scandinave aux courbes actuelles. Pourtant, cette souplesse visuelle tient de l'une des grandes révolutions design de l’époque moderne : la bois courbé. Un procédé nouveau à l'époque, qui inspira à n’en pas douter le créateur, jusqu’à devenir le principal parti-pris de son assise. En découle une pièce très sculpturale et légère dont l'impression renforcée par la finesse des pieds offre une structure presque flottante. « Une conception radicale, explique le fils de designer, Thomas Kjærholm, fait d'une coque coupée en deux puis courbée. Il s’agit également de tout montrer, de ne pas cacher la structure derrière un rembourrage, de faire voir la manière dont la coque est maintenue par le support métallique. »
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Un produit qui ouvre le spectre créatif de Fritz Hansen
« Chez Fritz Hansen, nous avons été très protecteurs de l’héritage de Kjærholm, avec le désir de maintenir une certaine limite autour de la collection. Aujourd’hui, nous avons commencé à l’élargir et à mettre en lumière le fait qu’il était un designer aux multiples facettes » déclare Christian Andresen, dont la marque gère l'héritage du designer depuis 1982. « Poul Kjærholm a longtemps été reconnu pour ses meubles en acier immaculé, un ensemble d’œuvres qui étaient exclusives et presque raréfiées. Aujourd’hui, avec ses enfants, Thomas et Krestine, nous réalisons qu’il existe une partie de l’histoire de Kjærholm faite de produits plus faciles, qui auraient pu être tout aussi durables s’ils n’étaient pas tombés dans l’oubli. » Une époque sur le point de connaître elle aussi son heure de gloire grâce au PK23.
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À l'occasion de l’exposition "Chromo Sapiens" dédiée à la couleur, Le FRENCH DESIGN by VIA expose jusqu'au 15 septembre 20 chaises illustrant tour à tour, la puissance visuelle des teintes dans l'univers du design.
Disparue pendant plusieurs décennies au profit d'une certaine sobriété ou de la forme, la couleur fait depuis quelques années son grand retour dans nos intérieurs. Plutôt appliquée par le biais de pièces pop rappelant les décennies les plus teintées de l'histoire du design, elle semble encore cantonnée à un éventail de marques qui affichent aujourd'hui un contrepied esthétique avec les coloris passe-partout encore largement en vogue.
C'est lors de l’exposition Design x Durable x Désirable que l'idée d'exposer la couleur est apparue, raconte Jean-Paul Bath, directeur du Le FRENCH DESIGN by VIA. « Les coloris tournaient toujours autour des beiges, des marrons et des verts ce qui nous a amené à nous demander si cette nouvelle tendance ne signait pas la fin de la couleur dans le domaine du meuble. » Une préoccupation d'autant plus grande à ses yeux, que la France « est aujourd'hui très reconnue dans ce domaine difficile où de nombreuses connaissances sociologiques comme historiques sont nécessaires. »
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Une “french touch” que l'institution a mis en avant par l'intermédiaire de cinq pôles, comme autant de manières d'envisager la couleur et de la différencier. Focalisés sur une seule typologie de mobilier à savoir la chaise, objet emblématique de la création design, Le FRENCH DESIGN by VIA « ne voulait pas que les visiteurs se disent que le vert est beau car il est apposé sur un bureau ou le violet est laid, car il recouvre un canapé. »
Accompagné sur la mise en place de l'exposition par le Comité français de la couleur pour les éléments de langage, et par le studio Uchronia pour la scénographie, Le FRENCH DESIGN by VIA a souhaité mélanger tous les styles, toutes les gammes et toutes les marques. « Qu'il s'agisse de maisons connues et ou de créateurs indépendants, notre but était avant tout de montrer comment la couleur apporte une autre dimension au design ; montrer sa capacité à faire appel à nos sens et à notre imaginaire. » précise Jean-Paul Bath.
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La couleur, une source d'identité
Situé entre l'opposition et la complémentarité par rapport à une chaise classique, « Nuancer ses collections » regroupe quatre assises alternatives. Plus longue, plus courbe, ou même double, les modèles de cette sélection jouent avec la couleur pour sortir des sentiers battus. Parmi eux, Hemicyle confident trouve une place singulière. Réalisé par Philippe Nigro, en collaboration avec Ligne Roset et le Mobilier National (institution qui gère notamment l'ameublement du Sénat et de l'Assemblée nationale, d'où le nom de la création), « ce fauteuil se prêtait à être habillé. » Imaginée pour une gamme de cinq modules reprenant le principe constructif des dossiers en S, cette création était avant tout « une page blanche destinée à accueillir la couleur » pour Philippe Nigro. Jouant sur les vues entre intérieur et extérieur, son design était particulièrement propice. « Nous avons réalisé plusieurs essais avec différentes teintes et plusieurs matériaux. J'aime jouer sur les nuances et j'ai toujours aimé développer des gammes chromatiques. À ce titre, c'est un fauteuil intéressant pour lequel nous avons fait plusieurs essais, dont un mix jaune et écru lors du salon de Milan. » Un jeu parfois osé que le designer revendique comme « une invitation à s'amuser après une période de morosité. Il y a peu de limites si ce ne sont d'éventuels jeux de trames ou la tenue du tissu, alors autant ne pas être trop sage ! » conclut-il.
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La couleur, parti-pris d'un univers
En design, parler de couleur, peut être parler d'identité. Pour Jean-Paul Bath, directeur de Le FRENCH DESIGN by VIA, « certaines marques ont de suite été évidentes comme Sarah Lavoine et son bleu signature, Fermob pour qui la couleur est inscrite dans le positionnement stratégique, ou encore Jean-Charles de Castelbajac et son utilisation des couleurs primaires. » Autant de créateurs qui utilisent le cercle chromatique comme un vecteur d'émotions. Parmi les pièces les plus visuelles de la section « Pigmenter sa différence », le fauteuil Sunny signé par le studio Uchronia, sort du lot. Inspiré par le lever du soleil autant que par la chaise confidente inventée sous Napoléon, l'assise se pare d'un dégradé d'orange, la couleur signature de la marque. Guidé par l'envie « d'apporter de la joie et de la couleur dans les intérieurs », le studio Uchronia « imagine souvent la couleur avant la forme » raconte Clémentine Bricard. Rappelant les années 70 avec le chêne laqué et le tissu Waving flower de la manufacture de soie Prelle, Sunny est « un mélange organique et graphique né d'une volonté d'expérimentation. »
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La couleur, symbole de vie et d'interaction
Complice de formes pas si conformes, la couleur attire ou repousse, mais laisse rarement indifférent. C'est généralement de sa capacité à accrocher le regard que pourra découler dans un second temps une analyse plus formelle. Imaginé dans un espace nommé « Attraction carnation », Hexomino disco est au-delà de la chaise. Véritable concept, elle est le fruit d'une collaboration entre le studio Sam Buckley et Zyva studio. Destiné à n'être qu'une NFT à ses débuts, la création a ensuite été matérialisée pour constituer avec quatre autres éléments de mobilier, l'Hexomino Disco collection. Réunis autour du concept des hexominoses selon lequel il n'existe que 35 combinaisons différentes pour assembler six cubes, le fauteuil a été imaginé comme un puzzle géant. « Si nous avons fait en sorte d'obtenir une forme qui ressemble à une assise, le positionnement des couleurs est lui complètement hasardeux » détaille Anthony Authie, directeur et designer de Zyva Studio. Répartie mathématiquement en cinq familles, chaque hexominose a été affublée d'une couleur. « Nous avions choisi un dégradé, du bleu au vert en l'occurrence que nous avons séquencé en cinq de manière à obtenir des teintes très saccadées, mais un enchaînement fluide. » De ce savant mélange entre règle organisée et jeu aléatoire est né « une sorte de paterne de l'ordre du pixel de camouflage » analyse le créateur qui entretient dans ses conceptions un lien très étroit avec la couleur. « J'ai travaillé dans une agence d'architecture pendant des années et j'ai été frappé par la différence de langage entre chaque corps de métier. Le seul langage commun sur un chantier était celui des couleurs hautes densité (fluo) que chacun déposait sur les éléments. » Une signalétique aujourd'hui introduite dans ses projets. « J'aime quand les verticales et les horizontales se fondent et que cela floute les frontières. C'est quelque chose que l'on retrouve chez Hexomino disco et qui permet de s'interroger sur les raisons de définir telle ou telle chose comme cela. C'est l'un des intérêts de la couleur dont la symbolique est à mes yeux celle du vivant. » Et cela tant dans la nature, que dans les intérieurs.
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Buckley ©Felix Dol Maillot
La couleur, témoignage d'une époque
Existe-t-il réellement une apogée du design ? Difficile de répondre à la question. Il est néanmoins possible de dire que certains design traversent mieux les époques que d'autres. Mais quelle est la place de la couleur dans cette quête d'intemporalité ? Si certaines marques jouent la carte de la sobriété, d'autres valorisent au contraire des design fort évoquant un patrimoine décoratif riche. C'est le cas de Rinck et son fauteuil 73 exposé dans la section « Apogée colorée ». « Pour faire simple, je ne supporte ni le noir, ni le blanc, ni le taupe ou tout ce qui est facile et blème » annonce Valentin Goux, directeur artistique de la marque. « J'aime jouer avec les présupposés du design pour sortir des coloris plus pop. Notre métier est justement de faire envisager tous les possibles aux clients. Donc en poussant les motifs colorés loin, j'espère donner l'envie d'un élément moins sage que ce que l'on voit souvent ! » Inspiré par un fauteuil de la marque présenté en 1973, le créateur explique avoir imaginé le tissu – réalisé par Thévenont - à partir d'un dessin de feuille d'arbre datant de 1938, réinterprété dans une version cubiste. Une inspiration d'hier pour répondre au besoin de demain. « La couleur a disparu sur les dernières décennies, mais elle revient. C'est un balancier de génération qui s'opère et dans lequel la couleur a une véritable carte à jouer. Il y a fort à parier qu'une personne qui a grandi dans un intérieur grège voudra certainement un intérieur plus pop, d'autant que nous sommes aujourd'hui dans une période d'éclectisme. » Une vision qui souligne le pouvoir émancipateur de la couleur, notamment lorsqu'elle est appliquée aux objets du quotidien.
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La couleur, vecteur d'émotions
Souvent associée à une matière, la couleur est généralement le fruit d'un cheminement industriel. Que la matière induit la couleur ou que ce soit l'inverse, le résultat témoigne parfois d'une recherche mêlant innovation et esthétisme. Par l'espace nommé « Archéologie de la couleur », Le FRENCH DESIGN by VIA propose notamment un aperçu du travail de YuTyng Chiu pour Komut. Combinaison totale entre la matière et la couleur, le procédé de fabrication par impression 3D donne à voir une structure nue aux formes courbes. « Je suis née dans un petit village de la côte taïwanaise nommé Taitung. Ma palette de couleur est donc largement inspirée de la mer, de la forêt et de la montagne » explique cette ancienne designer textile qui revendique s'inspirer des années 70 et des formes féminines. « Ce qui m'intéresse ce n'est pas directement de lier la couleur et la forme, mais la couleur et l'émotion. Exposer cette chaise bleu azur n'est pas un hasard. C'est la couleur de la paix et de l'atmosphère. Donc en travaillant des couleurs douces et des formes courbes, je parviens à donner à des matériaux problématiques destinés au rebut de l'industrie automobile, une apparence douce et agréable. » Consciente de la diversité des marchés, la créatrice diversifie également sa collection à des couleurs plus pop en accord avec leur temps.
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Si la couleur est depuis la nuit des temps indissociable de notre monde, elle évolue cependant au gré des modes et des esprits. Que ce soit pour amener de la vie, questionner, s'identifier ou révolutionner, elle est souvent le reflet de son concepteur. Personnelles dans leur interprétation mais globales dans l'intérêt qu'elles suscitent chez les amateurs de design, quelques chaises partiront à Hong-Kong du 5 au 7 décembre pour s'exposer dans le cadre de la Design December. Un voyage qui s'annonce haut en couleurs !
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Première collaboration entre le designer Jean-Marie Massaud et la marque vietnamienne District Eight, la collection Lodge est un délicat mélange entre une influence occidentale et le design contemporain local.
De l'élégance et de la sobriété. Avec sa nouvelle collection Lodge commercialisée par District Eight, Jean-Marie Massaud fait le pari d'interconnecter deux univers éloignés, géographiquement, mais aussi artistiquement. Inspiré par ses voyages au Vietnam, comme par sa culture d'origine, le designer français a dessiné un ensemble composé d'une chaise, d'un tabouret et d'un porte-sacs. Trois objets plutôt communs réunis ici par leurs conceptions pliables. Un design ergonomique qui évoque le mobilier estival, mais dans une version dépoussiérée au tracé délicat. Fabriqué en chêne et en cuir, chaque élément s'affirme par des lignes aplaties qui confèrent à l'ensemble une certaine légèreté visuelle sans pour autant perdre de sa présence. Un résultat dû en partie aux inspirations sud-asiatiques regorgeant d'une certaine frugalité.
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District Eight, la marque ambassadrice du design vietnamien
Fondé en 2010 à Sài Gòn ,District Eight est aujourd'hui une marque forte de plusieurs collaborations internationales. Ambassadrice du design vietnamien à l'étranger, elle offre aux créateurs étrangers, dont Jean-Marie Massaud, une main tendue pour aborder la culture et l'Histoire locale sous le prisme du design. Mais elle est également l'occasion pour les designers locaux de nouer des partenariats notamment occidentaux pour stimuler l'innovation et la création par-delà les frontières.
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A la VitraHaus, Sabine Marcelis réinterprète la chaise Panton Classic et le tabouret Visiona de Verner Panton en leur attribuant de nouveaux revêtements. Une recherche colorimétrique qui place le design au cœur de la réflexion.
Tout est parti d'une passion née dans les allées des collections Vitra. Une attirance particulière pour deux assises du designer danois Verner Panton : la chaise Panton Classic sortie en 1959 et le tabouret Visiona en 1970. Deux icônes modernes qui ont fait naître un projet tourné vers la couleur dans l'esprit de Sabine Marcelis. Une notion qui lui est chère, elle qui avait déjà collaboré avec l'établissement en 2022 pour mettre au point la collection « Colour Rush ! » dont le principe était de classer les objets en fonction de leur colorimétrie. Pour cette nouvelle aventure qui prend fin le 12 juin avec la commercialisation des produits, la designer néerlandaise propose en quelque sorte le processus inverse : diversifier un objet en lui attribuant de nouvelles teintes exclusives.
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L'enjeu de la forme et le jeu de la couleur
Des teintes pastel et des couleurs profondes, des cuirs et des laines. Nommée Sabine Marcelis Edition 2024, cette nouvelle collection, éditée par Vitra, propose quatorze finitions différentes – sept pour la chaise et sept pour le tabouret -. « Les couleurs utilisées dans le VitraHaus Loft sont mes préférées », explique Sabine Marcelis. « J’aime ces couleurs et je ne m’en lasse jamais, ce qui les rend intemporelles pour moi. Je pense que cette attitude est importante pour quiconque crée son propre intérieur. » Une vision que la créatrice a appliquée en adaptant les différentes teintes aux éléments de mobilier du showroom et aux œuvres d'art omniprésentes. Les tables, les lampes ou encore les tapis se répondent joyeusement dans de petites mises en scène aux allures de cocons familiaux, reflétant l'importance des choix chromatiques. A la fois pour mettre l'accent sur la structure de l'objet bien entendu, mais surtout pour témoigner d'une époque et d'un style.
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Pour Christian Grosen, directeur du design chez Vitra, « Le design est un reflet intéressant des temps modernes - ses couleurs changent la perception de la chaise - et nous la fait voir d'une nouvelle manière » Une notion que Sabine Marcelis s'approprie ici en déclinant un célèbre modèle. En résulte des éléments aux allures très contemporaines, issus pourtant du design moderne. Une façon pour cette passionnée de la couleur, d'en montrer les pouvoirs.
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La marque danoise Søstrene Grene qui célébrait ses 50 ans 2023, perpétue le même concept depuis toutes ces années. Basée à Aarhus, sa ville d’origine, l’entreprise a à cœur de développer des produits qui expriment le mode de vie à la Danoise, basée notamment sur le principe du « Hygge ».
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’histoire de Søstrene Grene n’est pas celle de deux sœurs, mais celle d’un couple formé par Inger Grene et Knud Cresten Vaupell Olse. En effet, l’aventure Søstrene Grene a été imaginée dans l’optique de proposer un concept inédit. Après un passage dans l’industrie de la mode et alors qu’ils sont propriétaires d’une industrie qui concevait des cousins à destination des églises danoise, le couple ouvre le premier magasin historique de la marque en 1973 dans le centre-ville d’Aarhus, la deuxième plus grande ville du Danemark.
Un magasin historique pour un concept mondial
D’abord intitulée Søstrene Grene’s Økonomimarked - « le marché économique des sœurs Grene » en danois - et installée au premier étage, le concept de la marque était de proposer des objets de toutes sortes, dispersés un peu partout, avec un parcours spécifique pensé de sorte à ce que chaque visiteur ne rate aucun produit. Plus globalement, les magasins Søstrene Grene ont tous la même organisation, à mi-chemin entre un théâtre et un marché en libre-service. Pour l’anecdote, Knud Cresten Vaupell Olsen était un ancien professeur de ballet et voulait proposer un magasin qui ressemblerait à une salle de représentation, avec de la musique classique diffusée dans les haut-parleurs, des murs sombres comme ceux d’un théâtre et une lumière tamisée pour mettre en avant les produits présentés.
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Une idée perpétuée depuis 51 ans, qui fait la force de la marque, si l’on en croit les mots de Mikkel Grene : « On essaye de créer des expériences différentes et uniques de retail. 80 % de nos magasins sont identiques, ce qui va changer ce sont les produits proposés. » Aujourd’hui, l’entreprise compte plus de 200 magasins à travers le monde, dont une quarantaine en France.
Deux sœurs, vraiment ?
Si la marque a été baptisée Søstrene Grene - « les sœurs Grene » en danois - il n’en est rien. En effet, malgré les nombreuses histoires et communications faites autour d’Anna et Clara, les supposées sœurs Grene, celles-ci n’ont en réalité jamais existé… Pour autant, ces dernières ont été inspirées de deux sœurs de la famille, arborant les mêmes traits de caractère, l’une étant organisée et l’autre plus créative. Aujourd’hui, ce parallèle pourrait être retranscrit sur les frères Grene qui dirigent l'entreprise depuis 20 ans, puisque Mikkel est PDG tandis que Cresten est directeur créatif et responsable concept.
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Transmettre un mode de vie à travers les produits
« Les Danois passent beaucoup de temps dans leur intérieur, c’est donc important pour eux de s’y sentir bien et c’est ce que l’on essaye de transmettre dans nos produits » continue Mikkel Grene. Un style de vie bien particulier, propre aux pays scandinaves, souvent basé sur le concept du « Hyyge », un état d'esprit positif procuré par un moment jugé réconfortant, agréable et convivial.
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Un mode de vie bien spécifique mais caractéristique, qui se transmet également par le design. « Nous avons une tradition forte avec le design, mais on s’est rendu compte que pour être uniques il fallait que l’on ait le nôtre » explique Cresten Grene. Ils ont donc décidé d’ouvrir un département interne dédié au design il y a 11 ans, au sein du siège basé à Aarhus, pour y imaginer tous les nouveaux produits de la marque. Pour les inspirations, elles sont multiples, comme en témoignait Cresten Grene : « Nous essayons d’être les plus ouverts possible sur ce qu’il se passe autour de nous et dans le monde. Il y a énormément de moyens de créer, ça peut être suite à une visite au salon de Milan, à partir d’un souvenir ou d’une simple balade en forêt. »
Des collections à plusieurs échelles
Pour imaginer leurs nouvelles collections, les équipes de Søstrene Grene les rangent dans des catégories : les collections principales, les collections saisonnières et les sorties spécifiques. « Nous sortons de nouveaux produits toutes les semaines afin de proposer une nouvelle expérience en continue, continue Mikkel Grene. Cela permet de créer une sorte de rendez-vous avec les clients qui prennent ainsi l’habitude de venir régulièrement pour découvrir les nouveautés. »
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Pour la collection printemps 2024, intitulée Moments et dévoilée le 1er février, de nombreuses nouveautés étaient présentées, notamment la chaise Pillow, inspirée du duvet retrouvés sur la plupart des lits danois. En termes d’accessoires, les couleurs et le chrome sont de mise, avec un grand nombre de pièces du bougeoir à la carafe en passant par l’étagère.
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Dans son dernier numéro, Intramuros vous propose de découvrir une sélection d'objets sortis cette année. De la paire de baskets au chandelier en passant par des luminaires, la rubrique « Design 360 » regorge d'objets à (re)découvrir. Focus sur 10 coups de cœur de la rédaction en 2023 !
Chaise Boo, design Tim Leclabart
Remarqué lors du salon Maison & Objet en septembre en tant que Rising Talent, Tim Leclabart propose des réalisations oscillant entre art et sculpture. La collection de chaises en médium laqué Boo, sont présentées comme des totem pouvant prendre plusieurs formes et différentes couleurs.
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Pantalon en denim, maison Alaïa
La maison de couture Alaïa présente le jean Ovale, dont les jambes ont la spécificité d'avoir une forme ovale. Combinant un délavage à la pierre classique pour une couleur unique, le pantalon se porte taille haute.
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Tube Shelf, design Tim Teven pour Atelier Ecru Gallery
La galerie belge atelier Ecru, basée à Gent, présente Tube Shelf, par le designer Tim Teven. Connu pour aimer travailler les matières et les techniques de manière expérimentale, l'étagère en édition limitée Tube Shelf est réalisée à partir de tubes en acier zingué, entrant parfaitement dans la lignée brutaliste des autres réalisations du designer.
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Pilulier Nomaday, design Guillaume Delvigne pour Lexon
Issu de la collection Nomaday, ce pilulier imaginé par le designer Guillaume Delvigne pour Lexon, transforme cet objet du quotidien en un accessoire design. Fait en aluminium, ce dernier dispose de sept compartiments, ce dernier coulisse et se transporte facilement. Disponible en six coloris : rouge sombre, bleu sombre, gris métallique, noir, or doux et vert sombre.
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Etagère, design Lucas Maassen & Erwin Thomasse pour A1043
C'est dans le cadre de l'exposition "Let's play", au sein de la Galerie parisienne A1043, du 19 octobre au 25 novembre dernier, que le prototype de l'étagère Design de Lucas Maassen & Erwin Thomasse était exposée.
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Boîte à outils, Puebco Europe
La marque Puebco, spécialisée dans la création d'objets à partir de matières recyclées, présente cet organisateur "boite à outils" en plastique, idéal pour le stockage de petits objets. Doté d'une poignée, il est également possible d'en ajouter une deuxième ou une troisième grâce au clip sur le dessus.
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Table basse Azo, design François Bauchet pour Galerie kreo
Le designer François Bauchet présente pour la Galerie kreo la collection Azo. La table basse rectangulaire de la collection est ainsi réalisée à partir d’un nouveau matériau composé de sable, béton et résine dont le rendu offre un aspect minéral, résistant, léger et doux au toucher. Cette dernière est disponible en deux coloris, rouge brique ou blanc.
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Tabouret Tracteur, design Atelier Baptiste et Jaïna pour Galerie 54
Ce tabouret, dont l'assisse, est celle d'un tracteur, puisqu'elle a été moulée puis pressée d'après un siège original, se dévoile comme une sorte de mise en abîme entre la terre et son usage, en clin d'œil à la forme iconique de l'assise dans le design. Un modèle fait à partir de différentes terres brutes que sont le grès noir, rouge, ocre et blanc.
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Big Bell Chair, design Sam Klemick pour Objective Gallery
La designeuse américaine Sam Klemick, connue pour travailler sur les matériaux recyclés et les textiles vintage, présente à l'Objective Gallery de New York le fauteuil en bois de sapin Douglas récupéré et doté d'un tissu jacquard au motif fleuri.
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Miroir denim House, design Harry Nuriev pour la Carpenters Workshop Gallery
Ce miroir issu de la collection Denim House, présentée à la Carpenters Workshop Gallery de Los Angeles jusqu'au 27 janvier 2024, est la représentation d'une salle familiale idéalisée. Une exposition dans la continuité de Denim, dans laquelle le designer a approfondi les nuances du denim en tant que matériau d'expression et dont les pièces ont été arborées d'une écriture brodée à la main, d'autocollants et d'accessoires supplémentaires. Il expose aux côtés de deux autres designers français : Martin La Foret et Léa Mestres (cf portrait Intramuros 218).
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Retrouvez la totalité de la sélection dans la rubrique "Design 360" dans le numéro 218 d'Intramuros, disponible partout.
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Lors du salon Révélations, au milieu des gestes très maîtrisés des artisans dans la transformation de la matière, les assises Gracile et Signature de Seraphyn Luce Danet se dévoilaient dans des lignes fluides et remarquables.
En rupture avec les pièces des stands voisins, elles figuraient l’équation parfaite du métier d’art en parfaite évolution avec le savoir, l’innovation et les outils technologiques contemporains.
Gracile, ergonomie et confort conférés
Née de la recherche constante de fluidité, légèreté et sobriété de sa designer, Séraphyn Luce Danet, la chaise Gracile en bois de bouleau offre des courbes ergonomiques qui lui confèrent un confort réel. Fabriquée selon la technique additive de strato-conception, brevetée par le français Claude Barlier, sans assemblages apparents entre les différents composants d’une chaise classique, son procédé consiste en la décomposition de l’objet en une série de strates numériques, découpées dans des matériaux en plaques pour être par la suite compilées afin de reconstituer la pièce finale. Une méthode qui a pour avantage de prévoir des inserts de positionnement et de renforts, invisibles après montage. Le lamellé collé, ainsi obtenu, garantie la stabilité et la solidité de la pièce, validées par l’Institut Technologique FCBA. Une innovation technique qui permet de réduire à son minima l’épaisseur des sections et le poids à moins de 3 kg.
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Pour la créatrice, cette chaise était difficilement réalisable selon les méthodes de fabrications traditionnelles, sauf à en travestir le dessin pour des raisons d’assemblage (contraintes mécaniques de l’ouvrage) ou d’usinage (pertes de matières, taux de rebus, fabrication des outillages, multiplication des interventions avec notamment le cintrage du bois en amont). Sa collaboration avec Jean-François Blanc, designer industriel devenu modéliste 3D, lui a permis d’exécuter les plans des pièces, ce qui a facilité les échanges avec les ateliers et l’implication de procédés de fabrication innovants. Sa rencontre enfin, avec l’Atelier Falher est déterminante. Centralienne de formation, puis ingénieur chez Mercedes en Allemagne, Armelle Le Corre avait repris cet atelier de menuiserie traditionnel pour y développer de l’innovation, dont la strato-conception, qui, une fois le processus de fabrication en place, permet la production en série.
Signature, la réécriture du geste
Poursuivant la même démarche, le second projet, Signature, rocking-chair en carbone creux monobloc, est une réécriture de mobilier ayant bercé son enfance. Un art de vivre sous les tropiques pour cette native des Caraïbes. À l’instar de Niemeyer dans sa quête visant à « tropicaliser » le style moderne de son époque, Seraphyn tend à réduire la ligne à l’expression d’un trait d’encre impulsif et dynamique, exprimant tout à la fois mouvement, légèreté et féminité. Une simplicité dont les performances complexes ne sont rendues possible qu’à travers le recours aux matériaux et procédés de fabrication innovants.
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Le rocking-chair n’est pas qu’un siège, il permet de vivre une expérience. Le corps peut se mouvoir de manière lascive en même temps que l’objet et lui dicter son rythme. C’est un moment de détente et de réflexion, un mouvement de balance continue que Seraphyn envisage comme un trait de calligraphie ininterrompu et tout en courbe, un ruban noir. Réinscrire cet objet dans le temps présent suppose qu’il soit plus adapté au mode de vie contemporain et envisagé comme durable : « un rocking-chair outdoor, supportant la pluie, le soleil, les variations de température, et évoquant les sports de la glisse et de la performance tel le dépassement de soi ».
La rencontre avec Gérard Laizé, ex directeur du Via, alors qu’un premier prototype en bois est en fabrication, permet à Séraphyn de préciser son positionnement, l’expression de ses valeurs identitaires, mais aussi de sélectionner les matériaux et les ateliers en mesure de partager l’engouement d’une première édition et l’investissement qu’elle nécessite. Ainsi, l’atelier HEOL Composite, heureux de pouvoir démontrer et pousser plus loin ses performances – de pouvoir également exposer le résultat en dehors de ses domaines habituels (nautisme, aéronautique, industrie) – a insisté sur sa capacité à réaliser l’assise en porte à faux. Un challenge, un dépassement de leur pratique initiale, poussé par Séraphyn dans les exigences de finesse et de solidité pour un poids n’excédant pas les 5kg. Signature fait varier les épaisseurs de sa structure à la manière des pleins et déliés de la calligraphie et amplifie ses effets de torsion.
Un design qui raconte une histoire et que l’on peut lire également comme un hommage de belle facture aux catamarans de compétition qui traversent les océans jusqu’aux Caraïbes.
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Le salon Maison & Objet a été l’occasion de voir les nouvelles collections d’assises présentées par les éditeurs. Si dessiner une chaise reste toujours un challenge – voire un « incontournable » – pour les designers, l’exercice de style commence tôt. Et le fabricant bien nommé La Chaise Française a décidé l’an passé de soumettre à ce réel défi les étudiants de l’Ecole Bleue, encadré par Guillaume Delvigne et Raphaël Plane. Comme un clin d’œil à l’événement qui vient de se terminer, retour en images sur les projections de ces futurs designers.
Si les fabricants français de chaises se font de plus en plus rares, La Chaise Française a souhaité faire perdurer au maximum le savoir-faire français en faisant le pari de s’associer à une manufacture créée en 1905 pour y développer des collections d’assises éco-responsables.
Son but premier est de réussir à mettre en place une vraie ligne éditoriale dans laquelle le bon sens économique et la démarche écologique doivent faire naître des sièges aux lignes sensibles et raffinées, simples et équilibrées. C’est dans ce contexte que La Chaise Française a mis en place une collaboration avec l’Ecole Bleue. Ce sont les étudiants de 4e année qui ont eu pour mission de concevoir une assise confortable, intemporelle, destinée à renforcer la gamme dans les segments « siège d’habitat » ou « home office ». Il s’agissait à travers ce projet d’intégrer toutes les contraintes d’une démarche éco-responsable avec pour objectif de mettre en avant un esprit français cher à la marque.
Encadrés par Raphaël Plane et Guillaume Delvigne, les étudiants ont présenté leurs projets devant un jury composé de Hector de Bartillat, cofondateur de La Chaise Française, Mathieu Galard, designer et DA, Sandra Biaggi, designer et fondatrice de The ODP Letter.
Les étudiants de l’Ecole Bleue se sont pris au jeu et chaque projet a été réfléchi en s’appuyant sur toutes ces contraintes comme autant de points de départ à une démarche créative. Prospectifs et pragmatiques, les projets présentés ont démontré leur capacité à prendre en compte les exigences d’un jury de professionnel. Les commentaires du jury étaient riches, constructifs et très souvent assez technique, ce qui étaient important pour un projet aussi complexe qu’une assise.
A l’issue de cette présentation, quatre lauréats ont été distingués :
1er prix : Wilson Shelker (Albatros)
2e prix : Marine Bachelet (Ese)
3e ex-aequo : Axelle Rafenne (T2) |
3e ex-aequo : Laurena Keller (L’AC10)
Wilson Shelker, premier prix pour la chaise Albatros
Présentée en noyer ou chêne et aux accoudoirs « ailés », la chaise Albatros répond totalement au cahier des charges remis par La Chaise Française dans ce cadre précis. Un projet jugé très abouti pour ce modèle de chaise de télé-travail dont le design et les matériaux trouveraient parfaitement leur place dans nos intérieurs.
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Marine Bachelet, deuxième prix pour la chaise Ese
Ese es une assise voluptueuse qui appelle au confort et au design. Elle a su séduire le jury dans ses formes originales et ses couleurs en parfaite harmonie avec la tendance actuelle.
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La chaise T2 d’Axelle Rafenne et l’AC10 de Laurena Keller, troisième prix ex aequo
Pour ce troisième prix, les membres du jury n’ont pas su départager deux projets, qui finissent finalement à la troisième place, ex aequo.
Le premier projet, qui a été un véritable coup de cœur pour deux membres du jury est la chaise T2 d’Axelle Rafenne, qui a été reconnue comme ayant tout pour devenir une icône de design avec sa forme très marquée et géométrique.
Le second projet remarqué était celui de Laurena Keller, pour l’AC10, qui correspondait, davantage à l’un des objectifs de La Chaise Française, qui était de savoir réinventer les intérieurs en créant des objets qui seraient à la fois justement dessinés et utiles. Une chaise qui a su plaire au jury par sa rondeur et son originalité.
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Le 7 juin à Milan, la marque danoise Carl Hansen & Søn a proposé une exposition immersive autour de la Wishbone chair proposée en série limitée et en 9 coloris dans le flagship du Foro Bonaparte, via Arco. Knud Erik Hansen, le PDG, troisième génération, y dévoile la chaise CH24 par Ilse Crawford dans des coloris allant du vert fluo au vert bouteille, du blanc craie au rouge sang.
La VLA26, chaise Vega et la série Foyer de Wilhem Lauritzen comptent également parmi les dernières nouveautés de cette entreprise familiale qui en trois génération a su faire évoluer son chiffre d’affaires ces 20 dernières années de 500% passant de 50 employés à près de 600 personnes dans l’usine la plus moderne d’Europe. Cette usine n’est pas de celle que l’on croit, bruyante, aliénante, étouffante. On est loin de l’industrie à la Zola. Néanmoins, il faut un certain degré d’abnégation pour travailler 38 heures par semaine sur la même pièce, peaufinée sans fin, poncée et re poncée, dans le même sens, qui de droite à gauche et qui de gauche à droite, dans le respect du travail de l’architecte Wilhem Theodor Lauritzen, auteur de l’aéroport tout en longueur de Copenhagen ou de l’ambassade danoise à Washington. Le travail comptait avant tout en premier pour lui.
« L’architecture doit être appliquée pour tous et ne jamais être un privilège pour les few », aimait-il expliquer. En 1921, il obtient son diplôme d’architecte et fonde son studio en 1922 pour concourir pour l’aéroport de Copenhague sur les terminaux 1, 2 et 3. En concurrence avec Arne Jacobsen sur le Terminal L de l’aéroport de Washington, il proposera un résultat tout simple avec un plafond en vague de carrelage blanc et des portes pivotantes en teck. Les projets de l’agence Lauritzen aujourd’hui sont de grande ampleur, pouvant couvrir des projets de halls de 2500 m2. Sur le dernier projet de l’ambassade d’Inde à Copenhague, l’agence, (installée dans de magnifiques locaux sur les quais de Copenhague) est en compétition avec Kengo Kuma. Ils conçoivent tout, de la peinture à l’imprimante 3D.
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L’usine la plus moderne d’Europe
Depuis Copenhague, pour se rendre sur l’usine la plus moderne d’Europe, mais la plus artisanale aussi, il faut prendre vers l’ouest jusqu’à Gelsted sur l’ile de Fionie, et découvrir ces rois du recyclage qui depuis plus de 110 ans, transmettant du grand-père au père, puis au fils Knud Erik Hansen un outil de travail fantastique pour le meuble a profité à 300% de la pandémie. Affirmant haut et fort qu’il tient à transmettre le hand made aux générations du futur, rendant un hommage ému à sa mère Ella qui a su reprendre le business à la mort de son père en 2002, Knud Erik Hansen reprend le family business et étend sa présence à l’international. Carl Hansen (1908), Holger Hansen (1934), Jørgen Gerner puis Knud Erik Hansen, trois générations auront suffi pour faire des chaises en bois de teck ou de chêne tourné, des icônes du design.
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Un design de référence est chez Carl Hansen & Søn une combinaison de simplicité, d’esthétique et de fonctionnalité matérialisé par un travail d’excellence avec les meilleurs matériaux. Et au Danemark, le meilleur matériau, c’est le bois et la corde de papier. Le partenariat le plus créatif a commencé en 1949 avec Hans J. Wegner et la chaise Wishbone qui représente l’ADN de l’entreprise et dont Carl Hansen & Søn est le premier fabricant mondial et les rend accessible à travers des showrooms dans le monde entier de New York à Tokyo, de Barcelone à Paris. A l’usine, techniques traditionnelles (tressage, ponçage, découpe…) et nouvelles technologies (robotisation des taches les plus pénibles) se combinent pour rester dans le respect des normes de qualité les plus exigeantes, pratiques honnêtes et durables.
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Le développement durable danois
Les classiques du mobilier danois de Kaare Klint, Arne Jacobsen, Nanna Ditzel, Poul Kjaerholm… s’étoffent de nouvelles collaborations avec Rikke Frost, Mads Odgard, Anker Bak ou Morten Gøttler. Un récent partenariat a été engagé avec Ilse Crawford, l’architecte japonais Tadao Ando, le trio de designers autrichiens EOOS ou le designer américain Brad Ascalon.
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Carl Hansen & Søn s’engage depuis des années en faveur du développement durable. De la stratégie globale à la solution simple, dans une volonté de prendre soin des êtres humains et de la planète, Carl Hansen & Søn investit dans des équipements de pointe moins énergivores et fournit à ses artisans des conditions de travail saines et sûres. Le bois provient de forêts et de scieries gérées de manière durable. L’intégralité du bois acheté est utilisée à la fabrication ou les chutes servent de combustible dans une centrale de chauffage urbain qui alimente 400 foyers à Gelsted. Les fauteuils Carl Hansen sont produits pour durer au de-là d’une vie et pour être transmis. Des services de réparation et de remise à neuf ont même été mis en place pour donner une seconde vie au meuble. Chez Carl Hansen & Søn, design et restauration vont de pair.
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“Chair Times” est une invitation à voyager dans le temps, à retracer l’histoire des designs modernes des sièges de Vitra.
Les designers Hella Jongerius, Antonio Citterio, Ronan Bouroullec et d’autres présentent cet “océan de chaises” : 125 pièces de 1807 aux modèles créés à l’aide d’une imprimante 3D sont exposées dans l’entrepôt du fabricant suisse, formant une épopée narrée par Rolf Fehlbaum, président émérite de Vitra.
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“Les chaises sont d’importants témoins d’une époque. Elles sont les portraits de leurs utilisateurs et reflètent le procédé de fabrication qu’elles font émerger.”
Rolf Fehlbaum
Un film de : Heinz Bütler
Production : HOOK Film & Kultur Produktion GmbH en coopération avec le Vitra Design Museum, 2018
Durée : 90:05
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Le designer allemand Konstantin Grcic dessine en 2009 le fauteuil Monza pour la marque Plank.
Le designer allemand Konstantin Grcic dessine en 2009 le fauteuil Monza pour la marque Plank. Le piètement et l’assise en bois de frêne, inspirés du savoir-faire de la marque italienne, contraste avec le dossier et les accoudoirs en polypropylène qui donnent à l’assise un réel confort et apportent une touche de couleur et de contemporanéité. Le polypropylène se décline en 7 coloris et le fauteuil a la caractéristique d’être empilable. Plusieurs collaborations entre Konstantin Grcic et Plank avaient déjà vu le jour : la chaise Myto (2008) et le tabouret haut Miura (2005) qui sont devenus des pièces incontournables du designer. En 2015, il a dessiné la chaise “Remo”, dont la forme rend hommage au savoir-faire de la marque, malgré un dossier en forme de T fabriqué grâce à une technologie d’attache très sophistiquée.
Caractéristiques
Marque : Plank
Dimensions : L.54 x l.49 x h.76 cm
Matériaux : Frêne, polypropylène
Prix : 444
Acheter
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Designer : Konstantin GRCIC
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Les harmonies millimétrées de Konstantin Grcic soulignent une humanité fragile en devenir constant. Pour ClassiCon, Driade, Moroso, Authentics…, il essaye, interroge, comprend et trouve pour avant tout réaliser.