Matériaux

C’est en se questionnant sur les matériaux utilisés pour décorer les espaces domestiques et ceux plus éphémères, comme les installations provisoires des stands de salons ou d’expositions, que ce collectif de quatre designers résidents aux Ateliers de Paris ont trouvé une alternative à l’aménagement intérieur. À découvrir jusqu’au 18 septembre.
L’Atelier Sumbiosis, Cécile Canel, Jacques Averna et Laureline de Leeuw présentent Papier Mycète, un matériau réalisé à base de mycélium, de chanvre et qui revalorise aussi des chutes de papier technique pour des décors plus désirables. « Les murs ont toujours raconté des histoires avec des moulures, des ornements, des rideaux et tentures aussi…ce sont de véritables supports d’expression artistique. »



Au cours de l’exposition, le collectif réinterprète trois typologies d’éléments de décor : des corniches, carreaux et colonnes ont été moulés grâce à ce liant nouvelle génération qu’est le mycélium. Ses qualités intrinsèques en font un matériau résistant, hydrophobe, respirant et il a la capacité de filtrer certains virus et toxines. Naturellement agglomérant, le mycélium offre la possibilité d’être amalgamé au chanvre et aux chutes de papier technique. Le processus de fusion entre matériaux est stoppé par l’intervention de l’homme avant que le champignon ne se développe pas trop. C’est en partenariat avec Procédés Chenel et Grown Bio que le projet a pu voir le jour. Encore une fois, l’ennoblissement associé à l’ingéniosité ouvre le champ des possibles !
Jusqu’au 18 septembre
Ateliers de Paris, 30 rue du faubourg Saint-Antoine 75012 Paris

Le soleil là, et pour ceux qui n’ont toujours pas leur paire de lunettes de soleil il est encore tant de choisir ! Les designers n’ont pas chômé pendant cette année de pandémie. De chez eux, ils ont réussi à mettre au point des nouvelles collections de lunettes de vue et de soleil, fabriquées en France ou ailleurs.
Lunettes de la designer Matali Crasset


En 2015, l’éditeur belge Théo Eyewear à Anvers demandait à Matali Crasset de dessiner une collection de douze paires de lunettes de caractère. La symbiose est idéale et révèle une passion commune pour le design et la couleur. Huit paires de lunettes optiques et quatre solaires illustrent en un clin d’œil le caractère de celui qui le porte : audacieux, impliqué, impulsif, spontané, rebelle, délicat, confiant, rêveur, averti, expressif, curieux ou sensible… Le visage entre en connivence avec la monture qui magnifie le regard et renforce le trait de caractère au niveau des sourcils. Des montures à la taille d’un belvédère, que l’on choisit pour leur matière, acétate ou métal. Une série limitée a été présentée en 2019 en titane. La dernière sera exposée sur les salons dès que ceux-ci rouvriront en 2021… Toutes peuvent être équipées de verres solaires multi-antireflets Essilor.
Lunettes créées par le designer Patrick Norguet pour Shelter.
En 2019, Patrick Norguet rencontrait la marque Shelter. Comprendre son univers, le monde de la lunette, de l’optique et du solaire a tout de suite été sa préoccupation pour faire de cet objet de mode un accessoire singulier. Shelter utilise le bois comme matériau principal. Par des jeux d’assemblage, de couleur, de transparence et de contrastes, il a réussi la fusion de matières brutes et nobles : le bois, le métal et le bio-acétate.

© Norguet-shelter - Collection Fusion
Véritable petite architecture, l’objet ergonomique sublime le visage et accentue la personnalité.
L’équilibre entre l’approche artisanal du travail du bois et la perfection du verre donne toute sa valeur à l’objet. Des formes géométriques audacieuses confèrent un petit côté anachronique à l’objet magyargenerikus.com. La collection Fusion est sortie au printemps 2021. Faites à Annecy, elles sont le pure produit d’une fabrication made in France, un indispensable pour l’été et un acte en faveur de l’environnement.


Lunettes du designer Philippe Starck

© STARCK, Still Life

© STARCK Still Life
On se souvient des Starck Eyes avec Alain Mikli et de la base de ses recherches : le bionisme. Le designer poursuit avec Biotech Paris et une collection à l’intersection de la technologie et de l’humanité, de la technologie et de la nature, puisant son inspiration dans l’organique pour réaliser des technologies qui conviennent mieux au bonheur humain. La collection Titanium, porte cette relation à un niveau supérieur associant les technologies Biolink et Sphere à travers un matériau rare mais hyper léger : le titane. En résulte une lunette à la légèreté inégalée et à la résistance sans faille. Un produit Luxottica qui s’équipe à la demande de verres solaires.

Lunettes du designer Yves Behar
Yves Behar et Fuseproject sont des passionnés des océans. C’est en les voyant sombrer sous le plastique que leur est venue l’idée de récupérer les plastiques usagers pour en faire des lunettes en plastique océanique. La collection The Ocean Clean up sort à propos pour déculpabiliser les surfeurs qui ne rêvent que d’une chose : maîtriser la vague à nouveau. L’organisation à but non lucratif The Ocean Cleanup a collaboré pour dessiner un design de lunettes de soleil fabriqué en utilisant le système de récupération innovant Boyan Slat. La silhouette est classique mais avec de belles variantes de couleurs. La charnière déconstruite crée une signature visuelle reconnaissable. TOC, un produit précieux et propre.


D’une utilisation relativement nouvelle dans le monde du design, l’albâtre est aujourd’hui transformé en de multiples produits. Tantôt pièces architecturales, tantôt luminaires, cette roche encore méconnue est ici travaillée par l’Atelier Alain Ellouz. Un savoir-faire unique pour une renommée mondiale.
Bien que longtemps travaillé, de l’Antiquité jusqu’à l’époque Art Déco puis délaissé, l’albâtre est en ce début de XXIe siècle un matériau oublié. La pierre extraite dans des carrières espagnoles est en effet complexe à travailler car cassante, poreuse et facilement rayable. Sa teinte claire et son veinage particulier en font malgré tout un matériau intéressant; et c’est ce qui motivera la création de l’Atelier Alain Ellouz en 2005. Au fil des années, Alain Ellouz et ses collaborateurs mettent au point des nouvelles techniques pour parer à ces difficultés, que ce soit pour répondre aux contraintes d’origine avec un revêtement en 12 étapes permettant son utilisation dans n’importe quelle architecture, ou des systèmes numériques pour graver et creuser la matière jusqu’à obtenir une épaisseur entre 10 et 30 millimètres.
Bien leur en a pris. Car, qu’il s’agisse de pièces de mobilier ou encore de revêtements applicables du sol au plafond, les créations de l’Atelier semblent avoir conquis jusqu’aux plus grandes maisons. L’équipe intervient en effet aujourd’hui régulièrement pour des scénographies, des aménagements de showrooms ou des créations sur mesure pour Van Cleef & Arpels, Rolls Royce, Guerlain…

De l’architecture à l’édition de luminaires
Si jusqu’à récemment la majorité des projets de l’Atelier concernait l’architecture et l’architecture d’intérieur, l’Atelier Alain Ellouz connaît depuis l’arrivée de la pandémie et l’arrêt de nombreux travaux, un retournement de situation. «Aujourd’hui les luminaires représentent environ 75% de notre activité. Avant c’était l’inverse », annonce le fondateur et directeur de l’entreprise, Alain Ellouz.
Lampes à poser, appliques murales, lustres, les sources lumineuses conçues en banlieue parisienne se déclinent en une quarantaine de modèles. Mais depuis quelques semaines, la nouvelle collection Iconic apporte quelques petites pièces au design affuté. Très graphiques, construites par encastrement visuel de triangle, elles permettent un renouveau dans un éventail aux formes plus organiques.
Ce virage s’explique aussi par le vœu de viabilité de la filiale. Prélevée pour sa qualité, la pierre est ensuite découpée puis expédiée sur Paris. Mais « les découpes réalisées en Espagne sur les gros blocs créaient beaucoup de plus petits morceaux que l’on ne travaillait pas », explique Alain Ellouz. L’idée de cette collection est donc de pouvoir façonner les morceaux jusqu’ici délaissés.
De plus, l’albâtre n’est plus le seul matériau magnifié par l’Atelier. Le cristal de roche a fait son apparition. En provenance de Madagascar, cette pierre dont la dureté et la (partielle) transparence font penser à celle du diamant, permet d’explorer d’autres horizons. La difficulté à ouvrager cette roche implique une taille très angulaire, dont les angles saillants réfractent la lumière. Ajoutez à cela un miroir poli, et le résultat en devient saisissant. Brutalité de la pierre et finesse se mêlent alors dans un troublant sentiment de luxurieuse infinité.


Le design, un élément stratégique du développement
Résidence privée, hôtellerie, restauration, Alain Ellouz semble avoir conquis tous les domaines et tous les espaces, du dessus de commode à la mise en lumière de vaste hall. La société peut à l’heure actuelle se vanter d’avoir un quasi monopole. « Le marché américain se développe de plus en plus et représente à l’heure actuelle la moitié de la demande » explique le directeur.
Mais si l’entreprise s’est développée aussi rapidement, c’est aussi grâce à la place accordée au design dès la création de l’Atelier. Pour Marion Biais-Sauvêtre, designeuse en chef de l’Atelier Alain Ellouz «l’albâtre est une pierre qui se lit ». C’est d’ailleurs entre ses mains que passe chaque morceau d’albâtre pour l’analyse du veinage, ne serait-ce que pour les panneaux d’architecture d’intérieur. « On regarde la couleur et le dessin de chaque plaque sur un mur lumineux afin de pouvoir les assembler et créer des ensembles », explique-t-elle. Complexe et brute à son origine, la pierre acquiert, grâce au regard artistique de Marion Biais-Sauvêtre et de son équipe – qui ont majoritairement des compétences d’ébénistes – tout son caractère et son onirisme.





L’émaillage de la pierre de lave est la technique précieuse qu’a choisie le studio LeR pour constituer le cœur de sa pratique entre artisanat et design. Un choix guidé par une histoire très personnelle et par les qualités décoratives « inaltérables » de ce matériau.
Fondé en 2015 par Renato Richard et son épouse Lydia Belghitar, le studio LeR associe deux savoir-faire : la taille de pierre pour Renato et le design pour Lydia, qui a travaillé aux côtés de grands noms comme Mathieu Lehanneur, Pierre Favresse ou Jean-Paul Marzais.

Un contexte porteur qui va notamment leur permettre d’appréhender une technique ancestrale très particulière, celle de l’émaillage de la lave. Une pratique méconnue, mais dont le studio aujourd’hui recomposé autour de Lydia et Jessica – la sœur de Renato, décédé en 2018 – a fait sa spécialité.
« L’émaillage de la lave est un savoir-faire qui tombe en désuétude alors qu’il offre un champ d’applications sans limite », explique Lydia en avançant le chiffre d’à peine une centaine d’émailleurs sur lave en France aujourd’hui. Un crève-cœur quand on connaît les qualités de ce matériau. « Dans notre métier, c’est souvent le qualificatif ʺinaltérableʺ qui est utilisé pour la lave émaillée. C’est un matériau extrêmement résistant aux températures extrêmes, aux rayures, aux acides. »

Néanmoins, ce sont avant tout ses qualités décoratives qui font sensation. Des qualités auxquelles le studio LeR apporte sa marque de fabrique en travaillant ses formats géométriques si singuliers. « Ce qui nous passionne à l’atelier, c’est de faire dialoguer les motifs émaillés avec la pierre brute ! »
Crédences de cuisine et mobiliers raffinés
Même si le matériau reste le même, avec cette pierre de lave d’Auvergne, de Volvic, du Mont Dore ou de Chambois, le studio LeR – lui-même situé en Bretagne – parvient grâce à sa double casquette d’artisan d’art et de designer à travailler sur des projets très variés. Et s’il façonne des carreaux pour les sols ou les crédences de cuisines, il conçoit également des mobiliers très raffinés pour la décoration d’intérieur, des pièces uniques produites sur commandes avec des motifs et des couleurs adaptés.
Son plateau OKE est l’une des pièces phares de ses collections, où l’on trouve également des plateaux de table (comme ceux réalisés pour l’architecte d’intérieur Tristan Auer), son fameux tabouret TATO ou le luminaire ICA, créé sur mesure il y a à peine quelques semaines pour la galerie Amélie Maison d’Art.

Pour preuve de sa recherche permanente, le studio n’hésite d’ailleurs pas à accorder la pierre de lave émaillée avec d’autres supports, matières…et artisans. « La lave s’associe très volontiers avec le bois par exemple », poursuit Lydia. « Nous travaillons en local avec l’atelier d’ébénisterie Koad Bras, qui ne travaille que le bois massif issu de forêts éco-gérées.»
Cette collaboration se retrouve dans notre mobilier comme dans nos luminaires ICA par exemple. Pour l’une des dernières tables basses que nous avons réalisées, la table LIV, nous avons travaillé avec un ferronnier d’art pour le piètement, l’atelier L’Enclumier. »


Anachronisme technologique
De fait, le travail du studio LeR est un habile mélange de tradition et de technologie, parfois très moderne. Celle-ci transparaît par exemple dans la production d’images 3D de leur petit bureau d’étude. « Quand nous travaillons sur du mobilier ou de l’espace, la modélisation 3D est un outil de communication incontournable pour assurer la bonne compréhension de la direction artistique du projet par le client et par les artisans avec lesquels nous collaborons », confirme Lydia.
« Nous utilisons aussi des outils numériques au cours de l’émaillage lui-même, en réalisant par exemple des pochoirs et masques de sablage à l’aide d’un plotter de découpe. Cet anachronisme entre les outils numériques que nous utilisons et le savoir-faire de l’émaillage sur lave contribue au côté à la fois contemporain et intemporel de nos projets. »