Stockholm Furniture Fair

Le designer suédois David Ericsson a fait de la chaise son objet totem. Passé par le monde de l’art et la philosophie avant d’entrer à l’université Malmstens Linköping, à Stockholm, ce créatif aime mêler travail de recherche et procédés industriels innovants.
Elles sont en bois, en acier, en cuir, à roulettes… Les chaises de David Ericsson sont toutes aussi originales les unes que les autres, et c’est le but ! Le designer suédois intègre l’université Malmstens Linköping, à Stockholm, en section design, d’où il sort diplômé en 2010. « Je ne pensais pas que le métier de designer était une véritable profession. J’aimais créer mes propres pièces de mobilier, mais je ne les voyais pas comme des produits qui pourraient être édités et, surtout, qui pourraient vivre en dehors de chez moi. » Une arrivée dans le monde du design et de l’objet qui n’était pas du tout préméditée, puisqu’il se destinait initialement à aller vers l’art et la philosophie. « J’ai toujours été intéressé par le processus de fabrication des choses, de savoir comment elles étaient faites. Je suis arrivé un peu par hasard en école, mais ça m’a permis de comprendre beaucoup de choses sur le design que je n’imaginais pas jusque-là. »

La chaise, un objet d’interaction
« Les chaises offrent une grande liberté de création. Il existe de nombreuses variabilités possibles en termes de structure, de matérialité, de fonction… Je ne cesse d’explorer et de découvrir des choses tous les jours. » Fasciné par toutes les formes d’industrialisation et de production, le designer a vu son attrait pour les chaises renforcé par les interactions qui y sont associées et qui les différencient des autres pièces. « Les chaises sont pensées pour les humains et les interactions entre eux. Elles doivent prendre soin de la personne qui s’assoit dessus, tandis que les tables ou les cabinets sont faits pour que l’on pose des choses dessus. »

Et s’il expérimente divers types de matériaux, à l’image de la chaise Exxo en acier, dont la forme fait étrangement penser à celle d’un canard, et de la chaise à roulettes Oona, modèle favori des enfants, le bois reste son matériau de prédilection. « Le bois n’est pas un simple matériau dans la mesure où il en existe différentes sortes ayant toutes leurs qualités et leurs défauts à exploiter. » Une recherche de singularité et de prouesse technique qu’il a notamment pu appliquer à la chaise Petite, qui ne pèse que 2,5 kilos !


Un travail de recherche constant
Lors de Stockholm Furniture Fair de 2024, il présentait la chaise Molnas. Inspirée par les peintures de ciel que l’on peut retrouver aux plafonds des églises suédoises, cette chaise est le fruit d’un travail de recherche engagé il y a quatre ans. Durant la pandémie, David Ericsson se lance un défi, celui de créer vingt chaises en vingt jours. Avec ce projet, nommé « The wrong construction at the right place » (« La mauvaise construction au bon endroit », en français), le designer a cherché à explorer des procédés inédits pour fabriquer des chaises. Un travail de recherche et de prospection qui s’avère être au coeur du processus du designer. « Ce n’est pas simplement un travail de fonction ou de technique de l’objet, la recherche est tout aussi importante. J’aime avoir ces deux facettes dans mon métier, et je pense d’ailleurs que ces deux aspects ont besoin l’un de l’autre pour avancer, car cela permet d’étudier de nouvelles façons de penser un produit. »

Début février 2025, toujours pour la Stockholm Furniture Fair, il ne présentait pas un mais quatre nouveaux projets. Cette édition du salon a en effet été l’occasion pour le designer de dévoiler trois nouveaux modèles d’assises. La fauteuil Bio, fabriqué en frêne massif, se distingue par ses accoudoirs conçus à partir d'une seule planche courbée à la vapeur, leur conférant une forme élancée.

Il présentait également la chaise P.Y.R, acronyme de Protect Your Rights (« Protégez vos droits » en français), un objet manifeste dénonçant le plagiat dans l’industrie du meuble, dans une quête incessante d’accéder à du mobilier toujours moins cher. « Dans ce monde, la spirale descend jusqu'à ce que ceux qui imitent et copient finissent par être imités et copiés par d’autres. P.Y.R est une célébration de la simplicité et une interrogation sur les limites entre ce qui est à vous et ce qui est à moi », explique le designer. Enfin, il présentait la chaise en bois V.DE.07, produite par Verk.


Et pour la première fois, David Ericsson présentait un modèle d’armoire, intitulée Moon et réalisée en collaboration avec l’Atelier Sandamar. Une pièce qui offre un jeu entre les couleurs et la lumière. Selon l’emplacement et la luminosité, les perspectives et les reflets évoluent pour « brouiller les lignes entre la solidité et l'apesanteur, entre ce qui est vu et ce qui est suggéré », décrit le designer.

L’importance de la durabilité
Plus largement, le designer a à coeur de réfléchir à la durée de vie de ses produits et réfléchit constamment, en collaboration avec les entreprises avec lesquelles il travaille, à d’autres manières de procéder. « La question de la durabilité est souvent le point de départ de ma réflexion. Il y a beaucoup de produits qui ont un beau design mais qui ne sont pas de bons produits, car ils ne sont pas viables dans le temps. Aujourd’hui, il faut penser beaucoup plus loin pour obtenir un produit durable que l’on pourra réparer ou changer en quelque chose d’autre. »


La Stokholm Design Week revient du 5 au 9 septembre avec un programme riche d’expositions, de conférences, d’ateliers… Une semaine pop-up qui a pour objectif de renforcer le design dans la capitale suédoise.
Après une édition d’automne réussie l’an dernier, la Stockholm Design Week est de retour avec cette fois-ci une édition pop-up en septembre. Une semaine qui propose notamment de créer des réseaux grâce à sa plateforme dédiée, découvrir les nouveautés, trouver de l’inspiration et échanger les idées ensemble.
Un large panel de marques attendues
De nombreuses enseignes telles que Bolon, Montana, Occhio, Kinnarps, Fogia, Layered, Swedese et Svenskt Tenn présenteront leurs nouveautés dans au sein de leur showrooms. La marque d’éclairage Belid présentera quant à elle une nouvelle collaboration avec le duo de designers Färg & Blanche, tandis que le designer Nick Ross présentera une exposition dans l’une des salles impressionnantes du musée d’histoire suédois. Autre actualité : l’architecte Andreas Martin-Löf lancera sa nouvelle marque de luminaires et le studio de design Gustaf Westman prévoit plusieurs événements au sien de son nouveau studio durant les cinq jours. Audi, marque engagée de la Stockholm design week, organisera plusieurs conférences et événements inspirants dans son showroom.
Au cours de ces cinq jours, la Stockholm Design Week profitera également de l’occasion pour présenter les nouveautés à venir lors de la prochaine édition de la Stockholm Furniture Fair en février 2024, ainsi que The Guest of Honour 2024.

La Stockholm Furniture Fair a démarré en grandes pompes avec la première édition des Scandinavian Design Awards. Dans la catégorie Mobilier de l’année, c’est la chaise longue 4PM, designé par Chris Martin pour l’éditeur suédois Massproductions, qui a été récompensée.

Massproductions est un fabricant engagé dans le développement durable : il s’est vu d’ailleurs doublement récompensé lors des Scandinavian Design Awards. La chaise longue 4PM a été dévoilée à la Stockholm Furniture Fair. Ses formes dessinées par Chris Martin sont un hommage au designer italien Enzo Mari. Elle est conçue à partir de pin Douglas ou de cerisier, et joue sur le contraste entre ce matériau brut et l’ergonomie qui assure le confort. Comme le précise Chris Martin « « Une chaise longue n’est pas vraiment un meuble dont on aura jamais besoin, mais si on peut se l’offrir, elle peut dorer le quotidien. Et quand je dis peut se permettre, je veux dire peut se permettre en termes d’espace, car une chaise longue prend beaucoup de place par rapport à sa fonction. » Il ajoute : « « Le design d’Enzo Mari était d’un autre niveau. Il prenait soin de ne pas polluer le monde avec des objets. Il ne présentait rien qui ne puisse être justifié comme un produit durable. Il avait un talent qui vous inspire. » A noter, les informations peuvent être gratuitement téléchargées pour que chacun puisse éventuellement se construire l’assise.

Orrefors est une manufacture réputée internationalement pour la qualité de la transparence du verre. À la Stockholm Design Week était exposée la récente collaboration avec la designeuse Monica Förster, pour la collection Reed.

En juillet 2020, Monica Förster profitait en plein été d’une île désertée par les touristes pour raison de Covid. En résidence à la Villa San Michele d’Anacapri, elle s’est inspirée du magnifique jardin, et de tout le paysage environnant pour dessiner une collection pour Orrefors baptisée Reed. L’idée ? retranscrire dans la sensualité du verre, les mouvements délicats perçus dans la nature, celui des végétaux sous une brise, du murmure de la mer, des jeux d’ombres et de lumière. S’appuyant sur la haute technicité des artisans de la manufacture, elle a décidé – en bonne designeuse ! – de déjouer la contrainte pour en faire son atout. Elle s’est donc appuyée sur les jonctions des différentes sections du verre, pour accentuer ces arêtes justement, et donner subtilement du mouvement à cette série de vases sculpturaux. Juste sublime ! Mise en scène dans un décor végétal et accompagnée d’une composition sonore très douce, la présentation de la collection offrait un moment d’une belle poésie dans la frénésie de la Stockholm Design Week.


À la Stockholm Furniture Fair, Artek dévoilait la collection Kori, fruit d’une collaboration qui se poursuit tranquillement avec les designers de TAF Studio.

C’est une collection pensée pour durer comme le veut la ligne éditoriale d’Artek : pour cela, les designers de TAF studio ont d’abord travaillé à partir de l’élément principal de l’éclairage, l’ampoule, autour de laquelle ils ont décliné la forme du cône, dans une esthétique codifiée dans nos imaginaires (en référence au phare par exemple). Cette collection joue ainsi habilement sur les éclairages directs et indirects.
La collection Kori se compose d’une suspension qui est l’élément de base : dans un principe d’un réceptacle sous forme de « panier » l’éclairage combine une lumière directe (pour un cône étroit ) ou plus diffuse (cône plus large). Équipée d’un disque qui fait office d’abat-jour, la suspension propose pour un éclairage plus important, mais qui reste doux. De même équipée d’un abat-jour ,« en forme de dune » selon les designers, la suspension projette alors un éclairage direct.

La collection comprend aussi une lampe à poser, disponible en blanc et en orange vif. Son originalité ? inverser le principe du cône pour pour modeler la diffusion de la lumière. Une version lampadaire est aussi proposée.



À la Stockholm Furniture Fair, la section Greenhouse recelait de talents prometteurs. Parmi eux, le studio Yellowdot exposait des petites séries, véritables surprises visuelles.

Yellowdot est un jeune studio de design qui réunit Bodin Hon, et Dilara Kan. Tous deux se sont rencontrés lors de leurs études à l’Istituti Europeo Di Design à Milan, et ils partagent une appétence pour allier technologie et artisanat dans des créations très variées, utilisant ici la transparence de la coquille d’œuf pour un paravent ; là, jouant sur le contraste d’une sculpturale table en marbre, dont le plateau tourne avec une légèreté déconcertante. Sur leur stand de la Greenhouse, à la Stockholm Furniture Fair, ils ont notamment présenté leur nouvelle collection de luminaires Lattice, en impression 3D. Pour cette mini-série inspirée des néons et gratte-ciels de Hong Kong, l’ingéniosité est d’avoir trouvée la technique pour concevoir ce «treillis » de filaments thermoplastique de PLA , biosourcé. Un duo à suivre.

