Stefan Diez, l’esprit de laboratoire

Stefan Diez, l’esprit de laboratoire

Le 21 octobre 2021, Stefan Diez était à Barcelone avec une partie de son équipe pour le lancement de sa dernière collection de luminaires pour la marque espagnole Vibia. Auprès de Pére Llonch, le CEO de Vibia, il assurait le lancement de Plusminus, « The New Era of Lighting ». Le showroom Vibia construit par Francesc Rifé Studio et aménagé par Saus Riba Llonch architectes et Carlota Portavella, reflétait cette parfaite révolution dans la manière de faire l’éclairage, la lumière, l’électricité.



Houdini de e15
2019 ©IngmarKurth

En 2017, au MAKK de Cologne (Museum fur Angewandted Kunst Köln), Stefan Diez avait fait le plein des espaces de ce gigantesque musée, en remplissant de ses créations la « Full House » ou Maison Pleine. Cette rétrospective couvrait déjà les 15 dernières années de sa production avec des produits pour e15, Thonet, Hay, Wilkhahn, emu, Flötotto, Rosenthal, Sammode… mais aussi des projets pour les céramiques Arita, et les caisses en plastique pour Authentics. Une section spéciale était réservée aux projets « invisibles » qui ne sont jamais entrés en production. Mais chez Vibia, on pouvait enfin voir le résultat d’un processus de développement qui a couru sur trois ans et demi.

Plusminus pour Vibia

Trois ans et demi, c’est le temps qu’il aura fallu à Vibia et Diez Office pour mettre au point le programme Plusminus. Avec Plusminus, il explore le potentiel de l’électricité qui peut faire des illuminations étonnantes en intérieur. La grande intelligence de Plusminus est de faire courir l’électricité dans un ruban, un ruban plat au tissage savant de fils de cuivre et de fibres synthétiques, dans lequel une basse tension de 42 volts seulement circule sans danger.

2021 ©DanielaTrost

2021 ©DanielaTrost

Emanciper la lumière de l’architecture, tel a toujours été le souhait de Pére Llonch, le CEO de Vibia fondée en 1987 et présente dans 103 pays (en six langues). Sur les salons du Luminaire, Euroluce à Milan, Light + Building à Francfort, Vibia brille par ses installations signées par les plus grands designers. Au nouveau siège, à 15 mn du centre de Barcelone et 10 mn de l’aéroport, une galerie de portraits en témoigne : Fernando Brizio, Lievore Altherr Molina, Sebastian Herkner, Arik Levy, Note Design Studio, Antoni Arola, Ramos et Bassols… sont présents comme parrains de la marque. Le showroom de 2050 m2 côtoie une usine de 16000 m2 dans laquelle sont assemblés et expédiés les produits.

©Vibia

…et la lumière fut

Un « simple » métier à tisser, Sächsisches Textilforschunginstitut (STFI) celui de Karina Wirth, designer textile au sein du TPL, Textile Prototyping Lab, un consortium financé par l’état et deux instituts de recherche, a suffi pour faire courir le fil conducteur dans la sangle. En 2019, pendant Euroluce, le produit a été montré en phase de développement comme un « work in progress ». Aujourd’hui, il en reste quatre sangles et une tool box, une boîte à outils avec tous les accessoires imaginaires pour faire de cette révolution une révolution innocente, sans danger même pour les enfants.

Portrait de Stefan Diez
2021 ©Matthias Ziegler

« Il faut conduire la lumière dans l’espace pour aider les gens à aimer l’espace dans lequel ils sont, explique Pére Llonch. Ce ne sont pas de simples produits mais des produits pour des gens. Quand nous avons développé le produit, on s’est attaché à l’usage du produit. Son usage dans son aspect fonctionnel pour réaliser combien l’espace est important. On ne parle pas d’architecture de lumière mais simplement d’émotion, d’une lumière invisible. Ce que le design veut dire aujourd’hui, c’est Vibia. Ce n’est pas le produit seul mais toute son installation et la façon dont il est livré au consommateur qui importe. »

Une relation constante

Repris par Hay, « Rope Trick » tentait déjà de créer des atmosphères. La LED a atteint aujourd’hui un niveau de flexibilité et de sophistication qui en fait le couteau suisse pour la création d’ambiance lumineuse. Plusminus offre la possibilité de placer des sources lumineuses en tout point de l’espace. Et l’éclairage a pris de nouvelles formes. Il crée des atmosphères et c’est aux designers de signer les formes. C’est un produit flexible qui ne nécessite qu’un configurateur en ligne pour faire les installations les plus aériennes.

2021 ©Vibia

Avec la crise du Covid, les modes de travail et de fonctionnement ont été radicalement perturbés ou améliorés. Plus besoin de se rendre sur place pour surveiller la fabrication d’un objet. Les configurateurs automatiques se chargent de calculer le nombre de pièces nécessaires à la mise en place d’un tel équipement. Plusminus entre dans l’ère du produit numérique (digital en anglais) dont l’aspect physique implique l’intervention de designers et les connexions la présence de programmeurs pour une offre infinie.

Une économie circulaire

Ces dernières années, le bureau Diez s’est consacré à l’élaboration de lignes directrices pour une économie circulaire, convaincu que les designers peuvent contribuer de manière significative à la transformation du système économique mondial. Son canapé Costume pour Magis en est la démonstration. Il doit s’adapter à des conditions d’utilisation changeantes mais témoigne aussi d’une garantie de vie utile tout au long de sa durée de vie. « La conception des produits doit accepter cette réalité en privilégiant autant que possible la flexibilité et la modularité. Les produits sont fabriqués à partir de différentes pièces et matériaux qui s’usent à différentes vitesses. Il est important de comprendre cette variabilité et de concevoir autour d’elle, de sorte que tous les composants puissent être réparés ou remplacés par l’utilisateur ou des ateliers de réparation locaux.  (…) Un produit circulaire peut être mis à jour. Le design doit accepter de travailler avec cette imperfection en créant des produits dans lesquels des éléments individuels peuvent être améliorés et réincorporés prolongeant leur durée de vie sur le marché. » La consommation d’énergie doit être limitée et appliquée sur toute la durée de vie du produit, de la fabrication au recyclage. Enfin, le transport ne doit pas augmenter son impact environnemental. Et, paradoxe, un produit circulaire doit être aussi peu produit que nécessaire, presque sur commande.

A bonne école

Avec une formation d’ébéniste, un diplôme de design industriel obtenu en 2002 à l’Académie de Stuttgart sous l’influence positive de Richard Sapper pour lequel il portera pendant deux ans le projet de micro-informatique « wearable computers » pour IBM puis un poste d’assistant chez Konstantin Grcic à Munich, Stefan Diez maîtrise tout. Méticulosité, intuition, expérience technique, productivité et originalité. Son passage chez tous les fabricants lui a servi à compléter et confirmer encore et toujours son intuition. He’s got the feeling, dirait-on aujourd’hui en anglais.
À partir du 11 novembre 2021, le grand public pourra voir dans les espaces vacants du Palais de Preysing, derrière la Feldherrenhalle sur l’Odeonsplatz, entre l’Opéra et le 5-Höfe, l’une des places les plus animées de Munich, les projets de Diez Office dans l’expérimentation du « 4e mur ». Des amis artistes, designers, photographes sont incités par la Société immobilière munichoise Cocon GmbH à s’exprimer derrière ce mur imaginaire comme s’ils n’étaient pas vus. Fin novembre Plusminus sera mis sur le marché en même temps que sera mis en route le configurateur, flexible, fluide, d’un usage intuitif. Une expérience à voir et une bonne raison de revoir Munich.

Céramiques Arita - Kawazoe Seizan & Stefan Diez
©Gerhardt Kellermann

Rédigé par 
Bénédicte Duhalde

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Temps de lecture
7/1/2026
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Chefs-d’œuvre de la Collection Pinault

Livre relié, dos carré collé, cousu

Coédition Dilecta / Pinault Collection

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ISBN : 978-2-37372-209-3

Prix : 59 €

Temps de lecture
9/1/2026
Soft Panels : une touche de douceur chez USM

La marque Suisse USM présente Soft Panels, une gamme de panneaux textiles.

Reconnue pour ses astucieux rangements métalliques modulables, USM vient de dévoiler Soft Panels, une nouvelle alternative textile aux célèbres portes en acier thermolaqué. Une proposition par laquelle le Suisse, né il y a 140 ans, entend intégrer un système innovant et ludique à son mobilier USM Haller.

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À noter que les USM Haller Soft Panels sont disponibles en trois tailles : 750 × 350 mm, 500 × 350 mm, 350 × 350 mm.

Temps de lecture
9/1/2026
Shoppe Object bouscule Paris

Du 17 au 19 janvier, le salon Who’s Next reprend ses quartiers à la porte de Versailles, au sein du hall 7.2. Une édition qui proposera de nouveau un espace consacré au design et au lifestyle avec l’arrivée de Shoppe Object Paris, déclinaison française de l’emblématique salon new-yorkais.

Afin de poursuivre la création de passerelles entre mode et design, le groupe WSN a signé une collaboration exclusive avec AndMore – organisateur du salon Shoppe Object à New York – pour la mise en place de l’édition parisienne. Ainsi, la curation amorcée en septembre avec Who’s Next Home tend à se dévoiler dans un format plus large et plus international, porté par une vision commune de l’objet et du design contemporain. Une édition qui s’articulera autour du thème « Room 0126 », en lien direct avec l’hospitality. « Notre objectif est de soutenir les marques et de favoriser les rencontres dans une atmosphère d’émotion », explique notamment Matthieu Pinet.

Une scénographie pensée comme un écrin

Imaginé par Studio Costa Molinos, l’espace adoptera une identité propre, conçu comme un « salon dans le salon ». Shoppe Object Paris promet une immersion cohérente et lisible, où chaque projet s’inscrit dans une narration d’ensemble. À noter également la présence d’un Shoppe Object Café, qui viendra renforcer cette dimension d’hospitalité en lien avec le thème de l’édition, offrant ainsi un lieu propice aux échanges au sein du parcours.

© Zequenz

Près de 80 marques attendues

Situé au cœur du hall 7.2, Shoppe Object Paris occupera une place stratégique au sein du salon et présentera une grande diversité de typologies de produits : arts de la table, mobilier, accessoires… Si des marques déjà présentes en septembre, comme Sabre, Bàng ou encore Papier Tigre, ont répondu une nouvelle fois à l’appel pour cette édition de début d’année, de nouvelles enseignes rejoindront également l’aventure. Parmi elles : Serax, Kerzon, Polimair ou encore Transparent, pour ne citer qu’elles. Une sélection minutieuse qui tisse des histoires autant de savoir-faire que de postures créatives, où les objets présentés ne se contentent pas d’être beaux mais ont aussi du sens.

A gauche : Serax x Marni / A droite : Merge

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