Le juste design d’Antoine Lesur
Portrait d'Antoine Lesur © Laurence Revol

Le juste design d’Antoine Lesur

Depuis qu’il est indépendant, le designer Antoine Lesur revendique une certaine polyvalence et une approche transversale de son métier. De mobilier d’édition en projets exploratoires, souvent autoproduits, il tente avant tout de pratiquer un design visant une production juste, nécessaire et durable.

Antoine Lesur fonde son studio en 2012, après dix années passées en agence, dont celle du designer Patrick Jouin. Depuis, il développe des collections de mobilier pour Fermob ou Maiori ; vient d’engager une collaboration avec une marque lançant un service de location de mobilier pour enfant ; de mettre au point un rituel de dégustation du vin au verre dans des restaurants étoilés pour Châteaux et Domaines Castel.

Maiori, collection Huggy, chaise bistrot, design Antoine Lesur
Sancal, Lapso, design Antoine Lesur en association avec Marc Venot © Sancal

Tout en travaillant sur un lombricomposteur domestique (un projet qui lui tient beaucoup à cœur) ; à l’amélioration constante d’un système de jardin vertical autoproduit ; ou encore, à la mise au point d’un sound system alimenté à l’énergie solaire pour une start-up marseillaise (Pickip). « Ce qui m’intéresse dans mon statut d’indépendant et le design tel que je le pratique aujourd’hui, c’est la transversalité de sujets et d’approches qu’ils me permettent, dit-il. Qu’il s’agisse de répondre de la manière la plus intelligente et élégante possible à une commande, ou de fixer mon propre cahier des charges, pour des projets que je développe seul. Parce que nos pratiques quotidiennes, notamment notre rapport à la nature ou à la gestion des déchets domestiques soulèvent, à un moment, des questions auxquelles il me paraît important de trouver des réponses. Même à ma modeste échelle. » Un pied dans l’exploration, donc, l’autre dans l’industrie. La tête dans les questions, les mains dans la mesure, et les yeux bien ouverts sur le quotidien. Il est designer comme ça, Antoine Lesur.  

Concept de sobriété

Nulle schizophrénie à l’horizon cependant : toute ces approches se nourrissent les unes les autres. Et à son sens, sont une condition essentielle de la pratique d’un design visant une production juste, nécessaire, et durable. High-tech, low-tech, question de contexte. Pas d’opposition frontale. Cela ne sert à rien. N’a pas vraiment de sens, hors du projet et de la problématique dans laquelle celui-ci s’insère. « Je suis un lecteur assidu de Pierre Rabhi, poursuit-il. Son concept de sobriété heureuse me parle beaucoup. »

Fermob, fauteuils de la collection Cadiz, design Antoine Lesur © Cyril Abad

Faire le choix de la modération de nos désirs, d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, pour « remettre l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations, et redonner enfin au monde légèreté, joie et saveur »*. Joli programme, tout de même. Très désirable… Il poursuit : « On oppose souvent le caractère industriel aux problématiques environnementales, et je trouve cela dommage. Il me semble que l’on peut aussi trouver des réponses dans l’industrie. » Sa collaboration avec le fabricant de mobilier outdoor Fermob en est une belle illustration : évoluer dans le cadre industriel donné, pour tenter de limiter au maximum l’impact de chaque pièce. Une base solide du bon design. Du juste design. Et une approche bien plus complexe qu’il n’y paraît. Trouver la bonne balance requiert un jeu d’équilibrage subtil et très fin de nombreux paramètres, notamment techniques. Là, Antoine Lesur excelle, dans une connaissance profonde des matériaux et des procédés industriels.

Boutique Maurice & la Matelasserie, rue De la Fayette, design Antoine Lesur et Marc Venot, lauréat ``Mode et Décoration`` du prix Paris Shop and Design 2021

Technique

« L’objectif de la conception de la gamme Cadiz, consistait par exemple à limiter au maximum l’encombrement des meubles, de les rendre vraiment empilables pour des questions de stockage, de logistique ou encore de transport, explique-t-il. Mais aussi d’utiliser le moins de matière possible, tout en jouant sur des détails de dessin, pour apporter de l’élégance et du caractère au siège. Ne pas être dans un produit de tendance que l’on va vouloir changer tous les deux ans, et à la qualité de fabrication irréprochable. » Ici, donc, le design se trouve dans les détails, comme celui de la forme de l’accoudoir qui vient discrètement signer le bridge, les cassures au niveau de l’assise et du dossier relevées par une sorte de ruban organique et qui en constitue aussi les renforts.

Jardin vertical, design Antoine Lesur, en collaboration avec Marc Venot
Pikip Solar Speakers, Pikip Stage, design Antoine Lesur

D’ailleurs ici, le procédé de production est emprunté à l’industrie du cycle : l’hydroformage, utilisé pour la fabrication des cadres en aluminium. Et Antoine Lesur de préciser : « Pour pouvoir souder de manière résistante de l’aluminium sur de l’aluminium, le matériau doit être exactement le même. Ici, le recours à cette technique nous permet donc de souder du tube sur du tube, plutôt que de la fonte d’aluminium sur du tube, et ainsi d’obtenir une structure très solide, et légère, avec beaucoup moins de matière. En tant que designer, c’est vraiment ce qui m’intéresse : être sobre sur ce que raconte le produit, et aller dans des micros détails. Que la technique ne soit jamais arrogante, qu’elle se dissimule pour faire parler d’elle autrement. C’est un challenge. Les gens n’imaginent pas toutes les prouesses techniques qu’il peut y avoir derrière un meuble. » Juste avant de conclure, non sans humour : « Je suis quand même de la vieille école, on ne va pas se mentir. J’ai grandi avec une vision du design (à la fin des années 1990), où l’édition signature permettait de se faire connaître, dans le mobilier principalement. C’est le chemin par lequel je suis passé, et qui est aujourd’hui payant. Je suis très conscient de la chance que j’ai. Mais c’est aussi probablement ce qui me pousse à faire des pas de côté le plus souvent possible. »

Rédigé par 
Maëlle Campagnoli

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Temps de lecture
8/5/2026
Triennale de Milan 2026 : quand le neuf cultive ses fondamentaux

Cette année encore, la Triennale accueillait de beaux événements dans le cadre de la Design Week de Milan 2026. Mais plus qu'un simple lieu d'exposition, cet incontournable de la capitale lombarde est surtout un lieu chargé d'Histoire dans lequel le design continue de s'incarner au travers d'une programmation dense.

La Milano Design Week 2026 marque un tournant. Face à une inflation visuelle parfois saturante, la ville semble revenir à ses fondamentaux avec une culture de la mémoire du design héritée du XXe siècle. L’objet n’est jamais pensé isolément, mais comme l’aboutissement d’un projet global mêlant architecture, usage, esthétique et vision sociale. Certaines villes racontent leur histoire à travers leurs monuments ; Milan la raconte aussi à travers ses archives. Qu’il s’agisse de dessins, de maquettes, de photographies, de notes ou de prototypes, elles révèlent tout ce qui précède l’œuvre achevée et en conserve le potentiel. La Triennale de Milan incarne pleinement ce mouvement.

Mais la Triennale, c’est quoi ?

Plus qu’un centre d’exposition, le Palazzo dell’Arte (Triennale de Milan) est un bâtiment moderniste conçu en 1933 par Giovanni Muzio comme un véritable centre culturel multifonctionnel et transdisciplinaire. Dès l’origine, il réunissait des salles d’exposition, un théâtre, un restaurant, un bar, un centre d’archives et même …un night-club.
Depuis 2019, le lieu se réincarne sous l’impulsion de Stefano Boeri, président de la Triennale, de Carla Morogallo, directrice générale et de Luca Cipelletti à la direction architecturale.
Déjà en 2024, cet espace culturel a inauguré le centre des archives « Cuore – Research, Study and Archives Center », un espace consacré à la recherche, à la mémoire et à l’innovation. Installés au rez-de-chaussée du Palazzo dell’Arte, ces 400 m² à gauche en entrant dans le hall, accueille chercheurs, étudiants, visiteurs, fondations et universités. Accessible gratuitement, Cuore remet au centre le travail de recherche qui nourrit l’ensemble de la programmation de la Triennale. Fort de décennies d’expositions nationales et internationales, elle est devenue un important centre documentaire et patrimonial. Ses réserves contiennent des livres et revues, des archives graphiques, photographiques et audiovisuelles, mais aussi près de 2 900 pièces d’architecture comme des dessins, des plans, des maquettes et d’autres documents liés aux projets réalisés au Palazzo dell’Arte et dans Milan depuis 1933. Mais l’institution conserve également des fonds de figures majeures du design italien comme Andrea Branzi, Alessandro Mendini ou Ettore Sottsass pour ne citer qu’eux.

Voce Triennale ©delfino_sl dsl__studio

Une réhabilitation discrète mais exemplaire

Le réaménagement du Palazzo dell’Arte accompagne cette nouvelle orientation. L’objectif est ainsi de moderniser le bâtiment tout en redécouvrant l’esprit original imaginé par Giovanni Muzio en 1933.
Trois axes structurent cette transformation : retrouver l’esprit et préserver ce patrimoine du rationalisme italien des années 30, améliorer ses performances énergétiques sans oublier de rendre les espaces plus accessibles, flexibles et contemporains.
La restauration remet en valeur les qualités architecturales du lieu avec par exemple la réouverture des perspectives (notamment sur l’escalier hélicoïdal de Muzio dans l’espace Cuore), l’allègement des dispositifs techniques, la restauration de la lumière zénithale grâce la remise au jour de la toiture en briques de verre et la réintégration des châssis des ouvertures d’origine. Les nouvelles installations techniques presque invisibles (isolation, chauffage), fluidifient considérablement la lecture de l’espace.
En 2025, le lieu s’est ouvert à de nouveaux usages. On note notamment le retour du café et du restaurant (Cucina) à leur emplacement historique, côté parc, mais aussi l’ouverture de Voce - un espace consacré à la musique et aux arts performatifs - et de Gioco espace créatif pour enfants.
À travers cette transformation, la Triennale rappelle aussi que ce qui fait la singularité créative de Milan demeure sa capacité à faire dialoguer rationalisme, héritage moderniste et postmodernité poétique.

Par la qualité de ses expositions, de ses mises en espace et de sa restructuration architecturale, la Triennale s’affiche davantage comme un bâtiment vivant, évolutif, hybride, qu’un monument figé. Il donne à vivre le design en racontant les trajectoires de celles et ceux qui le produisent, en interrogeant ses usages, sa portée critique, sa dimension sociale et la joie quotidienne qu’il peut encore apporter. Les noms simples, humains et élégants choisis pour caractériser les divers secteurs le prouvent : Cuore, Cucina, Giocco et Voce.
Alors la Triennale de Milan ? À voir et à revoir !

Cucina ©Triennale Milano ©Delfino Sisto Legnani-DSL Studio

Les expositions 2026

Andrea Branzi — Continuous Present
Scénographie : Toyo Ito
Jusqu’au 4 octobre 2026
L’une des expositions majeures de cette édition est consacrée à Andrea Branzi, penseur, poète, designer inclassable et figure centrale du design radical italien. Un infatigable passeur d’une manière de « vivre poétiquement le monde », faite de tolérance et de fiction critique.
Conçue comme un hommage par Toyo Ito — ami proche et compagnon de pensée -, l’exposition explore la vision critique et profondément humaniste de Branzi. Intitulée Continuous Present, elle exprime son opposition à une modernité mécanique, rationalisée et uniforme.
On y retrouve les grands thèmes qui traversent son œuvre : architecture sans murs, hybridation entre nature et ville, transformation permanente, rencontre et adaptabilité, refus des systèmes figés…
Chez Branzi, la déconstruction n’est jamais nihiliste. Elle ouvre au contraire un espace pour l’émerveillement. Son idée du « présent continu » évoque une ville et un monde en perpétuelle évolution où la joie, l’optimisme, sont un devoir moral et social. La leçon est à retenir !
La mise en espace fluide et presque organique de Toyo Ito prolonge avec justesse cette pensée.

Andrea Branzi By Toyo Ito. Continuous Present Installation view. Photo Andrea Rossetti ©Triennale Milano



Lella and Massimo Vignelli. A Language of Clarity
Scénographie : Jasper Morrison
Jusqu’au 6 septembre 2026
Comme un contrepoint au design post-moderne critique de Branzi, mais tout aussi joyeux et optimiste, la Triennale présente une grande rétrospective consacrée à Lella et Massimo Vignelli.
Connus pour leur interprétation rigoureuse du rationalisme moderniste d’inspiration suisse, les Vignelli ont profondément marqué, entre Milan et New York, le graphisme et le design international des années 60 au passage au XXIème siècle.
L’exposition mise en espace par le studio Jasper Morisson rassemble un large corpus de pièces emblématiques. Elle montre comment leur travail cherchait toujours à révéler une logique claire, colorée et universelle, qu’il s’agisse d’un plan de métro, d’un livre, d’un meuble ou d’un bijou.
Leur œuvre rappelle qu’au-delà du style, le design peut avant tout constituer un langage de clarté, capable de s’adresser à un public extrêmement large, loin de toute vision élitiste.

Photo Delfino Sisto Legnani_dsl__studio © Triennale Milano

The Eames Houses - Lancement du Eames Pavilion System
En partenariat avec Kettal
Jusqu’au 10 mai 2026
L’exposition The Eames Houses s’appuie sur un vaste travail de recherche d’archives consacré aux projets résidentiels construits ou non, de Ray et Charles Eames. Une vision de l’architecture modulaire, préfabriquée et profondément humaine appuyée sur un large corpus de documents.
Pour les Eames, la maison n’est jamais un objet figé, mais un système adaptable, capable d’articuler vie quotidienne, modularité et production industrielle. Leur architecture développe une synthèse singulière entre rationalisme moderniste, préfabrication fonctionnelle et sensibilité organique inspirée de l’esthétique japonaise. C’est notamment dans la relation fluide entre intérieur et extérieur, pensée au service du climat et des espaces californiens, que l’on retrouve cette dernière.
Cette réflexion se prolonge aujourd’hui à travers le lancement du Eames Pavilion System, développé avec Kettal sous la direction d’Eckart Maise, collaborateur historique de l’Eames Office. Le système repose sur des modules structurels répétitifs associés à différentes toitures et façades permettant de multiples configurations, du petit pavillon à la maison complète.
Le projet réactive ainsi l’une des idées fondamentales des Eames : penser l’architecture comme un système évolutif plutôt que comme une forme définitive.

Eames Pavilion System ©Eames Office x Kettal



Alphabet — Le design de Edward Barber & Jay Osgerby
Jusqu’au 6 septembre 2026
L’exposition investit le bel espace de la Design Platform qui, à la suite de l’importante rénovation architecturale et fonctionnelle du Palazzo dell’Arte, prend désormais place dans la grande zone ouverte sur le jardin, anciennement occupée — malencontreusement — par le café de la Triennale.

Le parcours chronologique de l’exposition met en évidence l’évolution progressive, du milieu des années 1990 jusqu’à aujourd’hui, de leur « alphabet stylistique ». Un travail rigoureux porté sur la couleur, les courbures techniques, les géométries angulaires et la précision constructive.
Parmi les pièces majeures exposées, signalons la torche olympique des Jeux de Londres 2012, les tables Iris pour Established & Sons, la lampe Tab pour Flos et plusieurs commandes spéciales et projets expérimentaux. Par ces pièces, l’exposition montre comment leur travail conjugue à l’exigence industrielle et à la maîtrise artisanale, la sophistication technique croissante.

Edward Barber & Jay Osgerby. Alphabet, Installation view. Picture Matteo Pasin ©Triennale Milano
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13/5/2026
La collaboration pop d'Audemars Piguet et Swatch

Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch réinventent la montre de poche à travers une collection en biocéramique colorée, inspirée du Pop Art et de l’iconique Royal Oak.

La haute horlogerie prend ses libertés. Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch signent une collection capsule de huit montres de poche qui détourne les codes traditionnels du garde-temps. Inspirée de la Royal Oak de 1972 et des Swatch POP des années 1980, cette série en biocéramique transforme la montre en accessoire nomade. Cette dernière se porte désormais autour du cou, accrochée à un sac, glissée dans une poche ou posée sur un bureau grâce à un support amovible. Entre objet de mode et micro-architecture portable, Royal Pop propose une nouvelle manière de porter et d’exposer le temps. Déclinée en huit modèles, de l'épurée Huit Blanc à la très graphique Ocho Negro, en passant par les palettes acidulées de Green Eight, Blaue Acht ou Otto Rosso, la collection joue la carte d’une identité forte pour chaque pièce.

©Audemars Piguet et Swatch

Le mouvement pop

La collection revendique pleinement l’héritage du Pop Art avec ses couleurs franches, ses contrastes graphiques et son esprit ludique. Les codes esthétiques de la Royal Oak — lunette octogonale, vis hexagonales, décor “Petite Tapisserie” — sont ici réinterprétés dans une écriture plus expérimentale. Le modèle Huit Blanc, dont chacune des huit vis adopte une couleur différente, évoque directement l’univers d’Andy Warhol, tandis que Orenji Hachi ou Otg Roz poussent encore plus loin les jeux chromatiques. Derrière cette énergie visuelle se cache pourtant une réelle sophistication technique : les boîtiers en biocéramique biosourcée, un mouvement mécanique SISTEM51 entièrement automatisé et 90 heures de réserve de marche. Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch démontrent que le luxe contemporain peut désormais conjuguer excellence industrielle, culture populaire et liberté créative.

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11/5/2026
Young Scène Ouverte : un soutien à la jeune création

Jusqu’au 6 juin, la galerie Scène Ouverte, située rue Bonaparte dans le 6e arrondissement, expose sept talents de son programme d’accompagnement intitulé Young Scène Ouverte.

Lancé en 2025, le programme d’accompagnement Young Scène Ouverte (YSO), à l’initiative de la galerie Scène Ouverte, fondée et dirigée par Laurence Bonnel depuis 2016, a pour objectif d’offrir une visibilité à de jeunes créateurs contemporains, tant sur le marché qu’aux niveaux financier et créatif. Ils sont environ une trentaine à faire partie du programme, au sein duquel ils restent généralement pendant un an et où chaque designer et créateur a la possibilité de tester et d’expérimenter la matière sous toutes ses formes afin de créer des pièces inédites.

Plus largement, ce programme entend encourager ces jeunes artistes à affiner leur univers créatif, allant parfois jusqu’à révéler des vocations. « Le but est d'accompagner leur savoir-faire, l'artisanat et les matériaux utilisés vers quelque chose de plus noble, et d’aller vers une plus grande exigence dans l’exécution et les mécanismes. C’est d’autant plus important pour ces jeunes designers : ne plus avoir de contraintes leur permet de se libérer des limites qu'ils peuvent avoir en temps normal. » Pour cette édition, sept artistes aux visions très différentes, mais non moins cohérentes, sont exposés au sein de la galerie jusque début juin.

Julia Chehikian

Basée à Marseille, Julia Chehikian imagine et fabrique ses pièces au sein de son atelier. Des créations fortement inspirées de la Provence, de sa chaleur, de ses couleurs et de la mer, que la designer souhaite ancrées localement. Elle fait ainsi appel à des artisans de la région ainsi qu’à une tapissière pour concevoir des pièces aux lignes épurées et minimalistes, imaginées dans des matériaux capables de traverser le temps.

Table Piscine © Flaneur Studio

Apolline Morel

Résidente au BBDMA, Apolline Morel s’est d’abord formée au verre à la HEAR de Reims avant de poursuivre un master à l’ECAL en design et artisanat du luxe. Elle crée son studio en 2024 et décide d’explorer la pâte de verre et ses vertus. Au sein de la galerie, elle présente des luminaires jouant sur la transparence et offrant des jeux de lumière qui font vivre l’objet différemment selon l’endroit où l’on se place dans l’espace.

Lampe Anthénors citrine © Flaneur Studio

Orre Studio

Studio fondé par Jules et Sarah, respectivement formés à la peinture artistique et à l’ébénisterie, Orre Studio propose des pièces à la croisée du design et des arts décoratifs. Ensemble, ils conçoivent des créations imaginées de A à Z, en reprenant notamment des techniques artisanales anciennes liées à la fabrication de carreaux. Entre recherche de formes plus contemporaines et travail sur les matières, Orre Studio présente ainsi deux miroirs et une console particulièrement travaillés et aboutis.

Miroir Alcoa © Flaneur Studio

Rinke Joosten

Diplômée de l’Académie Willem de Kooning aux Pays-Bas, la céramiste Rinke Joosten fonde son studio en 2018. C’est notamment durant ses études qu’elle explore les matérialités, et particulièrement le lien entre céramique et verre soufflé, devenu central dans son travail. Plus largement, elle accorde une importance particulière au processus de production artisanale des pièces. Son projet Momentum fait ainsi le lien entre les matériaux et le geste humain, pour des pièces au rendu unique.

Projet Momentum © Flaneur Studio

Clémence Mars

Passée par l’école Duperré en design puis formée en scénographie à l’école des Arts Décoratifs, Clémence Mars fait partie de ces designers qui aiment explorer toute l’étendue de leur créativité. Mais c’est pour la transparence du verre que la designer s’est prise de passion, notamment à travers un travail de superposition des pièces. Après une expérimentation de la résine, elle s’est tournée vers le verre grâce à l’accompagnement de la galerie, donnant naissance à des pièces architecturales et élégantes.

Luminaires Little House Ghosts n°3 et 4 © Flaneur Studio

Faustine de Longueuil

À la croisée de l’artisanat, du graphisme et de l’art contemporain, le travail de Faustine de Longueuil s’inspire notamment de Mario Botta mais également de Étienne Robial. Travaillant exclusivement avec de la laine 100 % française issue de la filature Fonty, l’artiste textile fait le choix d’un matériau durable et proposer des pièces associant une forte esthétique graphique à un jeu de symétrie et formes géométriques.

Tapis C002 © Flaneur Studio

Bérénice Gentil

Architecte et céramiste de métier, Bérénice Gentil a développé une pratique d’ornemaniste dans laquelle la céramique devient langage. Elle propose ainsi des pièces sculpturales qui semblent traverser les époques, en s’appropriant cette pratique de façon contemporaine, et proposer des créations qui puissent embrasser l’espace au sein desquels elles prennent place.  

© Flaneur Studio
Temps de lecture
6/5/2026
Milan Design Week : le meilleur du Off

Cette année encore, le Off de la Design Week de Milan nous a offert son lot d’installations remarquées et remarquables un peu partout dans la ville. Retour sur celles qui valaient le détour.

Un espace alternatif signé Capsule globale

Pensé comme un hybride entre foire, exposition collective et plateforme culturelle, Capsule Plaza 2026 investissait cette année un ancien gymnase et piscine Art déco réhabilités par ASA Office, Via Achille Maiocchi. Sous la direction d’Alessio Ascari, le parcours « Design State of Mind » regroupait design, mode, technologie et artisanat dans des pièces aux accents industriels et renforcés par une scénographie signée par l’agence milanaise NM3. Parmi les temps forts dans cette cinquième édition, on peut noter l’installation immersive « No Seasons » de Stone Island avec NM3, les recherches de Karimoku Research avec Waka Waka, Devon Turnbull ou Postalco, les expérimentations olfactives d’AEIR et Websessions, ou encore le robot domestique NEO de 1X Technologies. Autant de petits évènements à eux seuls, venus étoffer un programme déjà riche en talks et workshops, et marqué cette année par le lancement du cinquième numéro du magazine Capsule.

De gauche à droite : Bolon par Martino Gamper, BWB Surface par Panter&Tourron et Stone Island ©Capsule Globale

L’exposition anniversaire de Muller Van Severen

Pour célébrer les 15 ans de création de son studio, le duo belge Muller Van Severen s’est associé à Apartamento pour présenter, durant la Design Week, une exposition anniversaire intitulée « Silhouettes: Celebrating 15 Years ». Réalisée en partenariat avec la Tim Van Laere Gallery, cette exposition présentait quinze chandeliers monumentaux uniques, tous réalisés en aluminium. Chacun d’eux se révélait être une réinterprétation de motifs et de formes récurrentes dans l’œuvre du duo. Cette installation proposait ainsi un ensemble de pièces qui, bien que distinctes dans leur forme, n’en demeuraient pas moins cohérentes. Chaque chandelier était également couronné d’une grande bougie colorée qui se consumait progressivement, comme pour symboliser le temps qui passe, les quinze années écoulées, mais aussi, et surtout, celles à venir.

©Muller Van Severen

L’installation en papier d’Issey Miyake

Dans son showroom milanais, la maison Issey Miyake présentait, à l’occasion de la Design Week, le projet expérimental The Paper Log: Shell and Core, imaginé par le designer Satoshi Kondo du MIYAKE DESIGN STUDIO et développé en collaboration avec le bureau d’architecture espagnol Ensamble Studio. Le projet consistait en une installation d’objets-mémoire (Shell) et de prototypes de mobilier (Core), issus de la réappropriation de rouleaux compressés de papier appelés Paper Log, sous-produits des vêtements plissés de la maison - une technologie emblématique d’Issey Miyake. Au sein de l’espace, l’installation présentait deux séries complémentaires dérivées du Paper Log, dont les mises en scène confrontaient des qualités opposées : éphémère et concret, délicat et robuste. Les œuvres imaginées par Ensamble Studio sous le nom de Shell prenaient la forme d’une série d’objets en papier comme figés dans le temps, tandis que l’équipe de design interne présentait Core, un ensemble de prototypes de mobilier composé de chaises, tables et tabourets, traités de différentes manières afin d’explorer pleinement leur matérialité.

©Melania Dalle Grave e Michela Pedranti, DSL Studio

Le NikeAir_Lab, un endroit où courir voir des innovations

Pensé avec le nouveau centre milanais Dropcity, NikeAir_Lab proposait une plongée dans l’univers de Nike Air à travers les archives de la marque, quelques prototypes et des ateliers expérimentaux installés dans les tunnels industriels de Via Sammartini. Accessible durant toute la semaine, le laboratoire dévoilait près de 100 prototypes inédits. Les curieux ont ainsi pu découvrir les recherches autour de la Air Liquid Max, des matériaux FlyWeb et Radical AirFlow ou encore de la veste Therma-FIT Air Milano. Des créations ultra techniques mises en scène tout au long de huit stations de travail équipées de bras robotiques, de systèmes pneumatiques et d’outils de thermoformage. Mais outre les nouveaux produits, l’équipementier sportif dévoilait aussi des archives de l’ingénieur aéronautique Frank Rudy, des développements liés à l’Alphafly NEXT% ou à la combinaison Breaking4 de Faith Kipyegon. À mi-chemin entre le laboratoire de recherche et l’installation immersive portée sur l’innovation, le NikeAir_Lab était l’un des rendez-vous incontournables pour tout amoureux de design technique, de mode et de sport.

©Nike Air Lab
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