Entreautre, la culture du « Faire »
Entreautre, design scénographique, La fenêtre modeste et appliqué

Entreautre, la culture du « Faire »

Si la crise du Covid a définitivement mis en lumière le besoin de nouvelles proximités, le milieu rural, longtemps délaissé, était déjà devenu un territoire d’expérimentation pour beaucoup de créateurs qui s’emploient à retisser des liens avec la nature et le vivant. L’histoire d’Entreautre, pour ce qu’elle illustre d’un mouvement fait pour durer, affirme sa vocation d’agence de design transversal et récuse fortement la formulation primaire et réductrice de design rural ! Un témoignage à retrouver lors des talks de la Paris Design Week, vendredi 8 septembre.


Ingénieur-designer à Paris chez Parrot, Bertrand Vignau-Lous a créé l’agence de design Entreautre aux côtés de Christophe Tincelin en 2011, avec l’ambition de monter une maison d’édition autour de mobilier et d’objets écoconçus. Avec le temps, l’agence se consacre uniquement à une pratique transversale du design. L’envie d’être plus proche de la nature, d’avoir un cadre de vie plus agréable que celui de la ville, pousse Bertrand à s’installer dans la Drôme, territoire familier des deux cofondateurs depuis l’enfance : « J’ai toujours eu l’envie de connecter des mondes qui ne se parlent pas ; ici dans la Drôme, les gens que je fréquente ont bien souvent des modes de vie alternatifs, mais je côtoie également d’autres mondes qui sont ceux de la technologie. L’état d’esprit de l’agence est de chercher à faire des passerelles entre des sphères qui ne communiquent pas.»

Décloisonnement stratégique

Ce choix de territoire est aussi stratégique. Il s’agit de rester en lien avec la ville – ce que permet Crest où l’agence est implantée. La gare de Valence TGV est à 3h de Paris et 1h30 de Lyon. Cela permet conserver et d’agrandir son réseau, avec, surtout la possibilité de décloisonner. Parce qu’il ne s’agit pas de s’isoler ! L’agence est d’ailleurs multi-sites : la moitié de ses collaborateurs sont installés à Montpellier, à la Halle Tropisme. Équipe curieuse, collaborative et toujours prête à expérimenter, elle trouve sa place dans des espaces partagés où une rencontre inattendue peut amener l’agence vers une nouvelle collaboration, expertise ou projet. Cette double implantation – à la fois rurale et urbaine – permet à l’équipe de l’agence d’avoir une vision large et agile : « Mon envie, c’est d’avoir une boîte qui tient dans un ordinateur parce que le métier de designer peut s’exercer partout. C’est une des raisons pour lesquelles bon nombre de designers se disent : moi aussi je veux un cadre de vie plus agréable. Cette mobilité souvent présente dans les métiers de la création, ce besoin de rester en mouvement fait qu’il n’y a plus de frontière ».

Ce lien avec les autres designers, Entreautre va même jusqu’à le provoquer. Dès ses débuts l’agence ouvre un espace de coworking à Crest. Concept naissant dans la région il y a dix ans, il a permis aux créatifs voisins de s’y retrouver naturellement et de collaborer en plaçant le design au cœur des projets. Aujourd’hui les designers et autres métiers de la création qui arrivent dans la région, pour la qualité de vie et pour son développement économique, poussent régulièrement la porte de l’agence. La région Auvergne-Rhône-Alpes est bien située au niveau de la Recherche et de l’Industrie, et la Drôme est particulièrement reconnue pour ses capacités d’innovations.

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Pour l’agence, la réception de bon nombre de candidatures pour des stages, laisse d’ailleurs à penser que le design est aussi une activité économique qui donne envie aux jeunes de se projeter. Cet indicateur permet également d’envisager que, plus tard, l’on ne parle dorénavant plus de « néo » [pour néo-ruraux – ndlr], mais que le design devienne un métier comme un autre dans la région, et non plus un métier « importé ».

Oser de nouvelles façons de produire

En 2014, Bertrand Vignau-Lous participe à la création du 8 Fablab. Vecteur de rencontres, ce fablab fut dès le départ l’un des plus performant à l’échelle européenne avec un équipement en machines important (son imprimante 3D Céramique grand format fut la première en France). Ce projet fou et ambitieux n’a été possible que grâce à l’écosystème mis en place. Parce qu’il y avait de la place, de l’énergie, de l’envie, et une concurrence presque inexistante : « La Drôme est un territoire historique de céramique. Ça a été une grande question quand on a souhaité équiper le 8Fablab de l’imprimante 3D de céramique. C’était tout autant un défi technologique que culturel. Être sur un territoire de potiers et apporter l’outil diabolique qui va couper des mains ! Il y a eu tout un travail à faire auprès de la communauté des potiers pour assurer que notre volonté n’était pas de remplacer les céramistes. La machine permet de prolonger le geste, de faire ce qu’on ne peut absolument pas réaliser à la main. Patience et dialogue font que la machine est acceptée par les artisans d’art. Aujourd’hui c’est assez  plaisant de voir des céramistes « traditionnels » venir se servir de l’imprimante 3D. »

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Fab Unit et micro-usine de fabrication

Dans cette dynamique d’innovation du territoire, l’agence et le 8 Fablab ont porté le projet de la Fab Unit – unité locale de fabrication d’objets en petites et moyennes séries. L’objectif : relocaliser la production sur les principes de l’économie circulaire. De l’espace de recherche en impression 3D céramique à la création d’une micro usine de fabrication de mobilier conçus à partir de déchets plastiques, l’événement a été l’occasion de partager les pratiques collaboratives, les process de production et l’utilisation de nouveaux matériaux.

Pour Entreautre, le constat est le même que pour beaucoup d’autres : on importe beaucoup trop de produits. « Si l’on prend l’exemple du mobilier, 92% de celui qu’on utilise est importé ; les 8% restant sont issus de l’artisanat. Dans ces 92%, plus de 70% viennent de l’étranger. Quand on parle de mobilier, on se dit qu’il y a tellement de choses qu’on pourrait faire localement, il n’y a aucun verrou ethnique, technologique, alors pourquoi ne pas s’organiser pour le faire ? (…) On a des ressources locales, on va les utiliser pour répondre aux besoins qu’on a sur le territoire à l’échelle d’un bassin de vie défini par sa géographie, la Drôme.» Avec le Fablab, les outils numériques qui servent aux prototypages et expérimentations étant déjà présents, il ne restait plus qu’à s’en servir comme outils de production et trouver le mi-chemin entre le travail de l’artisan et le travail de l’industrie avec des produits pensés pour ces outils-là, avec aussi la volonté d’offrir des prix accessibles.

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Les industriels de la plasturgie du bassin industriel local, les recycleries ou autre ressourceries, fournissent les matériaux choisis pour leur qualité et facilité de réemploi des petites et moyennes séries produites à la Fab Unit. À ce jour, la FabUnit est un lieu de transformation où les broyats de plastiques permettent d’obtenir des plaques avec lesquelles sont produits des objets ; mais pour Bertrand Vignau-Lous, il manque encore un lieu de collecte, de tri et de broyage, afin de créer une plateforme complète pour la mise en œuvre du plastique.

La plus-value du design

C’est la vision globale du designer qui permet d’imaginer les différentes briques de l’écosystème, de faire les liens entre les personnes et de fédérer : « C’est cette vison-là qui sert vraiment les projets de territoires. Ce n’est pas que nous, bien sûr, mais il y a des points de départ qui, à chaque fois, sont des points d’impulsion des designers. Et c’est aussi grâce à ces outils qui ont été pensés que nous pouvons mener nos propres sujets de recherches. » Depuis ses débuts l’agence revendique un design du Futur simple. Designer le Futur simple, c’est adopter une grille de lecture et d’analyse à 4 marqueurs : son impact positif (un futur responsable d’un point de vue environnemental et social), son potentiel révolutionnaire (un futur avec une vision ambitieuse de l’avenir, dont le modèle économique est en adéquation avec sa réalité), sa simplicité (un futur régi par le bon sens et adapté aux besoins réels et aux nouveaux usages, dans une logique de sobriété) et enfin, sa désirabilité (pour un futur inspirant, vecteur d’émotion et d’une belle qualité d’expérience).

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La pandémie n’a fait qu’ajouter des arguments pour défendre l’ambition de l’agence Entreautre. « Aujourd’hui, on a d’autres sujets de recherches où l’on travaille sur des objets qu’on pourrait fabriquer avec ces composants de réemploi. Comme par exemple une cafetière conçue à partir de déchets électriques et électroniques. (…) C’est déjà une réalité pour les entreprises du secteur, et qui ne trouvent pas ou difficilement des composants. Cette tension est déjà palpable et le projet de design de recherche va se transformer en projet de design tout court. Et il y a une véritable opportunité à ce que cela se fasse maintenant. » La question de savoir comment parvenir à une esthétique désirable du recyclé pour le plus grand nombre n’est pas négligée.

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Pour l’agence Entreautre, si l’industrie doit continuer d’exister, son contenu, lui, est amené à être différent : sur le plan social, environnemental et économique. Il y a des liens qui mettent longtemps à se construire, mais une fois qu’ils sont établis, c’est pour durer. « Dans certaines régions où c’est la culture du dossier, de la carte de visite, peut-être qu’en ruralité, si la ruralité doit exister, c’est peut-être plus la culture du « faire », », la culture de l’intelligence de la main qui prime. La paysannerie, quand tu débarques, tu es souvent perçu comme un « néo », ils vont te regarder un peu bizarrement, mais quand tu vas donner la main, entrer le bois ou quand tu vas faire quelque chose – quand tu es dans le faire, eh bien, le lendemain tu es accueilli à l’apéro ! C’est peut-être ça que ça apprend aussi, ces territoires-là, c’est le respect humain, c’est le temps de faire les choses mais de FAIRE… d’être dans le faire. »


Rédigé par 
Sandra Biaggi

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16/6/2026
FUJIFILM : une idée fidèle du design

La marque japonaise FUJIFILM, fondée en 1934, développe depuis plus de 90 ans des produits qui allient design et innovation dans les domaines de la photographie, de la santé ou encore des solutions destinées aux entreprises. Pour la toute première fois, la marque a accepté de dévoiler sa vision du design à travers les témoignages des designers Sumire Kuroda et Masahiko Yamamoto, présents à Milan à l’occasion de la Design Week.

C’est dans les bureaux milanais de FUJIFILM que Sumire Kuroda et Masahiko Yamamoto ont accepté de présenter, en avril dernier, la philosophie de la marque, sa conception du design et ses produits emblématiques. Une intervention d’autant plus symbolique qu’elle s’est tenue en parallèle de la Design Week de Milan. « Introduire pour la première fois en Europe le concept de "Faithful Design" lors de la Design Week de Milan est un moment hautement symbolique pour nous », a notamment déclaré Luana Porfido, responsable de la communication européenne chez FUJIFILM.

Depuis sa création en 1934, l’univers FUJIFILM a considérablement évolué, tant en matière de produits que de déploiement international. L’entreprise compte aujourd’hui plus de 75 sociétés en Europe - la première ayant été implantée à Düsseldorf, en Allemagne, en 1966 - et emploie plus de 7 500 personnes sur tout le continent européen. Au-delà de cette présence grandissante et stratégique, la marque affiche surtout la volonté de proposer des produits toujours plus diversifiés, destinés à un large public tout en restant fidèles à son ADN.

Une devise : « Faithful Design »

« Notre philosophie "Faithful Design" est une approche qui place au cœur de ses préoccupations l’authenticité, l’innovation et une attention particulière aux besoins et aux usages de chacun », confiait Luana Porfido. Une vision qui place l’utilisateur au centre de la réflexion et qui repose sur une observation attentive des comportements sur le terrain. Dans les bureaux pour le développement des imprimantes, ou au sein des hôpitaux et services de radiologie pour les appareils de radiographie ou d’IRM, l’étude des habitudes et des besoins des utilisateurs constitue la pierre angulaire du processus de conception. « Le design n’est pas uniquement lié à l’esthétique ; il concerne également la manière dont les produits vont être utilisés. Aujourd’hui, nous pouvons appliquer notre philosophie à l’ensemble des produits que nous concevons, y compris lorsqu’il s’agit de nouveaux secteurs de développement », expliquait notamment la designer Sumire Kuroda.

Un objectif : la diversification des produits

Depuis sa création, la marque s’attache à développer des produits toujours plus diversifiés dans des secteurs parfois très éloignés les uns des autres. On pense notamment à la photographie, avec ses appareils numériques ou instantanés tels que les Instax Mini, Evo ou Pal, qui ont rencontré un large succès. L’entreprise est également présente dans les solutions d’impression pour les bureaux avec la gamme Apeos ou Revoria, ainsi que dans le milieu médical avec le développement un appareil de radiographie portable, une première dans le secteur. Ces produits, reconnus pour leur innovation et leur diversité, ont permis à FUJIFILM de remporter de nombreuses distinctions internationales, parmi lesquelles les IDEA (International Design Excellence Awards), les iF Design Awards, les Red Dot Design Awards ou encore les Good Design Awards.

Un espace dédié au design : Clay Studio

Après avoir longtemps travaillé au sein d’espaces partagés avec d’autres départements, FUJIFILM a décidé de créer un lieu entièrement dédié à ses équipes de design, qui regroupent près d’une centaine de designers au Japon. Initié avant la pandémie, ce projet a finalement été inauguré à Tokyo en 2023 sous le nom de Clay Center. Un espace sur-mesure, qui a été entièrement conçu par les designers eux-mêmes, de la façade extérieure du bâtiment jusqu’à l’aménagement intérieur et au choix du mobilier. Pensé comme un lieu de recherche et de développement, il favorise les échanges entre les différentes sections de design, les laboratoires de recherche, les équipes business mais également avec les étudiants et créateurs extérieurs. Véritable laboratoire d’idées, le Clay Center encourage l’émulation collective et offre à chacun la possibilité de développer des projets en accord avec la philosophie du « Faithful Design » portée par la marque.

En dévoilant pour la première fois en Europe sa vision du design, FUJIFILM révèle une approche où l’innovation naît avant tout de l’observation et de l’écoute des usages. Une vision discrète mais ambitieuse, qui fait du design un outil de dialogue entre technologie et expérience humaine, pour continuer d’accompagner la diversification de l’entreprise.

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18/6/2026
Architecture intérieure : penser l’espace, protéger le lieu

Un intérieur réussi ne se résume pas à une accumulation de belles pièces. Il repose sur une cohérence d’ensemble : une circulation fluide, des matières choisies avec précision, une lumière maîtrisée, un mobilier adapté aux usages et une atmosphère capable de traverser le temps. L’architecture intérieure donne au logement une identité, mais aussi une valeur d’usage. Elle transforme une surface en lieu de vie.

À mesure que la maison devient plus personnelle, plus équipée et plus multifonctionnelle, la question de sa protection prend une importance nouvelle. Concevoir un bel intérieur, c’est investir dans un cadre de vie. Le préserver, c’est prolonger cette exigence au-delà du projet d’aménagement.

L’intérieur comme expression du mode de vie

L’habitat contemporain concentre aujourd’hui plusieurs fonctions. On y travaille, on y reçoit, on s’y repose, on y cuisine, on y collectionne parfois des objets, du mobilier ou des pièces de design. Le salon peut devenir un espace de télétravail, la cuisine un lieu de réception, la chambre un refuge, tandis que les rangements intégrés, les luminaires ou les équipements techniques participent pleinement à la qualité du quotidien.

Cette évolution modifie notre rapport au logement. L’intérieur n’est plus seulement décoratif : il accompagne les rythmes de vie. Chaque choix, du revêtement de sol au canapé, du plan de travail à la bibliothèque sur mesure, traduit une manière d’habiter. Il devient donc essentiel de considérer ce lieu non seulement comme un espace à aménager, mais aussi comme un patrimoine à protéger.

Protéger ce que l’on a pris le temps de construire

Un projet d’architecture intérieure demande du temps, de l’attention et souvent un budget important. Travaux, mobilier, objets, électroménager, équipements connectés, œuvres ou luminaires : la valeur d’un intérieur ne se limite pas aux murs. Elle se trouve dans l’ensemble des éléments qui composent le cadre de vie.

Pourtant, cet équilibre peut être fragilisé par des événements du quotidien. Un dégât des eaux, un incendie, un bris de glace, un vol ou un incident domestique peuvent affecter rapidement un espace soigneusement pensé. Plus un intérieur est personnalisé, plus il devient important d’anticiper sa protection.

C’est dans cette logique qu’une assurance habitation avec Allianz peut trouver sa place. Elle s’inscrit comme un prolongement naturel de l’attention portée au logement, en permettant de protéger à la fois le lieu, les biens et le confort qui y sont associés.

Une couverture à adapter à chaque intérieur

Tous les logements ne se ressemblent pas. Un studio occupé par un étudiant, un appartement rénové, une maison familiale, une résidence secondaire ou un logement meublé n’impliquent pas les mêmes besoins. La surface, le nombre de pièces, la valeur des biens, la présence d’équipements spécifiques ou encore l’usage du logement sont autant de critères à prendre en compte.

Avec Allianz, l’assurance habitation permet d’aborder cette question de manière concrète : quelles garanties sont réellement nécessaires ? Quels biens doivent être déclarés ? Quels plafonds d’indemnisation sont adaptés à la valeur de l’intérieur ? Quelle franchise reste à la charge de l’assuré en cas de sinistre ? Ces points sont essentiels pour éviter de découvrir trop tard qu’un contrat ne correspond pas à la réalité du logement.

L’enjeu n’est donc pas seulement d’être assuré, mais d’être bien couvert. Dans un intérieur pensé avec exigence, où chaque choix a une valeur esthétique et fonctionnelle, la protection doit être envisagée avec le même niveau d’attention.

Une démarche cohérente avec l’art d’habiter

L’architecture intérieure repose sur une idée simple : créer un lieu juste, adapté à ceux qui l’occupent. Cette démarche ne s’arrête pas une fois les travaux terminés ou le mobilier installé. Elle se poursuit dans l’entretien, l’usage et la préservation du lieu.

Penser son assurance habitation, c’est finalement intégrer une dimension supplémentaire à son projet d’habitat. Non pas comme une contrainte administrative, mais comme un réflexe de cohérence. Un intérieur se conçoit, se vit, s’entretient et se protège.

Dans cette continuité, Allianz accompagne les particuliers dans la protection de leur logement et de leurs biens, avec une approche qui permet d’ajuster la couverture aux besoins du foyer. Une manière de préserver ce qui fait la valeur d’un intérieur : son confort, ses usages et l’attention portée à chaque détail.

Habiter sereinement

Le luxe discret d’un intérieur bien pensé tient souvent à ce qu’il rend invisible : la fluidité des gestes, la justesse des proportions, la qualité des matériaux, la tranquillité du quotidien. Protéger son logement participe de cette même logique. C’est garantir que l’espace dans lequel on vit puisse conserver sa fonction première : offrir un cadre stable, confortable et rassurant.

Avoir une belle maison, un appartement rénové ou un intérieur soigneusement aménagé est une chose. Pouvoir l’habiter sereinement, avec une protection adaptée, en est une autre. C’est peut-être là que se joue aujourd’hui une vision plus complète de l’art d’habiter.

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16/6/2026
Les Roches au Lavandou : la méditerranée, matière première

Au Lavandou, Jean-Baptiste Pietri reconstruit un hôtel historique, à la fois spectaculaire et discret, en renouant avec l'essence même du paysage méditerranéen. Car si certains hôtels regardent la mer, d'autres semblent en avoir été extraits. Reconstruit sous la direction de l'architecte Jean-Baptiste Pietri, l’Hôtel Les Roches ne cherche pas à dominer le paysage. Il s'efface au contraire derrière lui, jusqu'à donner l'impression d'avoir toujours été là.

Accroché à la falaise d'Aiguebelle, face aux îles d'Hyères, cet hôtel emblématique de la côte varoise a longtemps occupé une place particulière dans l'imaginaire méditerranéen. Créé dans les années 1930, il faisait partie de ces établissements dont la réputation reposait moins sur le luxe ostentatoire que sur une relation privilégiée à la mer, à la lumière et au paysage. Au fil des décennies cependant, extensions successives et interventions disparates avaient progressivement altéré la cohérence du lieu.

Lorsque l'heure de sa renaissance sonne, Jean-Baptiste Pietri choisit de ne pas restaurer l'existant. Il préfère reconstruire pour retrouver l'esprit originel du site. Avec l’intelligence, la vison, et la patience des 13 ans nécessaires à ce projet complexe, ambitieux, à fois monumental et, presque, discret.  Une démarche qui pourrait sembler paradoxale mais qui constitue sans doute la clé de lecture du projet : retrouver une évidence perdue.

Les Roches © Nicolas Anetson
Les Roches © Nicolas Anetson

Navire sédentaire

Le premier mérite des Roches est de ne jamais chercher à dominer son environnement. Plutôt qu'un volume unique faisant face à la Méditerranée, l'architecte imagine une succession de bâtiments qui accompagnent la topographie naturelle. L'hôtel se fragmente, se découpe, épouse le relief. Les différents corps bâtis s'insèrent dans la pente comme autant de strates minérales entre la roche et le ciel. Cette fragmentation produit un effet remarquable : le projet ne se découvre jamais d'un seul regard. Il se révèle progressivement, au fil des cheminements extérieurs, des escaliers, des terrasses et des percées visuelles. À chaque niveau, la mer apparaît différemment. L'architecture devient une expérience de parcours plus qu'un objet à contempler. On est ainsi frappé par cette capacité du projet à produire une succession de séquences presque cinématographiques. Ici, une terrasse suspendue au-dessus de l'eau. Là, un mur de pierre qui cadre l'horizon. Plus loin, une faille végétalisée qui laisse pénétrer la lumière. Chaque déplacement modifie la perception du paysage.

Car aux Roches, la Méditerranée n'est jamais un simple décor. Elle irrigue littéralement le projet. Dans le dessin des espaces extérieurs d'abord. Le terrazzo, aux omniprésentes déclinaisons, ondulent comme des lignes de houle, prolongeant symboliquement le mouvement de l'eau jusque dans l'architecture du pont principal. Ce détail, pouvant passer inaperçu, résume pourtant une partie de la grande intelligence du projet : faire entrer le paysage dans le bâtiment plutôt que se contenter de l'encadrer, à l’image du bleu Klein en subtile fil rouge intérieur. La référence maritime apparaît également dans le traitement des terrasses et des débords de dalle. Percés de motifs circulaires, ces éléments en béton fibré ultra-hautes performances filtrent la lumière méditerranéenne tout en évoquant subtilement l'univers naval. Vu depuis les niveaux inférieurs, leur silhouette rappelle parfois celle d'une coque suspendue au-dessus du vide. Cette évocation n'a rien d'anecdotique, les quarante chambres et suites ayant elles aussi été pensées comme des cabines ouvertes sur l'horizon. Car ici, la décoration, c’est la mer, avant toute chose.

Les Roches
Les Roches © Nicolas Anetson
Les Roches

Matières méditerranéennes

Comme dans nombre de ses réalisations, Jean-Baptiste Pietri accorde une attention particulière à la matérialité. Le projet repose sur un dialogue permanent entre deux registres. D'un côté, la pierre de Bormes, massive, rugueuse, profondément ancrée dans le territoire varois. De l'autre, des surfaces minérales plus abstraites, blanches et lumineuses, qui captent les variations du soleil méditerranéen. Le verre aussi, avec le restaurant étoilé L’Oursin (Antoine Gras et Benoit Gornard aux manettes) aux assises de Harry Bertoia (à l’extérieur) et de Aarne Saariner (à l’intérieur) penchées sur la mer et baignées de soleil à 360°.

Cette confrontation évite au lieu de sombrer dans le pastiche régionaliste autant que dans le minimalisme international décontextualisé. Les Roches appartient sincèrement à son territoire sans chercher à reproduire une image folklorique de la Méditerranée.

L'architecture semble ainsi avoir été sculptée davantage que construite. Les murs émergent de la pente. Les terrasses prolongent les strates rocheuses. La végétation accompagne les volumes plutôt qu'elle ne les masque. Tout concourt à brouiller la frontière entre architecture et paysage.

Les Roches
Les Roches
Les Roches © Nicolas Anetson
Les Roches © Nicolas Anetson

Le luxe de la retenue

C'est probablement là que réside l’une des véritables réussites du projet. Longtemps, les établissements de prestige ont cherché à s'affirmer comme des destinations autonomes, détachées de leur environnement immédiat. À l'inverse, Les Roches construit son identité à partir du site lui-même. La roche, la végétation, la pente, les vues et la lumière deviennent les véritables éléments de luxe. Cette approche rejoint une réflexion plus large sur la manière d'intervenir aujourd'hui dans des territoires aussi sensibles que le littoral méditerranéen. Comment construire sans effacer ? Comment transformer sans dénaturer ?

Le projet de Jean-Baptiste Pietri apporte une réponse mesurée à ces questions. Une réponse qui privilégie l'intégration à la démonstration et le dialogue avec le paysage à la recherche d'un geste iconique. Une forme d’évidence que l’architecture contemporaine oublie parfois :  face à certains paysages, le plus beau geste consiste bien souvent à s'effacer.

https://www.hotellesroches.com

https://www.pietriarchitectes.com/categories/projets

Les Roches © Nicolas Anetson
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16/6/2026
La lumière de DCW éditions illumine un cloître vénitien

Jusqu’au 20 juillet, DCW éditions présente l’exposition « Il corpo della materia » à Venise. L’occasion de mettre en avant des produits de l’éditeur dans le cadre historique de l’église gothique Madonna dell’Orto.

Puisse-t-il y avoir meilleur lieu que Venise pour exposer le savoir-faire verrier ? À l’occasion de la première édition de Bel Ouvrage, la marque française DCW éditions et son label 10 HEURES 10 investissent, jusqu’au 20 juillet, le cloître de l’église gothique vénitienne Madonna dell’Orto. Intitulée « Il corpo della materia » (le corps et la matière), l’exposition regroupe une quinzaine de créateurs contemporains et leurs réalisations faisant rayonner les savoir-faire d’excellence. Une mise en lumière imaginée par la commissaire Carole de Bona dans ce décor hérité de la Renaissance. Ici, l’architecture en brique, marquée par le temps, contraste avec la précision formelle du verre et du métal contemporains. Investi sur le principe d’un showroom semi-extérieur, le cloître offre une déambulation marquée par le rythme des colonnades et l’orthogonalité de la cour, mais contrebalancée par les volumes libres des luminaires présentés. Une manière de confronter les époques et les styles, dans un parcours symbolique soucieux de transmettre l’idée d’intemporalité chère à la marque. Une vision qui passe par la fusion de la modernité et de l’héritage. Là où l'architecture est habitée par le design, la lumière, elle, semble lui redonner vie.

Bel Ouvrage 2026 - Venise ©Luca Bonnefille

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