L’aisance de Michael Young lui permet de varier les plaisirs, de passer d’Established & Sons à Magis, du vibromasseur Sabar multivitesses au vélo urbain City Storm.

Nom de Code : Mid Nineties
Il a l’allure des Robinson, pantalon blanc, barbe de trois jours, sourire d’aventurier déblayant la savane. Pourvu qu’elle soit de luxe. Dans un autre monde, il se serait rêvé Richard Branson, propulsant ses objets sur une autre planète. À vouloir décrocher la lune, Michael Young a suivi la tangente pour mieux rayonner. Son discours est en coin, toujours aux aguets d’une idée ou du mot, qui séduira le monde. “Je sais comment gérer les autres. Je peux gérer n’importe qui parce que je sais toujours ce que je peux faire pour eux. Je l’ai appris”.

Né en 1966 à Huddersfield dans le Nord de l’Angleterre, diplômé de la Design School de la London’s Kinston Polytechnic, les portes du design s’ouvrent à lui en 1992, non par dépit ni par aspiration. “Je n’ai jamais pensé être particulièrement créatif. Je n’ai jamais vraiment fait autre chose que du design. La raison d’être de cette vocation provient du fait que je m’arrange toujours pour faire ce qui me plaît. Plus que ce que je sais faire”. Après la case apprentissage dans le studio de Tom Dixon à Londres, l’adrénaline se fait sentir. Celle du passage en nom propre, des traversées en solitaire et des visas à collectionner. La vie pseudo nomade commence en 1994. Les vecteurs d’inspiration suivent l’horaire des fuseaux.

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Empire du milieu
Quand le design prend une saveur cool-shock, la création désaltère. Affranchi du Liberty, catapulté designer anglais le plus inspiré de sa génération, Michael Young conduit à droite de la culture Stilton. Il signe pour E&Y une collection qualifiée de nouveau langage formel (Mid-Nineties – 1996) et commence à crypter sa carrière de noms de codes. Dès 1997, il développe au sein du MY-022 une série de projets pour Christopher Farr, SOM Architects et Rosenthal. Ian Fleming traîne çà et là jusqu’au coup de force d’un luminaire sabre laser (Sticklight) créé en 1999 pour Eurolounge. L’appel de la lumière l’incite à passer la frontière.

Déménager de Londres à Reykjavik ne se fait pas sans peine. Le givre ne réchauffe pas de la paranoïa de devoir vivre dans une ville de 100 000 habitants. Il y signera pourtant une collection de joaillerie radicalement fulgurante (Smack), dégraissée du pompeux et développée en duo avec Katrin Olina. Les accents rythmiques du style Young prennent de l’ampleur lorsqu’à l’heure du millénium, le MY Studio bombarde la planète de ses Floor Seats confettis, systèmes d’assise empilables édités par Cappellini. Désarmement des toboggans, vérification de la porte opposée, il file alors sur la Chine où le High-tech le rattrape et le propulse Hong Kong Star (en charge de l’image de marque de Radio Shack/Ignltin). Son lecteur MP3 pour Kuro Music donne du fil à retordre à Apple. Ses clés USB, ludiques, s’enfilent comme des bracelets. La création rejoint l’univers des ultrasons.

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Longs Courriers
“J’aime que les choses m’échappent, ne pas contrôler. Cela rend chaque histoire, chaque objet, organique et spontané. Je ne veux faire partie d’aucun monde. Ce besoin de me sentir nulle part est à l’origine de mon installation sur Hong Kong. Être dans cet entre-deux permanent me sied parfaitement et m’offre une proximité directe avec les forces de frappes industrielles de la Chine”. L’anarchie punk des débuts ne renaît qu’en surface. Le trublion d’Albion voue désormais un culte à Comme des Garçons, aux Mackintosh, à Rei Kawakubo. De son studio planté à l’ombre des revendeurs de poisson séché du quartier de Sheung Wan, naît un design ultraperformant et funkadelic. Les systèmes d’enceintes pour iPhone côtoient des cabanes à oiseaux en papier plié.
 
Le kit à Cocktail Schweppes revoit les équilibres et épaisseurs du verre. “Je ne peux exécuter ce que quelqu’un me demande de faire. Je peux uniquement faire ce que j’ai envie de faire. Tenir mon propre monde en haleine, délimiter mon univers”. Au service des marques pour lesquelles il agit, Young est pourtant moins rebelle qu’il ne s’affiche amazone. La fausse modestie ne fait jamais oublier les dividendes et royalties. Et la souplesse se forge au rythme soutenu de contrats qui affluent.

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Acid, Zen & Speed
Rivé à son portable, toujours entre deux sièges 1A, Michael Young se retire souvent à Bali, pour désenfumer. En ces lieux lui viennent les idées, les croquis, à l’abri du marketing, du packaging, du perpétuel networking. Et même s’il aime à créer en pensant à Colette, Isetan ou Dover Street Market en guise de réceptacles pour ses fantasmes et créations, il n’en demeure pas moins un designer subtil, chérissant la sensation pure de l’objet parfait, en phase avec la concordance des temps. Consulté en 2003 par Mandarina Duck pour ses concept-boutiques de Milan et Berlin, sa signature transcende le champ miné de la mode, virant les parasites, plaquant la douceur innocente d’une couveuse sur du mercantile. Du design intérieur à la prolifération sur le corps, Young joue de ses propres codes et imprime des écailles plastiques sur le mythique polo Lacoste (2007). Son aisance lui permet de varier les plaisirs, de passer d’Established & Sons à Magis, du vibromasseur Sabar multivitesses et robuste au vélo urbain City Storm, ergonomique et révolutionnaire, équipé de phares LEDs et conçu pour le géant taïwanais Giant.
 
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Et quand il réussit ses coups de génie, son simple portemanteau Tree pour Swedese prend la forme des rêves d’Akira Kurosawa. Les montres PXR-5 EL, ultras noires ou plaquées or en acier brillant, associent un cadran bling-bling à un jeu de straps mercenaire et interchangeable. L’apogée vient à Milan en avril 2008. Michael Young lance “Coen Chair” éditée par Accupunto, hommage mêlé à la chaise Pretzel de Nelson et aux créations des années 50 signées Franco Albini. Bali semble déjà loin tant la ligne d’horizon de l’assise est parfaite. Le miracle surgit souvent d’un mirage apparu sur une plage.

Yann Siliec