Éditions Serge Mouille : l’atelier qui rend hommage à son talent

On ne présente plus Serge Mouille. Un maître dans l’art de modeler le métal au marteau. Hier comme aujourd’hui, son talent est reconnu de tous. Artisan et enseignant, Serge Mouille, représente plus de 40 ans de recherches, de dessins et de mono gravures. Décédé en décembre 1988, son art vit toujours à quelques kilomètres de Monthiers, le village où il s’est installé dans le sud de l’Aisne, en 1963, grâce aux Editions Serge Mouille. L’entreprise ne réédite pas seulement mais perpétue l’histoire, la philosophie et les projets d’un artisan de génie.

 

 

Une entreprise familiale

 

“On ne peut parler de Serge Mouille, de ses luminaires et de la réédition sans rendre hommage à Gin, sa veuve épouse  et à mon père Claude. C’est grâce à leur vision et à leur engagement qu’aujourd’hui nous poursuivrons cette belle aventure” – Didier Delpiroux, fils de Claude Delpiroux

 

C’est à Château Thierry, à 1h15 de Paris,  que nous nous sommes rendus pour visiter l’atelier des Editions Serge Mouille. Une entreprise familiale, discrète, indépendante et chaleureuse créée en 1999 par Gin Mouille, la veuve épouse de Serge Mouille et en collaboration avec Claude Delpiroux, lui aussi disparu. Arrivés à la gare, nous sommes accueillis par le fils de Claude, Didier Delpiroux. Souriant et dégageant une sympathie communicative, il nous propose sans plus attendre de prendre la route pour l’atelier.

 

Serge Mouille – Applique Flamme © Editions Serge Mouille

 

Une fois sur place, aucun signe extérieur ne montre que nous sommes à l’atelier des Editions Serge Mouille. Didier nous explique que cette discrétion est volontaire. Suggérant une fabrique ordinaire, elle a pour but d’éviter que les habitants de la région affluent en masse. À l’intérieur, l’atmosphère respire le travail et la bonne ambiance. “Il est important de travailler dans la bonne humeur” précise Didier. Les différents artisans, au nombre de 16, travaillent, mangent et rient ensemble. Didier, qui est à la tête de l’entreprise dont sa fille Julia fait aussi partie, a réussi à donner une aura familiale qui ne tarde pas à se faire sentir dès que l’on pénètre les lieux. Elle est d’autant plus forte quand on rencontre les différents hommes et femmes qui font vivre l’atelier.

 

L’atelier de montage © WMO

 

Gladys Liez par exemple, qui a reçu le Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main en 2009 pour la maîtrise de son savoir-faire, est la dinandière d’art de l’atelier. Elle y fait également travailler son fils, Dorian. Le petit-fils de Didier contribue lui aussi à la production des luminaires. Au montage, l’étape finale de fabrication, on retrouve la soeur de Didier, Marine, qui met elle aussi la main à la patte. En somme, il est aisé de constater que les Delpiroux mettent un point d’honneur à faire perdurer les valeurs de “famille”.

 

Façon Serge Mouille

 

Les odeurs de peinture et d’acier se mêlent aux sons des chalumeaux, des fraiseuses et des sprays de peinture. C’est un concert de sonorités qui reflètent le travail de ces hommes et femmes. Oui, aux Editions Serge Mouille, ils travaillent dans le respect de l’esprit artisanal que le créateur tenait à garder. Le travail reste dans la conformité des originaux, que ce soit sur les formes, les dimensions et les couleurs. Serge Mouille n’a jamais voulu faire de la production industrielle et à Château Thierry, tout est fait de manière artisanale. Il y a relativement peu de machines et aucun outil numérique n’est utilisé pendant la fabrication.

 

Damien en pleine prépa-peinture © WMO

 

L’atelier se divise en trois sections principales : l’atelier métal, l’atelier montage, l’atelier peinture/préparation peinture. Les tiges et les formes (en acier) sont commandées chez un tiers. Quant aux  pièces d’assemblage et les rotules d’articulation en laiton, elles sont fabriquées par un sous-traitant de la région. Ensuite, le reste du processus est géré par l’atelier. Les luminaires sont fabriqués par séries de dix ou quinze lampes à la suite et seulement sur commande, avec un délai pouvant aller de six à huit semaines.

 

Gladys prépare un tube avant le brasage © WMO

 

À l’atelier prépa-peinture, Dorian et Miloude enlèvent les impuretés et cachent les formes grâce à du papier abrasif, puis les laissent sécher pendant deux jours. Selon les formes, le travail peut prendre jusqu’à une heure. Gladys s’occupe de braser les tubes en utilisant un gabarit. Une technique demandant des années d’expertise, tant les gestes nécessitent une grande précision. Une fois le brasage terminé, elle passe à la sableuse, une machine qui aide à supprimer les imperfections, en projetant de l’air composé de grain de silice à très grande vitesse sur l’acier.

 

 

Un avenir éclairé

 

Durant notre visite on a eu l’occasion de croiser l’artiste sculpteur plasticien, Karl Sauvade. Le dernier élève de Serge Mouille et spécialiste du méthacrylate de méthyle. Il nous a fait part de son expérience avec le créateur-enseignant : “C’était un maître… ou alors un vrai professeur. Quelqu’un de directif. Il enseignait des méthodes de création. Il savait toujours comment tirer parti de la créativité de chacun, afin de produire quelque chose.” Une rencontre des plus enrichissantes.

 

Les luminaires en attente pour la dernière étape, le montage © WMO

 

Ces quelques heures passées à découvrir l’univers Serge Mouille se sont apparentées à une expérience hors du temps, un instant suspendu où seul l’amour du travail et de l’artisanat l’emportent. L’inspiration de Serge Mouille est là, sur chaque pièce et chaque forme. Les techniques employées sont d’une précision qui ne peut être acquise que par la main de ces femmes et hommes, mais avant tout, artisans. Les années de recherche du créateur, son authenticité, son savoir-faire et tout le processus de fabrication sont respectés à la lettre. Toutes ses valeurs fondatrices du créateur vivent grâce à la passion ce cette famille.

 

Applique à 2 bras pivotants et 1 courbe-1 © Editions Serge Mouille

 

Les Editions Serge Mouille éditent et ré-éditent trente cinq modèles différents et travaillent avec plus d’une quinzaine de collaborateurs. Fort d’un succès international, Les Editions Serge Mouille, fabriquent entre mille huit cent et deux mille lampes par an et se préparent à viser le marché chinois. Didier Delpiroux et sa fille Julia ont de beaux projets pour l’atelier, mais disons que ce sont encore des secrets de “fabrication”.

 

WMO