Chaise longue Contour, Tubes d'aluminium et toile de coton, 1953, Julien Hébert

Julien Hébert, père fondateur du design moderne québécois

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7 novembre 2017

« Julien Hébert (1917-1994) est au Québec ce que Walter Gropius est à l’Allemagne, Le Corbusier à la France et Frank Lloyd Wright aux Etats-Unis », introduit Martin Racine, directeur du département Design et Arts numériques à l’Université Concordia de Montréal.


Au milieu des années 40, après avoir étudié la sculpture aux Beaux-Arts de Montréal puis la philosophie, Julien Hébert se forme à Paris dans l’atelier d’Ossip Zadkine qui lui fait découvrir une approche plus moderne, moins académique de la sculpture. De retour à Montréal, il enseigne à son tour mais très vite, s’interroge sur le rôle du sculpteur dont l’art est essentiellement destiné à « une élite bourgeoise », selon les propos de Martin Racine. En 1951, il participe au premier concours de design du Canada et se fait recruter par un industriel pour dessiner du mobilier d’extérieur. En 1953, il signe la chaise « Contour » qui rencontre un grand succès au salon du meuble de Milan.

Julien Hébert, père fondateur du design moderne québécois
Chaise longue Contour, Tubes d'aluminium et toile de coton, 1953, Julien Hébert © Michel Brault


Le design comme « sculpture accessible »

Julien Hébert trouve ainsi sa voie dans le design, qu’il considère comme de « la sculpture accessible à tous ». Il commence alors à militer auprès du monde universitaire pour en faire un enseignement à part entière, un travail de longue haleine. Même l’École du meuble manifeste une certaine réticence, car l’approche artisanale est profondément ancrée dans les mentalités québécoises. Julien Hébert envisage quant à lui le design industriel comme le prolongement logique de l’artisanat. Il finit par convaincre et intègre l’Institut des arts appliqués (aujourd’hui regroupé à d’autres écoles au sein du CÉGEP du Vieux Montréal) où il forme une première génération de designers. 


1967 représente un tournant dans sa carrière, comme dans l’histoire du design moderne québécois. Conseiller pour l’exposition universelle de Montréal, il dessine entre autres le logo de la manifestation, du mobilier, des espaces intérieurs et extérieurs… Première occasion de diffusion du design auprès du grand public et de démonstration de ses qualités de designer pluridisciplinaire. 


Julien Hébert, père fondateur du design moderne québécois
Logo Terre des hommes - Expo 67 © Musée national des beaux-arts du Québec


Le revers de l’humilité ? 

Dans les années 70 et 80, il poursuit son objectif de concevoir, avec des matériaux locaux, des produits originaux et accessibles. « C’est un designer humaniste et philosophe qui a profondément marqué le design québécois », assure Martin Racine. On retrouve par exemple cette approche sociale, doublée d’un souci environnemental, dans le mobilier et les cuisines de l’entreprise montréalaise À Hauteur d’Homme (Hh), fondée en 2009 par Louis-Philippe Pratte.

Julien Hébert, père fondateur du design moderne québécois
A Hauteur d'Homme © copyright Martin Beaulieu

 « Le design québécois est qualitatif et humble », conclut Martin Racine. « Au Québec, il n’y a pas de designer-star comme en Europe. Même le nom de Michel Dallaire, dont les produits sont très répandus, n’est pas forcément connu du grand public ». « Le passage à la presse est très compliqué, intervient une personne de l’assistance. C’est un vrai combat de faire parler du design dans les médias québécois ». 


Julien Hébert, père fondateur du design moderne québécois
Julien Hébert, fondateur du design moderne au Québec, par Martin Racine


le 07.11.2017