Harry Bertoia célébré par Knoll

Le double hommage rendu à Harry Bertoia pour le centenaire de sa naissance, pendant le salon du meuble de Milan et à l’occasion des D’Days à Paris par la maison Knoll dans une scénographie de l’agence OMA, nous rappelle le parcours atypique de l’artiste-designer.

Issu d’une famille de paysans italiens modestes, Arieto Bertoia, né le 10 mars 1915 à San Lorenzo di Arzene, part à quinze ans retrouver son frère aîné aux Etats-Unis. Il s’y installe définitivement et américanise son prénom. Son intérêt pour l’art et le design le dirige vers la joaillerie artisanale. C’est grâce à une bourse reçue en 1937 pour étudier à la Cranbrook Educational Community, qu’il rencontre Walter Gropius, Edmund Bacon et Charles et Ray Eames. Il crée les alliances pour le couple, avec qui il collabore à la création de la chaise “Wire”. En 1950, il établit son propre studio en Pennsylvanie et commence à travailler avec Hans et Florence Knoll, également diplômée de Cranbrook. Le couple lui demande d’appliquer librement ses concepts artistiques à la réalisation d’un siège. “Nous lui avons laissé carte blanche pour ne pas entraver la créativité qui le distinguait déjà dans le paysage des créatifs de l’époque”, se souvient Florence Knoll.

L’“Asymmetric Chair”, Knoll

Il crée la “Diamond Chair” en 1952, pour laquelle il remporte le prix du Créateur de l’année en 1955. Constituée de fils d’acier soudés formant un treillis métallique supporté par de fins pieds en fil d’acier, sa fabrication était initialement manuelle, chaque fil étant cintré à la main avant d’être soudé. Il crée quatre autres chaises basées sur le même principe de fabrication : la chaise de table “Side”, le tabouret de bar “Barstool”, le fauteuil “Bird Lounge” et la chaise longue “Asymmetric”. “Si vous regardez ces sièges, ils sont faits principalement d’air, comme une sculpture. Ils sont traversés par l’espace”, observait-il. Une partie importante de l’exposition “Celebrate Harry Bertoia”, présentée par Knoll dans ses showrooms à Milan et à Paris, était consacrée à la conception de la “Diamond Chair”. La “Side Chair”, à structure en tube d’acier chromé et siège en polypropylène, était présentée dans une édition anniversaire en différents coloris. Au-delà de la collection de sièges, elle présentait un aperçu de l’œuvre éclectique de l’artiste, réunissant l’essentiel de son activité, ses sculptures, ses bijoux et ses dessins.


La “Small Diamond Chair”, Knoll

Le studio OMA, cofondé par l’architecte hollandais Rem Koolhaas, s’est “directement inspiré de la série de monotypes de Bertoia”, avec des espaces dédiés à la lecture et au visionnage de vidéos. “Ses bijoux, autre forme artistique qu’il a explorée, soulignent une fois de plus la diversité des matériaux utilisés par Bertoia, qui cherchait constamment de nouvelles interprétations des phénomènes naturels”. Créateur éclectique, Harry Bertoia s’est même intéressé à la musique avec ses sculptures sonores inspirées de la nature, du bruit et du mouvement de la végétation. Il explorait comment le métal peut être manipulé pour produire un son. En l’étirant et en le pliant, soumis au vent ou au toucher, il produit des tonalités différentes. Harry Bertoia a enregistré une dizaine d’albums, intitulés “Sonambient”, à partir de la musique créée par ses sculptures. Ces enregistrements ont été réédités cette année. Moins d’un mois avant sa disparition le 6 novembre 1978, à l’âge de 63 ans, il écrivait : “Je ne vous quitte pas. Chaque fois que vous verrez des cimes d’arbres mues par le vent, vous penserez à moi.”


Astrid Avédissian

Une affiche publicitaire pour la “Diamond Chair” d’Harry Bertoia
Une affiche publicitaire pour la “Diamond Chair” d’Harry Bertoia
La “Bird Chair”, Knoll