Jay Osgerby, Edward Barber et la chaise “DLWPC” pour Established & Sons

Barber Osgerby, du "slow-design"

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3 novembre 2017

En 32 ans, Intramuros a rencontré les plus grands designers de la profession et a fait émerger les plus jeunes et prometteurs en leur donnant une visibilité toute légitime. Chaque semaine la rédaction a décidé de vous faire découvrir ou redécouvrir des entretiens devenus cultes...
"In the making", une exposition d'Edward Barber et Jay Osgerby sur le processus de création est inaugurée le 8 novembre à Abu Dhabi, Warehouse 421. Conçue par Universal Design Studio, leur agence d'architecture, l'exposition révèle les objets en état de fabrication et met en avant leur état de finition provisoire. Jay Osgerby tiendra une conférence sur le "design process", l'occasion de relire leur portrait réalisé par Bénédicte Duhalde, en juillet 2007, dans le numéro 131.


Derrière la signature “BarberOsgerby”, se profilent deux jeunes designers anglais de moins de quarante ans : Edward Barber et Jay Osgerby. De Cappellini en Flos, d’Established & Sons en ClassiCon ou Magis, ils ponctuaient de leurs produits simples et perspicaces, efficaces et silencieux, le dernier Salon du Meuble de Milan. 

Enfance de designers 

Ils se sont rencontrés au Royal College of Art à Londres, section architecture intérieure. Edward, le plus grand, est né à Shrewsbury en 1969, Jay, le plus petit est né à Oxford la même année. L’un a commencé son parcours design à Leeds, le second à Ravensbourne. Originaires du cœur de l’Angleterre, nés au cœur de la campagne anglaise, ils n’ont pas souvenir de jeux électroniques mais de maquettes de bateaux, d’arcs et de flèches qu’ils taillaient eux-mêmes. Une enfance de designer “cliché”, standard, conventionnelle, mais finalement rassurante. En graine de designer, ils aiment les profils d’ailes d’avions autant que les silhouettes de bateaux ou les rambardes d’autoroute. Sur les bateaux, les outils d’accastillage, poulies, mousquetons, manilles... et le jeu des matériaux nobles les fascinent. Chaque détail y a une fonction, chaque fonction une esthétique, et tout fonctionne merveilleusement.
Diplômes en 1995, ils ouvrent leur studio en 1996 et tout va très vite. Sur le salon 100% Design, ils présentent la table “Loop”, (fabrication Isokon), une table en bois courbé, construite autour d’un vide, table basse qui n’a pas de fonction essentielle mais est le centre même de l’espace. Remarquée par Giulio Cappellini, elle rentre au catalogue du fabricant italien et très vite dans les collections permanentes du Victoria & Albert Museum à Londres et au Metropolitan Museum de New York. 

Barber Osgerby, du "slow-design"
“Shell”, table et chaises en métal plié peint. Cappellini, Compasso d’Oro en 2004


Dès lors tranquillement, ils dessinent pour les plus grandes marques (Authentics, ClassiCon, Isokon, Magis, Quodes, Swedese, Venini...) des objets modestes, clairs, cohérents, sans prétention. Leur objectif, dessiner des produits que le consommateur va trouver plaisant, qu’il aimera utiliser et posséder. Ils appliquent alors une rigueur toute pragmatique à tous leurs projets. Ils se veulent loin d’un design purement conceptuel. Derrière chaque trait des produits qu’ils dessinent se trouve une explication. “Les produits que l’on dessine sont faits pour durer”, insistent-ils. Comme le banc en chêne qu’ils réalisent pour la cathédrale Saint Thomas de Portsmouth (Isokon), dessiné pour plus de cent ans, suffisamment solide pour accueillir trois personnes mais suffisamment léger pour être déplacé par une seule. C’est cette expérience qui les amènera à remeubler le pavillon De La Warr, un bâtiment construit en 1935 par l’architecte moderniste Eric Mendelsohn à Bexhill-on-See dans le Sussex. Succéder à Alvar Aalto, le designer du mobilier original, n’était pas facile. Déclinant l’idée de la très belle rambarde du bâtiment, ils signent une chaise en fonte d’aluminium éditée par Established & Sons avec un piètement arrière qui reprend le profil de la balustrade. Dessinée en rouge pour le célèbre pavillon, elle se détache avec force sur fond d’architecture moderne.
C’est pour gérer leurs projets d’architecture, qu’ils fondent en 2001 l’Universal Design Studio. Il leur permet de gérer indépendamment leurs projets d’architecture intérieure et leurs projets de mobilier, Ils travaillent, avec Stella Mac Cartney dans une collaboration commune pour le magasin de la Bruton Street à Londres, une série de carrelage au motif géométrique. Un effet sobre et décoratif comme elle le souhaitait. Damien Hirst, Paul Smith ou Selfridge comptent aussi parmi leurs clients. Mais ils préfèrent le projet à l’échelle du mobilier, tangible, proche du détail et du corps. Ils préservent, dans leur organisation d’agence, une structure souple prête à intervenir sur de grands chantiers comme l’aménagement de boutiques, et à reprendre sa taille plus modeste pour développer les objets.
Dans leur approche, ils n’aiment pas le sujet libre, n’aiment pas la page blanche. “Un produit n’est réussi que s’il naît de contraintes”. Pour les boutiques Levi’s, ils ont développé un concept de cintres pour présenter les jeans Twisted. Donner aux portemanteaux et aux vêtements la troisième dimension que déclinait la marque, c’était le challenge. 

Matériaux pointus 

A la clé de leur recherche, les matériaux, qu’ils soignent et qu’ils exploitent avec passion, attachés à développer leurs produits au sein de petits ateliers industriels pointus qui font encore partie du paysage industriel britannique. La table “Zero In” qu’ils développent en 2005 avec Established & Sons se construit à partir d’un apparent ruban de polyester moulé et laqué, fermée d’un plateau de verre. L’effet optique du pliage déplace savamment le point de convergence, créant une perturbation visuelle. La fabrication est réalisée dans un atelier qui réserve habituellement ses techniques à l’industrie automobile, des ateliers pour eux expérimentaux. 

Barber Osgerby, du "slow-design"
Table “Zero-In”, édition limitée. Established & sons

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En avril, ils assuraient une belle présence sur le Salon du Meuble de Milan, pour Established & Sons, le canapé “Panoramic”, un système d’assise confortable, modulable dans ses formes, disponible pour les hôtels comme pour l’environnement domestique. Son dossier rigide en mous- se de polyuréthane, lui permet d’être apprécié de multiples points de vue. 

Barber Osgerby, du "slow-design"
“Panoramic”, système d’assise modulable. Establish

 

Pour Flos, la lampe “Tab” dessinée comme l’hélice d’un sous-marin, version basse, version haute ou version applique que l’on a tout de suite envie d’orienter et de réorienter sans fin. Il a fallu douze mois pour tester cette petite lampe halogène dont le réflecteur est protégé par une pièce de céramique de haute technologie, détail que les copieurs ne peuvent mettre en place. Pour Cappellini, une table en marbre. Dessinée pour un collectionneur, la table “Bottle” se construit comme un lego, le plateau en marbre s’emboîtant sur un pied central massif grâce à un système original d’encastrement. Derrière l’apparente lourdeur, une construction simple. “Le plateau se soulève à deux personnes, le pied se roule, notre client ne voulait pas de pieds multiples et voulait les associer dans de grandes configurations.” Ils dédramatisent l’effet du marbre et opposent l’effet massif du piétement, une silhouette de bouteille surdimensionnée, au profil aiguisé du plateau. Autre présence, sur le stand ClassiCon, à côté des étagères “Paris” en bois et métal plié présentées en 2004, ils exposaient le portemanteau “Saturn”. “C’est un porte- manteau sculpture, fait de trois éléments en bouleau cintré semblables, ajustés entre eux, ce qui optimise le coût de production.

Barber Osgerby, du "slow-design"
La bibliothèque “Paris”, étagères en bois et séparations en métal, ClassiCon

   

Barber Osgerby, du "slow-design"
"Saturn”, un portemanteau en bois cintré pour Classicon

 

  “Timeless”, c’est ainsi qu’ils qualifient leurs produits. Fonctionnalité et sobriété priment avant tout. Ils ont fait le choix de faire simple, et lentement d’offrir à l’usager une facilité d’accès immédiat. L’approche d’Edward Barber et de Jay Osgerby fait appel aux techniques traditionnelles comme aux technologies de pointe, et recadre avec pertinence les frontières éclatées du territoire design.


le 03.11.2017