ABIGAIL AHERN : un design subtilement dramatique entre le brut et le raffiné

L’édition 2018 du Formex à Stockholm a été marqué par la présence de la créatrice anglaise, Abigail Ahern, une figure phare du design intérieur londonien. Son style baroque et ses créations botaniques ont attiré l’œil de nombreux visiteurs durant le salon, mais qui est-elle réellement?

 

 

Abigail Ahern est, ce que l’on appelle une créatrice de goûts influente. Elle est pionnière dans le domaine des « fausses –fleurs » ou des palettes de couleurs sombres et d’encres, et semble toujours avoir un pas d’avance dans l’univers du design. Ses créations avant-gardistes sont associées à des termes comme “glamour”, “éclectisme” et “humour britannique”. Le W magazine la présente comme étant “L’une des designeuses les plus passionnantes au monde”.

 

 

Atelier Abigail Ahern à Barnsbury, en Grande-Bretagne ©Graham Atkins Hughes

 

Elle commence sa carrière aux États-Unis où elle travaille pour des propriétés résidentielles à l’hôtel Ritz Carlton Palm Beach. En manque “d’excentricité anglaise”, elle rentre en Grande-Bretagne en 2003 et ouvre sa boutique de vente au détail. Aujourd’hui, c’est l’une des plus branchées de tout le Royaume-Uni !

 

Ses fleurs artificielles et sa gamme de peintures foncées ont séduit les spécialistes du design, de la presse et des célébrités. Gwyneth Paltrow ne tarit pas d’éloges sur elle : “Elle change la sensation d’une pièce avec son talent pour les arrangements artistiques”.

 

La créatrice compte à son actif, un blog sur le style de vie qui est l’un des plus influents du Royaume-Uni et des livres à succès publiés en France, en Allemagne, en Espagne, en Australie. Elle écrit une chronique régulière pour le Daily Mail et The Independent décrit sa plume de la sorte : “Chaque article sur le blog addictif d’Abigail Ahern se lit comme une lettre d’amour à votre domicile”.

 

Rencontre avec une designeuse inattendue

 

Lors du Formex en août 2018, Abigail Ahern s’est vu confier en plus de son statut de guest star, l’aménagement d’un espace de 200 m² , qu’elle a décrypté pour Intramuros.

 

Qu’avez-vous voulu exprimer à travers votre stand?

 

Avec l’émergence des nouvelles technologies, je pense que les gens ont de plus en plus besoin de se recentrer sur eux-mêmes, d’avoir des endroits où prendre du recul, réfléchir, se détendre ou lire tout simplement. Les gens sont complètement obnubilés par l’ordre, nos vies sont réglées à la minute près. J’ai voulu créer une pièce à vivre, une sorte de loge extérieur aux allures d’appartement sauvage. Ici, tout est fait pour déstabiliser le visiteur. Pas de ligne droite, on pivote et slalome entre les objets. Mon objectif était de faire en sorte que les visiteurs soient constamment en éveil, qu’ils ne puissent s’habituer à un chemin ou qu’ils ne tombent pas dans la routine. Un parfait exemple d’ «Unexpected Gathering » [NDLR : Rencontres inattendues]. Des rencontres inattendues avec le côté barge et bordélique anglais, mixé au cosy et classicisme scandinave.

 

Stand Abigail Ahern au Formex 2018 (Août 2018) © Formex

 

Votre stand est aussi à l’image de votre profil…

 

J’ai souhaité refléter mes deux métiers, productrice de fleurs artificielles et designer d’intérieur. Je n’aime pas les choses rectilignes, j’aime me sentir dans un endroit glamour, mais pas prétentieux. Le style est difficile à expliquer…c’est un mélange de glamour chic, une collision entre le brut et le raffiné. Dès que vous peignez quelque chose de sombre, il devient sophistiqué et vous créez un drame en jouant avec les dimensions et les formes.

 

 

N’est-ce pas compliqué de travailler avec votre sœur?

 

Nous avons toujours voulu travailler ensemble même s’il fallait d’abord que chacune trouve sa voie pour qu’on puisse mieux se retrouver. Elle est fleuriste de métier et moi, designer. Elle se charge de la partie création et j’apporte mon grain de folie à l”édifice. On fonctionne de façon fusionnelle comme ça depuis 14 ans. Comme quoi, c’est faisable.

 

Pourquoi ce tournant majeur vers le sombre en 2007?

 

J’ai toujours vécu dans des maisons blanches, aux murs blancs. Un jour, j’en ai eu assez et je me suis mise à peindre un de mes murs en noir. C’est alors que je me suis rendu compte que ça faisait ressortir mon mobilier, mes tableaux, etc. Le résultat m’a tellement plu que j’ai voulu garder cette impulsion et la donner à mon travail et jusqu’ici, je suis plutôt satisfaite.

 

Boutique Abigail Ahern © Abigail Ahern

 

Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite?

 

De réussir notre développement international (rires). Être designer, ne signifie pas être bon businessman. Nous sommes tout de même bien conseillées et nous partons en Chine pour être au cœur de nos centres de production. De plus, je voudrais créer davantage de lignes de produits, me focaliser sur les objets en plus de la partie botanique. Bien évidemment, plus de création sur salon bien sûr! Enfin, je lance une émission en coproduction avec Netflix afin de parler de ce que j’aime.

 

Propos recueillis par Louis Leclerc.

 

WMO