Le Corbusier, une architecture à hauteur d’homme
01/05/2015
Le Corbusier, une architecture à hauteur d’homme

Le Corbusier, architecte, urbaniste, designer, peintre et sculpteur, a fait l’objet d’une rétrospective au Centre Pompidou à l’occasion du cinquantenaire de son décès.

Peut-on croire qu’il y avait deux Le Corbusier, deux périodes, comme il y avait deux Nietzsche, deux Wittgenstein ?”, s’interroge Frédéric Migayrou, commissaire au Centre Pompidou, qui se réfère à Richard Padovan : “Le Corbusier crée perpétuellement de fausses pistes (parfaitement inutiles) pour apparaître plus innovant et plus original qu’il n’était en réalité. En particulier, il a minimisé sa dette vis-vis de Peter Behrens et de son expérience allemande en général”. Auteur de trente-quatre livres et de soixante-dix-huit édifices bâtis dans douze pays, fondateur avec Amédée Ozenfant du purisme et de la revue L’Esprit nouveau, Le Corbusier, né Charles-Edouard Jeanneret en Suisse en 1887, naturalisé français en 1930, est influencé lors de sa formation en Allemagne par les théories de l’esthétique scientifique, où tout peut être mesuré, y compris les sensations et les réactions cognitives.

Le fauteuil “LC1” conçu avec Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand, Cassina I maestri

Dans les années 40, il dessine le “Modulor”, une silhouette humaine standardisée d’1,83 mètre basée sur le nombre d’or, pour concevoir la structure et la taille des unités d’habitation*. À travers trois cents œuvres (peintures, sculptures, dessins, maquettes, objets), des films, des photographies et des documents, le Centre Pompidou présente son œuvre à hauteur d’homme, s’imposant à lui comme un principe universel. L’exposition, réalisée avec le concours de La Fondation Le Corbusier, s’ouvre sur l’influence des tracés régulateurs de Peter Behrens (chez qui Le Corbusier effectue un stage, où il côtoie Mies van der Rohe et Walter Gropius. Tous trois seront considérés comme les principaux représentants du mouvement moderne). L’ensemble des pièces prototypes des meubles de la série “L.C.” est exposé. “Nous avons privilégié les pièces présentées au Salon d’Automne de 1929, qui s’inscrivent dans ses recherches sur le mouvement”, précise le co-commissaire Olivier Cinqualbre. Une salle est dédiée à la période acoustique de Le Corbusier, qui s’attache à la concrétisation d’un espace spirituel communautaire fondé sur la compréhension de l’espace indicible. Près de Saint-Etienne, l’église Saint-Pierre du site de Firminy (le plus important au monde réalisé par Le Corbusier après Chandigarh), présente jusqu’au 28 septembre “Playing Fibonacci, the Pavillon of White Noise”, de l’artiste sonore Yuri Suzuki.

L’église Saint-Pierre de Firminy © Saint-Etienne Métropole / FLC

Côté édition, plusieurs parutions récentes s’attellent à la démystification du maître. Avec Le Corbusier, un fascisme français, Xavier de Jarcy, journaliste à Télérama, a entrepris de restituer “dans leur contexte, les éléments historiques et critiques éclairant sous l’angle politique, sa pensée et son action”, en s’appuyant sur les travaux de nombreux historiens et en se gardant “de juger ou de diaboliser”. Il affirme que “Le Corbusier s’est imposé car il a réussi à faire oublier son passé. Le plus effrayant n’est pas que l’architecte le plus connu au monde ait été un militant fasciste. C’est de découvrir qu’un voile de silence et de mensonge a été jeté” sur son histoire. Il aimerait “que plus aucune exposition, plus aucun livre consacré à Le Corbusier n’oublie de rappeler sa part d’ombre” et estime que les historiens français devraient, comme leurs confrères américains depuis quelques années, “se demander si le fascisme n’a pas été inextricablement mêlé à la modernité.” L’architecte Marc Perelman analyse la “froide vision du monde” de celui qui “a rendu possible les courants architecturaux et urbanistiques les plus radicaux d’aujourd’hui”. L’architecte François Chaslin livre quant à lui “un portrait qui tente de multiplier les angles de vue et d’ouvrir la perspective sur un objet trop célébré et devenu immuable, marmoréen en un sens ou peut-être bétonné : l’architecte Le Corbusier”.

La chapelle Notre Dame du Haut à Ronchamp

Enfin, dans Le Corbusier, le Grand, Jean-Louis Cohen note que “ses messages intimes sont révélateurs de sa double personnalité”, dévoilée dans une lettre à Josef Cerv : “Le Corbusier est un pseudonyme. Le Corbusier fait de l’architecture, exclusivement. Il poursuit des idées désintéressées. Il n’a pas le droit de se compromettre dans les trahisons, les accommodements. C’est une entité débarrassée du poids de la chair. […] Charles-Edouard Jeanneret est l’homme de chair qui a couru toutes les aventures radieuses ou désespérantes d’une vie assez mouvementée. Charles-Edouard Jeanneret fait de la peinture car, n’étant pas peintre, il s’est toujours passionné pour la peinture et il en a toujours fait – peintre du dimanche.” L’exposition du Centre Pompidou se clôt sur “Le Cabanon”, cellule d’habitation construite sur un rocher de bord de mer à Roquebrune-Cap-Martin, où Le Corbusier exprime sa volonté de vivre dans un espace minimal, presque nu. C’est en contrebas qu’il disparaît lors d’une de ses baignades quotidiennes. Cinquante ans après, le créateur suscite encore beaucoup d’intérêt.

Projecteur 365, design Le Corbusier, Nemo

En avril 2015, au Salon du Meuble de Milan, la marque Nemo exposait “La Luce”, une réédition de luminaires de Charlotte Perriand et Le Corbusier, destinés à la maison La Roche, à la Cité Radieuse et au Capitole de Chandigarh. Cassina, qui a eu l’intelligence dès 1965 d’acquérir les droits pour éditer le mobilier du maître, n’en finit pas de ressortir des cartons des dessins signés Perriand, Jeanneret, Le Corbusier.


Astrid Avédissian

La chaise longue “LC4” conçue avec Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand, Cassina I maestri
Le toit-terrasse de la Cité Radieuse à Marseille © Marie Clavier
Le fauteuil “LC2” conçu avec Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand, Cassina I maestri
La Villa Savoye à Poissy
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Jaime Hayon, designer fantaisiste
02/03/2015
Jaime Hayon, designer fantaisiste

Jaime Hayon, designer espagnol et fantaisiste, signe des créations pour BD Barcelona, Fritz Hansen, Baccarat, Cassina, BMW, Magis…

Chef de file d’une génération de designers affranchis, capables de revendiquer le retour au style comme une signature singulière et unique, Jaime Hayon a lui-même du mal à se portraiturer. Et à qualifier un design, empreint d’étrange et de beauté, de formes et de fonctionnalités. Décomplexé du discours, il évoque d’emblée un puits d’inspirations plurielles, allant de Jeff Koons à Salvador Dali en passant par ses confrères maestros (Jasper Morisson pour son minimalisme et sa radicale acuité – Joseph Hoffman, créateur de la Sécession Viennoise et digne représentant de la charnière entre l’Art Nouveau et l’Art Déco). Rien d’étonnant à voir dans cette référence la ligne forte du flamboyant Hayon, créateur insatiable et drôle, avant tout amuseur amusant. Et surtout amusé.

Des études de couleurs pour la collection de vases “Crystal Candy” pour Baccarat

Raconter Jaime Hayon, le peindre dans son jus pour en extraire le sens, induit de s’abandonner à la vie et à sa philosophie : “Je suis né à Madrid en 1974, à l’heure d’une Espagne postfranquiste, extrêmement optimiste et pleine de positivité. Ma famille, juive sépharade mais libérale, m’a inculqué la liberté de penser et d’agir, en restant en éveil, curieux et avide de découvertes. L’envie de devenir designer s’est présentée lors d’un séjour d’un an aux États-Unis. Alors âgé de 16 ans, j’ai saisi l’opportunité de rencontrer un certain nombre de gens qui étaient liés à l’Université Californienne de Pasadena. Les mêmes qui me détectant artiste m’ont alors conseillé de me confronter au champ tridimensionnel. De retour en Espagne pour suivre mes études supérieures, je me suis donc inscrit dans une école qui inaugurait une section consacrée au design industriel. J’y ai découvert une scène très ouverte. Je n’étais pas passionné de design pour apporter une réponse à une problématique. Ma volonté était à l’origine de créer de belles pièces en 3D. Après une dernière année d’étude aux Arts Décoratifs à Paris, j’ai rejoint l’Italie en 1996. L’Espagne était déjà en crise et il était hors de question pour moi d’y retourner. J’ai donc choisi de rejoindre la Fabrica, le centre de recherche en communication du groupe Benetton, initié par le photographe Oliviero Toscani”. Jusque-là concentré sur l’organisation d’expositions et la production de films, Jaime Hayon ne se démonte pas et propose derechef de créer un département Design. Devenant à 22 ans le directeur artistique de ce département, l’histoire du designer-artiste se met en marche et ne cesse de défricher l’Europe. Jaime l’avoue sans sourciller “Je suis espagnol par mes gènes. De ces racines solaires, j’ai la passion, voire la folie d’un Gaudi même si j’ai construit ma grammaire, mon langage ailleurs, sur les routes d’un monde qui n’a pour seule contrainte que celle que l’on se crée. J’ai toujours envisagé le design comme une discipline ouverte, profondément positive. J’ai tâtonné au début entre le fonctionnel et le formel, puis je m’en suis remis à ma propre philosophie de vie. Au fur et à mesure de mes rencontres m’est apparue une solution un peu hybride entre le design expressif, qui est joyeux et généreux sans oublier d’être fonctionnel. Lorsqu’on essaye de me cartographier aujourd’hui, je me sens à la fois designer très artiste, mais en même temps profondément designer lorsque l’on me regarde simplement comme un artiste. Le design est une plateforme de réflexion qui analyse nos mœurs et qui trouve les méthodes pour donner forme et émotion au projet, dans le respect de la fonction. Le design, beaucoup plus direct aujourd’hui, possède une densité culturelle car il doit durer, être bien fait, relever d’une expérimentation permanente tout en restant beau”.

Jaime Hayon et sa série de vases “Gardenias” pour BD Barcelona

En fondant son studio à Trévise aux débuts des années 2000, Hayon met en pratique son appétit de découvertes, sa curiosité XXL qui le conduira jusqu’à Londres, avant de se réinstaller récemment au Pays et de baser son agence à Valence où il travaille et vit. Tout en conservant son antenne italienne et en dirigeant à distance un petit bureau couvrant ses collaborations asiatiques depuis Aoyama-Tokyo, le designer espagnol signe depuis 15 ans un livre en écriture perpétuelle. Un livre en forme de petit traité de l’objet, où les chimères côtoient les corps étrangers, où l’onirisme latin s’enivre du minimalisme scandinave. Et où le maître mot plaisir se retrouve de la gestation de l’idée à sa matérialisation en dur, créations défiant à chaque fois les rêves. Après avoir séduit ses concitoyens ibériques (ArtQuitect, BD Barcelona, Lladro, Bossa Design, Metalarte), Jaime Hayon est aujourd’hui abondamment signé. Pour exemple, son travail avec Fritz Hansen lui permet depuis sept ans de repenser l’habitat global et de réfléchir la manière selon laquelle les choses doivent être produites en fonction de notre époque, en pensant au prix, à la construction, à l’écologie. Volubile et prolixe, adorateur de la technologie lorsqu’elle est bien utilisée, Hayon est par-dessus tout un jongleur, un fantassin subtil de la créativité. 

Le fauteuil “Ro” pour Fritz Hansen

“Je suis dans l’exil complet. J’ai choisi de vivre où je voulais car on peut vivre n’importe où aujourd’hui. J’ai tellement bougé au fil de ma carrière que certains ne savent plus vraiment où j’habite. Si l’économie du pays n’est pas bonne, j’admire le fait que l’Espagne, quand il y a crise, déploie toujours de nouvelles énergies afin de changer la donne, d’insuffler ce vent de nouveauté, car les Espagnols veulent rêver et aller ailleurs. En cela, Valence me convient car son chaos me stimule plus que des villes belles et organisées. J’ai besoin de la mer, de m’asseoir dans un bar anonyme, de me mettre sous un parasol le matin avec mes carnets de croquis et un excellent café. Je commence à travailler à l’aube avec l’Asie et je finis mes journées en connexion avec les États-Unis. Le marché espagnol n’est pas bon en ce moment mais le pire est passé. Les choses sont en train de s’arranger”. Dessinateur insatiable, Jaime Hayon a fondé sa carrière sur l’observation, inspiré par les choses les plus banales de la vie. En ce sens, il aime citer comme ouvrage favori l’encyclopédie du Larousse illustré. Car ouvrir une page au hasard et voir une image s’avère toujours stimulant comme point de départ de la réflexion. Du sport aux Indiens, tout peut déclencher un processus de création avant même de penser à la matière, au processus industriel, aux conversations avec les entreprises. De sa réinvention de la chambre 506 créée en 1958 par Arne Jacobsen pour l’emblématique Radisson Blu Royal Hôtel de Copenhague à son travail tout en minutie sur la collection “Frames” signée pour la petite société valencienne Expormim, le designer nomade s’avère aussi à l’aise dans le narratif que le contemplatif, le confort et la flexibilité.

Le canapé “Vico” pour Cassina

Après avoir terminé la boutique Nirav Modi à New Delhi, lancé sa nouvelle collection de montres “Monochrome” pour la marque horlogère suisse Orolog, signé des boutiques Camper à travers le monde et créé des bestiaires pour la cristallerie Baccarat, Jaime Hayon imagine à l’heure actuelle un hôtel à Madrid et tourne à vive allure en prévision du Salon du meuble de Milan 2015 (rare Furniture Fair ayant valeur à ses yeux car “la ville se transforme au-delà du salon et se met à vibrer de créativité…”). Il y a présenté sa première chaise en plastique conçue pour Magis, une bergère, petite table et lampe pour Ceccotti. Dans le registre de la haute-technologie, il a révélé en avant-première mondiale son mini-engin pliable roulant à 20km/h imaginé pour la marque BMW Mini. Réflexion sur l’urbain, sur les lumières et les insignes de la ville, ce travail de prototype était montré à travers une installation artistique qui lui ressemble. Au-delà d’une production toujours ludique, drôle et décalée, son projet du moment le plus cher relève de sa sphère privée et concerne la réhabilitation de sa future maison située à 10 minutes de Valence. Dans un ouvrage classique datant de 1905 et acheté à l’état de ruine, il travaille avec sa femme sur une architecture très simple, basée sur l’idée d’ombres et lumières créées à travers un jeu de courbes et d’angles droits. Hommage à ses racines méditerranéennes, ce projet s’avère bien plus symbolique en soi, puisqu’il y voit la création d’une fondation parentale, leg de l’histoire familiale pour ses propres enfants.

Une esquisse de l’installation de Jaime Hayon pour Mini au Salon du Meuble de Milan en avril

Sans jamais oublier d’où il vient, Jaime Hayon fait partie aujourd’hui de ces rares personnes capables de faire plus que de dire, et d’insuffler joie et humour à la création. Fait suffisamment rare pour être souligné, et en total symbiose avec un personnage haut en couleur, homme de conviction et d’action, incapable de parler de ses rêves de designer mais capable de rêver de ses belles tomates, de son vin et des saucissons qu’il produit. Lorsque les choses annexes deviennent connexes, Hayon sait toujours s’en inspirer, préférant toujours regarder autour et ailleurs que dedans.


Yann Siliec

La collection de luminaires “Aballs” pour Parachilna
L’aménagement de la boutique Camper à Tokyo
Au sol, un des motifs de carreaux de carrelage dessinés par Jaime Hayon pour Bisazza
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José Antonio Coderch, hommage à l’architecte
02/03/2015
José Antonio Coderch, hommage à l’architecte

Le design-store Minim de Barcelone a organisé une exposition dédiée à José Antonio Coderch (1913 – 1984), architecte et designer catalan, maître-penseur dont l’œuvre et la méthode ont rayonné dans la deuxième partie du XXème siècle.

Minim est installé au rez-de-chaussée d’un édifice de Coderch ; l’établissement gère aussi le showroom Bulthaup situé dans un autre édifice du même architecte. L’initiative de Ginès Gorriz, copropriétaire et commissaire de l’exposition avec Elina Vila, expose un projet inédit de Coderch, recrée un espace intérieur qu’il a habité, met en scène des objets qu’il a créés et présente un film passionnant (produit par la maison pour l’occasion et réalisé par Poldo Pomès), où plusieurs architectes et designers évoquent ce personnage mythique. Sans Coderch, il serait impossible d’appréhender la filiation entre les modernistes – Gaudi, Domenech, Puig, Jujol, etc. – et la scène catalane contemporaine.

Au showroom Minim, une scénographie recrée le séjour d’une maison de campagne de J. A. Coderch © Mihail Moldoveanu

Le titre de l’exposition annonce la présentation de “L’héritage” (La Herencia), son dernier projet, fort complexe, jamais réalisé et retrouvé il y a peu. Vers la fin de sa vie, Coderch voulait donner une solution magistrale aux problèmes de l’habitat collectif, thème qu’il avait abordé de manière originale dans son œuvre construite. Il a ici défini une structure qui favorise la flexibilité d’association de modules, horizontalement et verticalement. La morphologie des unités d’habitations se modifie en suivant les variations de la composition des familles, dans une sorte de Rubik’s Cube étonnant. Le parcours gravite autour d’une installation : une lampe Disa gigantesque. Le modèle original – conçu en 1957, et toujours distribué par Minim- est probablement l’objet le plus connu de l’univers de Coderch ; il est consacré aussi grâce à un petit dessin sur une carte postale admirative envoyée par Picasso depuis la Côte d’Azur (que l’on peut contempler dans la section documentaire). Une autre lampe – la Cister, de 1970, toujours produite – est également présente dans le parcours, avec la cheminée Capilla, de 1952, confection métallique svelte qui adapte à la modernité un savoir-faire traditionnel de Minorque.

L’installation principale de l’exposition est une lampe “Disa” dans laquelle le visiteur est invité à pénétrer © Mihail Moldoveanu

Près de l’entrée de Minim se trouve le fragment du séjour d’une maison de campagne aménagée et habitée par Coderch (près de Cadaques) dans lequel la lumière diurne est filtrée par un système de lamelles en bois réglables, nommé Llambi (toujours fabriqué, comme d’autres modèles de persiennes dessinées par le maître). Quelques fauteuils Safari et des tables existantes – modifiés selon ses goûts -, y sont aménagés, ainsi que des lampes de Miguel Milà ou de Federico Correa et Alfonso Milà, d’autres lampes “maison”, une cheminée Capilla, ses pipes, ses cartes de jeux, son whisky, la musique qui lui plaisait et certains de ses livres (il était francophile et aimait Simenon). On peut voir également quelques objets qu’il avait réalisé pour son propre usage : un sac de voyage, diverses boîtes et un porte-bûches en cuir. La réputation de José Antonio Coderch prit une dimension internationale en 1951, quand il reçut le Grand Prix de la Triennale de Milan pour son travail en tant qu’architecte du pavillon de l’Espagne. Gio Ponti le prit en affection, l’influence italienne de ses années de jeunesse est essentielle pour comprendre le personnage et sa trajectoire. Il était proche de Gardella, Magistretti, Aldo van Eyck… – le groupe qui gravitait autour du Domus dirigé par Gio Ponti.

La cheminée “Capilla”, design José Antonio Coderch © Mihail Moldoveanu

Au fil des années, Coderch s’est taillé un statut de “sage”, peaufinant une doctrine pragmatique, anti-idéologique, avec des penchants plutôt conservateurs. Il détestait le Bauhaus – pour son idéologie “rouge” – mais appréciait beaucoup l’amitié de son premier directeur, Walter Gropius. Il tenait en haute estime Alvar Aalto et Mies Van Der Rohe, mais ne reconnaissait aucune qualité à Le Corbusier, son exemple négatif de prédilection. Coderch appréciait beaucoup Gaudi et Jujol (qui fut son professeur) : il partageait avec eux une aversion pour les surfaces lisses de grandes dimensions, les rectangles ou les carrés “d’une hauteur terrible”. Et Mies ? Ah oui, “Mies pouvait faire ce qu’il voulait, simplement parce qu’il était un grand maître”. Parmi ses nombreuses réalisations, la Casa de la Marina, en 1951 – immeuble d’habitations en plein cœur de la Barceloneta – et la même année, la Casa Ugalde, avec ses sept vues sur la mer – une maison individuelle près de Barcelone – sont aujourd’hui les symboles avérés d’un souffle nouveau. Son concept de façade (filtre, protection et transition) et la sensibilité avec laquelle il a interprété la vie domestique sont probablement les traits les plus évidents de son œuvre ; il rêvait d’une nouvelle tradition issue du vernaculaire. Ami de Marcel Duchamp, de Richard Neutra et de beaucoup d’autres créateurs, cet homme était au premier abord difficile. Sans avoir le profil idéal d’un professeur, son héritage est cependant exceptionnel. Le savoir-faire et l’esprit de Coderch se sont transmis aux générations futures par Alfonso Milà. Tout une mouvance d’architectes et de designers se réclame en divers points de Coderch : des personnalités comme Oscar Tusquets, Luis Clotet, Dani Freixes, Pepe Cortès, Fernando Amat, Carlos Ferrater, Josep Llinàs, Eduardo Samso, Emili Donato, Tonet Sunyer, Octavio Mestre, Enric Soria, Jordi Garcès, Alfredo Arribas, Jaume Bach, Gabriel Mora…


Mihail Moldoveanu

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Studio 45 KILO, un design minimaliste et efficace
02/03/2015
Studio 45 KILO, un design minimaliste et efficace

Le studio 45 KILO a été créé en 2007 à Berlin par Philipp Schöpfer et Daniel Klapsing, pendant leurs études en design produit à la Bauhaus Université de Weimar.

Pendant qu’ils développaient de nouveaux produits au sein de 45 KILO, ils créent un nouveau label, My KILOS, qui se concentre sur une production sérielle et la distribution. Ils ont exposé partout, à l’imm à Cologne ou à Maison & Objet, à Berlin sur DMY, à Milan sur le Satellitte ou à Francfort sur le salon Ambiente. Qu’ils dessinent des boîtes à pain avec planches à découper discrètement dessinées en chapeau ou de simples portants en acier pour faire garde-robe, leurs propositions sont simples minimalistes, ergonomiques et légères. Leur Berlin Studio Kitchen est une association de casiers en plastique combinés avec un plan de travail en cuivre brut à l’effet radicalement industriel. Pour éclairer l’ensemble, une vache à lait suspendue (Hang Jack) permet de brancher une série de prises sur lesquelles visser différentes ampoules, véritable lustre industriel.

Le système de rangement modulable “Berlin Block” s’inspire avec simplicité des bâtiments préfabriqués de la capitale allemande

On sent dans leurs tables et leurs luminaires de sérieux hommages à Jean Prouvé (Busy Table et Hallo Work) ou à Egon Eiermann avec l’Egon Table, simple et classique, au piétement tubulaire avec plateau en bois et tiroirs, ou le Egon Coatrack, disponible chez Hans Hansen. À chaque fois, l’essentiel est atteint avec un minimum de matières et des formes simples. Et pour diffuser leurs collections, ils ont créé le site mykilos.de. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même.


Bénédicte Duhalde

Le couvercle de la boîte “Bread Box” peut servir de planche à découper
Le système de rangement “Lines”
“Hang Jack” est une véritable multiprise sur laquelle brancher tout type d’appareillage électrique, comme leurs lampes “Linus”, distribuées sur www.mykilos.de
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Kaschkasch, beau design de Cologne
02/03/2015
Kaschkasch, beau design de Cologne

Les designers de Kaschkasch étaient présents sur le stand Living Divani au salon du meuble de Cologne en 2014 avec un petit bureau mural.

Kaschkasch, ce sont tout simplement les premières lettres de leurs noms de famille : Florian Kallus et Sebastian Schneider. Les associer était inévitable et trop facile. Le duo installé à Cologne est entré dans la collection Living Divani, remarqué par Carlotta Bestetti, la seconde génération à la tête de la marque, avec son petit bureau Fju, présenté sur le salon satellite en 2014. Linéaire et peu encombrant, il se plie pour libérer l’espace et peut se refermer en position verticale grâce à un mécanisme caché, offrant une surface de rangements et présentation pour journaux ou autres. Dessiné pour la maison, il s’intègre dans l’hôtellerie ou les projets de contract.

Le système de rangement et de penderie “Hide&Park” édité en 2014 par Zeitraum

Le studio Kaschkasch obtient le maximum en partant du minimum, réalisant des produits à la fois quotidiens et originaux. Des lignes claires, des formes géométriques et des coloris soft donnent un caractère personnel à leurs produits qui ont souvent une double vie et une face cachée. À l’étagère Hide&Park, on peut pendre son manteau mais aussi cacher ses clés ou son portable. Le miroir kaschkasch fait à la fois office de penderie. Menu, Zeitraum, Normann Copenhagen, Schönbuch… des entreprises de qualité ont été séduites par leur design cash et à double face.


Bénédicte Duhalde

Le bureau repliable “Fju” édité en 2014 chez Living Divani
L’atelier du studio Kaschkasch à Cologne
L’étagère “Lyn” éditée en 2015 par Emform
La lampe en métal “Konichiwa” conçue en 2013
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Sam Hecht et Kim Colin, designers pour Industrial Facility
02/01/2015
Sam Hecht et Kim Colin, designers pour Industrial Facility

Sam Hecht et Kim Colin dessinent des objets pour Herman Miler, Muji, Mattiazzi, Established & Sons,… et créent un design contribuant au progrès de l’industrie.

Ils incarnent fondamentalement deux visions du monde opposées. En retenue, volontiers doux et contemplatif, Sam Hecht reste rivé à la simplicité, à la nature et à l’essence des choses ainsi qu’aux relations que nous entretenons avec elles. Passionnément expressive, expansive et totalement raisonnée, Kim Colin carbure de son côté au contexte plus global, à la taille du monde. N’en demeure qu’en additionnant toutes leurs forces, le couple à la tête d’Industrial Facility prouve que l’équation 1+1 ne donne pas forcément 2. En portant une attention primordiale aux détails des objets par l’étude approfondie et aiguë de leur contexte, le duo le plus discret de la planète design transforme une tension créative perpétuelle en une communauté d’idées. Sam Hecht est de Londres, Kim Colin de Californie. Leur appétit pour un design pensé comme un vecteur de simplification de nos vies les a pourtant réunis. À l’image de leur fusion, leur studio installé depuis 2002 dans le quartier de Clerkenwell symbolise ces lieux où tous les contraires s’attirent et se croisent. Cadres branchés, agences d’architectes au coude à coude, penseurs et artistes en vogue se côtoient en plein cœur du district de Londres aujourd’hui réputé pour être une mini Silicon Valley.

Process du moulage de l’assise du fauteuil “Tubo”

Au sein de ce tourbillon de pensées, Hecht et Colin se sentent comme des poissons dans l’eau : “Nous collaborons sans cesse sur les idées, les méthodes et les points de vue. Notre environnement de création n’est pas culturellement cloisonné. C’est une plateforme poreuse, comme un hub international en réduction, ce qui s’avère stimulant, inspirant et extrêmement efficace. C’est également la métaphore géographique de notre manière de fonctionner. Lorsque nous initions un projet, le processus de création naît avant tout d’une avalanche de conversations. De cette profusion de mots, d’écrits et de discussions ressort une forme d’équilibre, puisque processus et résultats sont généralement le fruit de nos deux points de vue, confrontés, associés et mutualisés”. Dans un jeu permanent d’aller-retour, le silence de l’un vient ponctuer le rire de l’autre. Autrefois en solo, Sam Hecht semble aujourd’hui irisé par le challenge de travailler en duo. De ce mélange des genres radicalement différents, les deux acolytes sont pourtant infiniment complémentaires, dans leur capacité à regarder de la petite à la grande échelle un monde glissant du macro au micro et inversement. De concert ils s’accordent à dire que “sans élan ni souffle, les choses élémentaires n’ont aucune chance de devenir belles et essentielles. Elles deviennent capillaires lorsqu’elles sont mises en relation avec l’espace. Tout ce que nous faisons part des problèmes et des solutions que nous voyons chacun des deux côtés. Lorsque les pôles convergent, nous ne nous intéressons dès lors qu’aux produits qui pourraient paraître à la base misérables, mais qui sont au contraire résolument essentiels”.

La table et les chaises “Branca” pour Mattiazzi

Il aura pourtant fallu attendre 2002 pour que Hecht co-fonde Industrial Facility avec sa partenaire Colin. Né à Londres en 1969, Sam y a étudié le design industriel au Royal College of Art. Après un bref passage au sein de l’agence d’architecture de David Chipperfield, il voyage aux États-Unis et au Japon avant de revenir à Londres en tant que chef du design chez IDEO. Née à Los Angeles et diplômée en Arts et Architecture à l’université de UCLA, Kim a débarqué à Londres en 1997 pour travailler en tant que rédactrice au sein de la maison d’édition Phaidon. “Nous nous sommes rencontrés lors d’une exposition Eames au Design Museum, peu de temps après mon retour de Tokyo. Kim semblait en savoir beaucoup plus que moi sur l’œuvre de Charles et Ray Eames, et nous avons commencé à parler. Nos parcours étaient alors totalement différents, mais nos désirs tellement alignés. En discutant inlassablement sur le manque de rapport entre le design industriel, l’espace et l’environnement, nous avons décidé de former notre propre studio, portant le nom le plus banal possible : Industrial Facility”.

La table et les chaises “Branca” pour Mattiazzi

Si Hecht a passé son enfance à démonter les objets pour tenter de comprendre comment les choses fonctionnent, Colin a grandi à l’opposé de ces intuitions mécaniques, baignée en plein Los Angeles dans un paysage de voitures de Raymond Loewy, de meubles de Eames et de peintures de Josef Albers. Une dizaine d’années après le début de leur association, leurs visions viennent pourtant se compléter à contresens, mais désormais pour laisser émerger une vision finale commune : “L’un des critères que nous nous engageons et essayons toujours de prendre en compte est de conserver les choses simples et connectées aux conditions actuelles. Ceci n’a rien à voir avec un style, c’est juste une question de bon sens. Un des autres aspects de notre démarche est de contester la réalité des choses, d’interroger leur logique et de ne pas forcément les admettre telles qu’elles sont. Ce désir de contester l’industrie peut paraître évident, mais pour les grandes entreprises – celles qui fournissent 95% de ce que nous consommons – ce dialogue peut apparaître comme menaçant. La première option est d’ignorer ces entreprises, la seconde est de trouver et dénicher ceux qui sont suffisamment ouverts d’esprit et prospectifs pour nous accueillir. Notre travail est le reflet de ce type de questions”. En secouant les esprits, en emmenant les firmes industrielles sur des sentiers qui peuvent à l’origine sembler inconfortables mais se révéler au final meilleurs, Hecht et Colin excellent dès qu’il s’agit de trouver la raison d’un bon projet.

Le canapé “Wireframe” pour Herman Miller

“Faire ce qui semble bon est souvent beaucoup plus compliqué. L’échelle n’est pas forcément corrélée à l’impact. Des petits scénarios peuvent avoir de fait beaucoup plus d’effets que des grands. Nous évitons juste à tout prix de nous répéter, ce qui nous incite à nous confronter constamment à des industries différentes.

La gamme d’accessoires “Formworks” pour Herman Miller

En ce sens, nous aimons travailler sur une sorte d’idée absolue de gamme”. On est certes loin de l’Arche de Noé. Pourtant, au regard de la singularité du paysage dessiné par Industrial Facility, force est de constater que chaque pièce procède à la résurrection d’objets presque oubliés, réactivés, mis à la page des technologies du moment. “Nous collons aux challenges économiques des industriels. À la guerre des prix. Certains produits ont aujourd’hui un prix dérisoire mais marchent. Ils n’ont aucun design, aucune humanité mais ils fonctionnent aussi bien que leurs équivalents onéreux. Cela a changé toute l’approche de la conception produit. Mais nous sommes confiants, grâce à Internet, qui va changer la donne de chaque produit, parce que les attentes des gens sont devenues intarissables et de plus en plus exigeantes. En ce sens, face à la pollution visuelle et l’omniprésence des objets, notre recherche en cours qui consiste à aborder les produits comme des paysages tente de rendre ces derniers plus dépendants de leur environnement. _image189_ En ce sens, nous sommes naturellement fascinés par les objets connectés, pour la simple et bonne raison qu’on ne peut pas parler de beauté. On échappe à son champ, ce qui ouvre une infinité de possibles. Les designers sont par définition connectés à la vie. Leur rôle est d’envisager des solutions. Conséquence salvatrice de la révolution technologique actuelle, la suprématie d’Internet ne cesse de s’immiscer dans notre quotidien et témoigne d’un engouement particulièrement farouche vis-à-vis d’une foule d’objets capables d’être intelligents et de fournir de l’information à leurs utilisateurs. Or les designers ne sont pas encore à la page. Nous avons envie de pénétrer ce champ de discussion car tout produit électronique a le potentiel de devenir connecté”. En objets dans le texte, tout le travail de Sam Hecht et Kim Colin se décline d’ailleurs en une trilogie d’intentions. De la conception pure d’objets au sein d’Industrial Facility à leur diffusion à travers Retail Facility vient s’ajouter en janvier 2015 le nouveau volet d’un design en phase avec son temps. Intitulé Future Facility, ce nouveau territoire colle au discours de deux créateurs convaincus que le futur est aujourd’hui le présent. À l’instar de certains usages et de certains mots entrants ou sortants des dictionnaires, on ne tape plus sur un clavier mais on swap sur écran. On ne passe plus de CD mais on Bluetooth. En ce sens, leurs conceptions répondent à des besoins qui sont culturellement spécifiques et génèrent de nouvelles identités pour des objets perdus.

Le luminaire “Busby” édité par Wästberg

En droite ligne de leur “vision mondialisée”, leurs créations allient échelle minimaliste et envergure architecturale. Outre leur travail pour Herman Miller aux États-Unis, ils sont à l’origine de designs pour Yamaha, Issey Miyake et Muji au Japon, pour Mattiazzi en Italie, pour Established & Sons au Royaume-Uni, pour Louis Vuitton et Tectona en France. Conçue en 2010 pour l’éditeur italien Mattiazzi, la chaise “Branca” désacralise la perception même du bois dans le mobilier, ici utilisé de manière contemporaine, sans nostalgie, à proprement choisi pour ses qualités émotionnelles. Imaginée en 2014 pour la société d’accessoires Nava, la montre analogique et unisexe “Bottle Watch” reprend sur le périmètre de son cadran les nodules présents au cul des bouteilles de bière en verre, généralement en nombre de soixante. Cette observation s’inscrit comme la métaphore des unités de chronométrage et crée une apparence irisée lorsque la lumière vient frapper sa face à des angles différents. Lentilles teintées vert, bière brune ou bleu, la nature même de ce type d’objet implique un enjeu réel d’identité venant pallier l’absence de saut technologique et de révolution dans le matériel.

La montre “Bottle Watch” éditée par Nava

Pensée en 2014 pour Herman Miller, la collection “Formwork” met de l’ordre dans tout type de rangements. Fait en plastique ABS avec base de silicone antidérapant, la gamme de tasses, pots à crayons, boîtes, plateaux et supports médias peuvent être disposés horizontalement et verticalement. Dans la logique de récipients multidimensionnels, le projet affiche une réalité actuelle : celle du mélange de l’analogique et du numérique. La vraie nature des objets de notre quotidien est beaucoup plus complexe que nous ne l’imaginons. Un pot à crayon peut aujourd’hui contenir des stylos, des ciseaux, mais également des clés USB. Certaines choses peuvent demeurer cachées, tandis que d’autres peuvent être conservées visibles, permettant ainsi une hiérarchie de l’utilité. “L’idée de contempler toujours le contexte d’un produit plutôt que de concevoir une vision singulière de celui-ci illustre la différence qui existe souvent entre le succès et l’échec, entre l’acceptation ou le rejet des consommateurs. Trop souvent, nous nous laissons exciter par le ‘signe’ d’un produit, qui vient s’immiscer dans nos vies. Le design est une forme de langage, et si la langue n’est pas compréhensible ou pertinente, elle peut devenir source de frustration sans tenir compte de l’objet lui-même”.

L’exposition “Beauty as unfinished business”, à la Biennale Design Saint-Etienne, réalisée et scénographiée par Sam Hecht et Kim Colin

Tout récemment invités par Philippe Starck à participer à l’aventure du nouveau label TOG, Hecht & Colin ont relevé le défi d’un nouveau territoire, celui de l’impression domestique 3D. Ils ont ainsi rejoint la communauté et la plateforme internet de design personnalisable. En respectant le postulat de mettre en relation les consommateurs et les artistes pour créer à partir des meubles “nus” proposés dans la collection en ligne des pièces de design uniques, Industrial Facility a conçu la remarquable chaise “Tubo” faite à 100% de PET recyclé. Forme réduite à l’essentiel, structure dévoilée, l’envie devant son apparente pureté serait de ne surtout pas y toucher. Et de la commander telle quelle, dans toute son essentialité. Mais comme la beauté est là et qu’elle ne se discute pas, faite d’opinions humaines autant que d’irrationnel, Sam Hecht et Kim Colin ont révélé en mars 2015 un autre défi et se sont adonnés à l’expérience de cette mystérieuse notion de “beauté” à travers une exposition sur “les sens du beau” dont ils étaient les commissaires lors de la Biennale Internationale du Design à Saint-Étienne. Inutile de lever le rideau sur leur sélection d’objets, qui mise en résonance dans une scénographie limpide, a questionné la perception, l’interprétation et l’analyse du beau. Leur démonstration n’est trop éloignée de la citation d’André Gide : “Je n’admire jamais tant la beauté que lorsqu’elle ne sait plus qu’elle est belle”.


Yann Siliec

Le fauteuil “Alumi” pour Tectona
L’exposition “Beauty as unfinished business” réalisée et scénographiée par Sam Hecht et Kim Colin prendra place en mars 2015 à la Biennale Internationale Design Saint-Étienne
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Joran Briand, designer surfeur
02/01/2015
Joran Briand, designer surfeur

Joran Briand envisage son futur en fonction des spots où il pourrait surfer et son design s’en ressent.

Son plus grand succès, c’est peut-être “West is the best”, un Sur la route à sa manière, à l’ouest des Etats-Unis, à la rencontre des amoureux du surf, de son esprit et de sa culture alternative : Julie Goldstein, Alex Weinstein, John Van Hamersveld, Sean Knibb, Brian Rea, Tom Stewart et Thomas Meyerhoffer. Tous, installés entre San Francisco et Cardiff on the beach, ont un sujet de conversation commun : l’océan. À Montreuil, il n’y a pas l’océan mais une communauté de designers énergiques qui courent le cachet. Avec Corentin de Chatelperron, aventurier et manager du projet “Gold of Bengal” qui a l’ambition de revaloriser la toile de jute du Bangladesh et avec le soutien de la société SaintLuc, spécialiste du composite de lin, il s’est engagé dans une expérience nautique originale qui a abouti à la fabrication du tabouret “Toul” en composite de jute, planté comme une bitte d’amarrage sur le sol et présenté par le VIA en 2013.

Le tabouret Toul en composite de jute, design Joran Briand

Le projet “Vatex”, présenté en janvier 2014 sur Maison et Objet, pour la valorisation du textile dans le cadre de vie, le met en contact avec Elizabeth de Senneville et la société Perrouin, pour qui il développe un système d’assises avec textiles techniques. Il verra peut-être son aboutissement dans le réaménagement du Pôle Design de Renault à Guyancourt. Pour Laurence Calafat, architecte DPLG, et sa maison d’édition Cinqpoints qui propose aux enfants une initiation ludique à l’architecture, il a dessiné une maison en briques de bois distribuée dans les boutiques des musées. Depuis septembre, la Cité de la mode et du design est équipée de ses bancs “Conquérant” en Ductal, béton fibré ultra haute performance de Lafarge, fabriqué par Girebat (Vinci Construction France) et distribué par Silvera outdoor. Ils ont tout de la planche de surf, tournée vers le large pour mieux revenir.


Bénédicte Duhalde

Le tabouret Toul en composite de jute, design Joran Briand
Le banc Conquérant design Joran Briand distribué par Silvera
Jeux de construction en bois clair ou blanc édités par Cinqpoints
Jeux de construction en bois clair ou blanc édités par Cinqpoints
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Renaud Donadey, une production raisonnée
02/01/2015
Renaud Donadey, une production raisonnée

Renaud Donadey vient de remporter le Prix Eyes on Talent / Intramuros pour ses lunettes “Anna” élaborées dans le cadre de son projet de diplôme à l’ECAL “Versus”, un projet qui confronte la production industrielle et la production artisanale.

Après avoir réalisé que les productions industrielles et artisanales étaient surconsommatrices et surproductrices de déchets, il a développé un nouveau processus avec l’objectif d’exploiter les qualités de l’acétate au thermoformage. La monture de ses lunettes est fabriquée en deux parties, haute et basse, liées par acétone (cf le petit film explicatif sur son site). Les deux branches sont réalisées en même temps, pliées et collées sous presse sans utiliser d’insert métallique. Le principe permet de développer une petite production, puisqu’il a réalisé la machine qui permet de produire la monture.

La machine à fabriquer les lunettes Anna

Fils de mécanicien, passionné par l’outil autant que par le geste, l’association l’a poussé à créer un procédé plus qu’un objet. “La notion de traçabilité est omniprésente dans la nourriture, pourquoi pas dans l’objet ?” s’interroge-t-il. Loin de se projeter lunettier et de vouloir se lancer dans la production, Renaud Donadey travaille aujourd’hui dans un studio comme indépendant, en commun sur des projets comme la rénovation de la gare de Ronenx. Pour la marque Felco, il a dessiné un barbecue d’appoint à porter partout ou à mettre sur la table pour faire la pause à l’extérieur. Comme il ne supportait pas le bruit du minuteur, il lui a affublé un petit marteau pour sonner la cloche sur le verre ou l’acier environnant. De Nice où il est né, à Toulon où il s’est formé au design produit et à Lausanne où il s’est passionné pour le design suisse, Renaud Donadey remonte le courant du design avec méthode.


Bénédicte Duhalde

Projet de Barbecue d’appoint, design Renaud Donadey
Projet de Barbecue d’appoint, design Renaud Donadey
Les différents éléments qui composent le modèle de lunettes Anna
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Neri&Hu, nouvelle esthétique chinoise
03/11/2014
Neri&Hu, nouvelle esthétique chinoise

Lyndon Neri et Rossana Hu conjuguent depuis 10 ans architecture et design portés par la modernité et l’énergie symbolisant la Chine d’aujourd’hui.

En annonçant d’emblée qu’ils sont tous deux aux antipodes du feng shui mais “chinois autrement, en jouant par exemple sur les interactions entre l’espace public et l’espace privé, à l’image des Shanghaïens qui font sécher leur linge à même les rues”, Lyndon Neri et Rossana Hu revendiquent une indépendance d’esprit. À la tête d’une agence effervescente regroupant pas moins d’une centaine de personnes, les architectes-designers les plus en vue de Shanghai signent simultanément et aux quatre coins du globe, une galaxie d’objets et bâtiments, passant avec la même dextérité d’une maison à Singapour à un hôtel à Londres, d’un penthouse à Mexico, d’un chai à Bordeaux à un cimetière aux Philippines. Au regard de leur villa des années 30 plongée dans un quartier résidentiel de la mégalopole, le parcours de ces créateurs brille à l’instar de l’image de la Chine contemporaine. Une Chine ébouriffante et atomique, s’installant avec évidence comme le pont nécessaire et ouvert sur les générations futures. À seulement quelques blocs de leur maison privée, leur quartier général intitulé NHDRO (Neri&Hu Design and Research Office) bouillonne sur quatre étages derrière une façade noire corbeau. Au sein de leur fief regroupant leur agence d’architecture et leur label Design Republic, les Neri&Hu agissent comme des poissons dans l’eau, jonglant de l’architecture au mobilier jusqu’à l’édition en propre d’objets design.

Les fauteuils “Spun” de Thomas Heatherwick édités par Magis sur le toit-terrasse de l’hôtel Meridien à Zhengzhou en Chine © Pedro Pegenaute

“Nous aurions pu nous installer à Pékin, ville du pouvoir ou à Shenzhen, plateforme de commerce. Or nous avons préféré Shanghai pour sa capacité à transformer et à accompagner l’histoire de demain”. Avant de rapatrier leur talent et d’organiser leur retour aux origines, les Neri&Hu se sont rencontrés en Californie du Nord, sur les bancs de Berkeley aux États-Unis. Diplômés d’un bachelor en Architecture dans cette même université, d’un master en architecture à Harvard pour lui et d’un master en architecture et urbanisme à Princeton pour elle, le duo aujourd’hui en couple à la ville comme au bureau a fait ses premières armes à New York conjointement. Tous deux sont pourtant nés en Asie, Lyndon à Cébu, une petite île des Philippines, et Rossana à Kaohsiung, au sud-ouest de Taïwan. Ajouté à leurs origines, ils ont en commun d’être issus de la diaspora ayant fui la Révolution Culturelle chinoise. Tout un symbole en soi, qui les a forcément conduits à digérer les terres de l’enfance ailleurs, avant de se réconcilier avec leurs racines. “Après un an à travailler à Shanghai comme directeur de la région Asie pour Michael Graves & Associates, nous avons tous deux constaté que cette ville était à un tournant pour le pays” déclare Lyndon Neri. “Tout changeait alors à une vitesse astronomique et Shanghai s’est révélée être non seulement la ville où nous pourrions créer notre marque (ndlr Design Republic), mais également l’endroit idéal pour accueillir nos expérimentations en matière d’architecture et de design. Retourner au pays induisait de revenir là où la culture chinoise était dominante. Au lieu de tirer à boulet rouge sur le pays et de le critiquer, nous nous sommes également convaincus positivement que nous devions participer à la naissance et au renouveau de son design contemporain. Ce qui relève quelque part d’une évidence, puisque la Chine incarne l’Histoire en mouvement”.

La boulangerie “Farine” à Shanghai. Architecture et identité visuelle signées Neri&Hu © Shen Zhonghai

Fondée en 2004, leur agence pratique aujourd’hui la conception architecturale de manière transversale et interdisciplinaire. Composée de collaborateurs multiculturels parlant plus de trente langues, la diversité de l’équipe renforce leur volonté initiale de base : celle de répondre, dans un monde global et intégrant les disciplines, à un nouveau paradigme de l’architecture. Empreinte d’un patrimoine propulsé et réinterprété à l’échelle moderne, cette vision collective adopte tous les critères répondant à une contemporanéité pondérée par l’héritage. Qu’il s’agisse d’architecture à l’échelle internationale, d’architecture intérieure, de design produit et de design graphique, leurs sources d’inspirations multiples s’avèrent ainsi poreuses, défiant l’étanchéité des frontières et des cultures distinctes. “Nous sommes influencés par le quotidien, le banal et l’ordinaire, et bien évidemment par le tissu même de Shanghai, une ville où les activités quotidiennes dans et autour de la ville ne cessent d’évoluer. L’architecture traditionnelle occidentale forme la base de notre éducation, mais culturellement nous sommes profondément chinois. Beaucoup de nos influences viennent directement de nos origines. Nous aimons également examiner la culture locale de l’endroit où nous construisons, où se situent nos différents projets. Dans notre registre de références, nous respectons tout particulièrement Carlo Scarpa pour son sens du détail, Louis Kahn pour sa sensibilité tectonique et Adolf Loos pour son sens de l’articulation spatiale. En terme de conception d’objets et de produits design, nous avons toujours admiré Achille Castiglioni”.

Le magazine trimestriel “Manifesto”, édité par Design Republic, la marque de Neri&Hu

Références et acteurs d’une nouvelle esthétique moderne chinoise, les Neri&Hu cherchent non seulement à décloisonner les disciplines mais également à évoquer le changement, à travers leurs recherches sur des matériaux de première qualité et issus de l’artisanat. Pour la plupart fabriqués à la main, leurs créations répondent et s’adressent autant aux clients des ruelles de Shanghai qu’à une clientèle internationale férue de savoir-faire ancestraux revus à l’heure de l’innovation industrielle. Et lorsqu’on leur demande leur avis sur la perception ou l’avenir de la création chinoise, leur franchise parle sans détours : “La création chinoise est aujourd’hui infiltrée par l’énergie mondiale et fortement influencée. Son taux d’absorption est extrêmement élevé. Le problème inhérent à ce phénomène est que les gens ne sont plus assez critiques face à ce qu’ils voient et utilisent. Ils ne font presque plus la différence entre le bon et le mauvais, entre ce qui est approprié et ce qui ne l’est pas. Mais nous ne pouvons nous voiler la face : le marché et le potentiel de la conception en Chine est aujourd’hui illimité

Le showroom Camper ouvert en 2013 à Shanghai © Shen Zhonghai

Les designers chinois ne doivent cependant pas se laisser envahir par la confiance. Le monde a aujourd’hui les yeux tournés vers nous, mais cette mode s’évanouira et nous serons dès lors jugés sur ce que nous valons vraiment. En ce sens, la présence d‘architectes comme Herzog & De Meuron et Rem Koolhaas est motrice pour notre pays. Ils nous empêchent de nous endormir sur nos lauriers et de rester tournés vers nous-mêmes. Nous devons être aussi bons que n’importe quel autre pays, tout en gardant notre humilité.”. À l’image de leur service à thé fait en glaise de Yixing (typique de cette ville de Jiangsu), les Neri&Hu sont particulièrement adeptes des matières naturelles comme l’argile, le bois et également le bambou, utilisé dans le processus de tissage de la lampe “Emperor” dessinée pour Moooi. Au-delà de la recherche sur les matériaux, leurs projets possèdent, à l’instar de ce luminaire, une puissance narrative de départ. Un luminaire tiré de l’imaginaire d’un empereur asiatique qui aurait reçu en cadeau un rossignol, et qui hypnotisé par ses charmes, l’aurait placé à côté de lui dans une majestueuse cage de bambou afin d’entendre son chant magique depuis les chambres de son palais.

La lampe “Emperor” éditée chez Moooi

“Nous sommes encore trop jeunes pour avoir un langage distinct, mais nous pensons qu’il est important d’expérimenter et d’explorer différentes idées de design. Il y a certes des questions que nous explorons continuellement comme la superposition, la transparence, la texture, le cadrage et la matérialité. Notre philosophie commence toujours par un concept sous-jacent. Un concept fort derrière chaque projet évite toute gratuité et toute fatalité. Quelle que soit la nature de notre travail, nous opérons toujours ensemble, en équipe. Si la plupart des informations sont partagées, nous travaillons de manière organique en fonction du temps, de la disponibilité et de notre intérêt. Nous avons des forces différentes qui permettent par complémentarité de remédier aux faiblesses de l’autre”. De la personnification intelligente de la simplicité de la vie rurale que l’on retrouve dans les tabourets “Common Comorades” (conçus pour Moooi), à leur réinterprétation de la célèbre chaise Thonet en “Duet Chair” pour De La Espada, le design pratiqué par Neri&Hu relève le défi du palimpseste de codes. Représentation abstraite d’un symbole de bon augure peuplant les intérieurs chinois, la collection “Lianou” (toujours signée pour De La Espada) inclut des tables d’appoint en fibre de verre laquée noire ainsi que des tabourets et sofas à pied en bois. Tous sont nés d’une provocation culturelle, tout en étant basés et dérivés d’un mantra de savoir-faire artisanal.

La chaise “Duet” pour De La Espada

Dans un registre identique, le fauteuil “Sedan” créé pour ClassiCon réinvente le mythe de la chaise à porteur. Bien que proposant le nec plus ultra en matière de confort, le fauteuil est tout sauf un objet immobile et lourd, mais plutôt une pièce légère et flexible, disponible en versions monochromes et bicolores, avec ou sans rembourrage. Du fait que la tradition du design soit moins forte dans leur pays, la liberté d’inventer et d’expérimenter semble guider et challenger le duo. En témoigne leur marque d’édition en propre baptisée “Design Republic” et présentée dans leur flagship monumental installé sur le Bund. Conçue comme une plateforme présentant des objets créés par les plus grands designers étrangers ainsi que leurs propres créations, leur intention en ouvrant cet endroit n’était pas uniquement de vendre mais plutôt d’éduquer le public. Une opération réussie puisque les écoles de Shanghai convient aujourd’hui leurs élèves à visiter la boutique et bien qu’ils n’achètent rien, ceux-ci sortent inspirés par ce qu’ils ont découvert et vu.

“Design Commune”, un ensemble d’espaces comportant magasins, showrooms, salles de réception, ainsi que le nouveau flaship de leur marque “Design Republic”

Aussi habiles dans la démonstration à petite échelle du design que dans les grands espaces, les Neri&Hu sont aujourd’hui reconnus pour leurs architectures sans concession et néanmoins époustouflantes. Des 1000m2 du restaurant “Mercato” signé pour le grand chef Jean Georges Vongerichten (2014) aux 3000m2 du “boutique-hôtel Waterhouse” (2010), leurs réalisations reposent sur un concept de rénovation et sur un contraste entre l’ancien et le nouveau. Interrogations contextuelles, jeux de superpositions, d’hybridations, d’imbrications et de transparence, leurs concepts architecturaux voyagent à travers la planète, toujours chics et chocs, prestigieux tout en restant sincères. Invités à concevoir la “Maison Idéale – Das Haus” lors du salon IMM de Cologne en janvier 2015, les Neri&Hu présentaient ainsi leur vision intègre de l’habitat du futur. Leur projet intitulé “Memory Lane” ressemble à la synthèse de leur somme de préoccupations. À l’image d’une cage métallique truffée de microarchitectures, ils souhaitent remettre en question la compréhension de la maison, le fait d’y être et de transmettre aux visiteurs une autre perspective en les laissant libre de toute expérience. “Conçu comme un musée des rituels de vie, notre projet Das Haus se veut une interrogation sur l’espace de vie d’aujourd’hui. Nos maisons sont-elles des refuges ou des prisons ? Nous pensons que trop de meubles aujourd’hui sont traités comme des objets de design plutôt que comme des articles pensés pour un usage quotidien. Cela soulève donc la question de savoir si nos meubles sont faits pour durer”.

La maquette de la Das Haus pour l’imm Cologne

Fort en thème et dans toutes les matières, Lyndon Neri confie pourtant au détour d’une anecdote la force de leur équipe et ce qui sans doute les différencie des autres : “Rossana agit plutôt comme un concepteur masculin. J’apporte de mon côté une part de féminité. Sa conception est plus sévère, plus difficile quand moi je vais agir plus dans le détail. Rossana n’a aucune crainte à laisser une certaine forme de laideur s’exprimer, si le concept est fort. Pour moi, la condition préalable est qu’il soit beau à regarder”. Au regard de leur ascension fulgurante et incontestablement méritée, Neri&Hu filent droit vers les étoiles, fidèles aux mots d’Antoine de Saint-Exupéry qu’ils affichent en guise de philosophie sur la page d’accueil de leur site internet. “Nous ne demandons pas à être des êtres éternels, nous demandons seulement que les choses ne perdent pas tout leur sens”.


Yann Siliec

La collection d’accessoires pour le thé “Zisha Tea” pour Neri&Hu
Dans les espaces privés du restaurant japonais de l’hôtel Meridien à Zhengzhou en Chine © Pedro Pegenaute
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L’atelier [jes], refuge écologique pour le prix Émile Hermès
03/11/2014
L’atelier [jes], refuge écologique pour le prix Émile Hermès

L’atelier [jes], de Johan Brunel et Samuel Misslen (transcription phonétique d’un Yes! engageant), vient de remporter 1/3 du prix Emile Hermès.

Pour la session 2014 du prix Emile Hermès, trois projets ont été primés à égalité. L’atelier [jes] l’a reçu pour la conception d´une “Capsule Ventilée”, refuge de relaxation adaptée aux pays chauds. Digne de la nouvelle cité écologique de Masdar à Abou Dabi, elle exploite les qualités séculaires de la ventilation naturelle dans un habitacle de bois, realisé et assemblé par les deux designers-makers, au sein de leur atelier. Étudiants à l’Ensamaa, tous deux diplômés en sculpture métal puis fidèles des Ateliers de l’Ensci, ils se sont associés pour réaliser des prototypes et des maquettes, signent des projets ludiques pour la Cité de l’Air et du design au Bourget, des dispositifs pédagogiques pour la Cité des Enfants de la Cité des Sciences et créent une série d’objets domestiques en bambou dans le cadre du projet Hand in Hand à Taïwan en 2011.

Dans leur atelier de Montreuil, ils expérimentent, conçoivent et fabriquent. Le projet de la capsule est le sujet contemplatif par excellence. À l’intérieur, un filet de catamaran tendu permet de s’allonger tout en restant sensible à la circulation de l’air. Aspiré vers le haut, l’air chaud s’évacue par la cheminée, le flux ainsi créé, aspire l’air frais par les ouvertures latérales travaillées dans le bois. Cet habitacle de bien-être, pensé pour la micro-sieste, assure la promotion de la ventilation naturelle versus la climatisation électrique. Un objet qui fait la promotion d’un simple retour au bon sens. En simples profilés de multiplis de bouleau, découpés numériquement, la finesse des parements permet le cintrage des parties rayonnées. Une porte semi-rigide se lève comme un rideau. Une version low-tech qui rend visible la beauté des choses.


Bénédicte Duhalde

La “Capsule Ventilée” en construction dans l’atelier © Atelier [jes]
La chaise Bamboo
Johan Brunel © Philippe Patissier
Samuel Misslen © Philippe Patissier
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