Olivier Blanckart en Coluche

Les autoportraits schizophrènes d’Olivier Blanckart à la librairie Mazarine

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13 novembre 2017

Dans le cadre du parcours « Photo Saint-Germain », la librairie Mazarine à Paris expose les autoportraits d’Olivier Blanckart jusqu’au 19 novembre.


L’exposition d’Olivier Blanckart, « Légion est mon nom », tire son intitulé d’un évangile, celui de Saint Marc : « Car il lui disait :
— Sors de cet homme, esprit immonde ! Et, il lui demanda :
— Quel est ton nom ?
— Légion est mon nom, lui répondit-il, car nous sommes plusieurs. ». Olivier Blanckart est plusieurs, en effet. Les photographies que l’on découvre à la librairie Mazarine sont des autoportraits autant que des portraits. Issues de la série « Moi en » (Moi en Jacques Lacan, Moi en Boris Johnson, etc.), elles sont le fruit d’un jeu d’ego, ceux de l’artiste et des images qu’il critique, de celle, apathique, d’Angela Merkel à celle, inquiétante, de Joseph Beuys.  « Un acteur jouerait le rôle, moi je joue l’image », explique le plasticien.

Olivier Blanckart le transformiste 

Pour cela, il se grime, mais limite le maquillage. Pas de musée Grévin photographique, plutôt une galerie d’autoportraits schizophrènes. Olivier Blanckart emprunte tour à tour le visage grimaçant de Laurel et la bouille ronde de Hardy, l’expression malicieuse d’Yves Klein et la mimique pincée de David Lynch. Il raconte : « Le fait générateur de chaque portrait est une prise de conscience, visuelle et fugace, de qui je peux éventuellement “être” ».

Un transformisme saisissant (Henri Salvador et Coluche sont ressuscités!) mais drôle aussi (mentions particulières aux Moi en Marguerite Duras et Moi en Kadhafi), plein de dérision et d’autodérision. Car il en faut pour enfiler la chemise hawaïenne de Carlos et se dévêtir totalement pour devenir l’incarnation du Balzac nu de Rodin ! Et Olivier Blanckart en a, autant que les mots qu’il choisit - notamment pour le titre de sa série « Moi en » - ont du sens : « Le “en”, d’un point de vue phonique, permet d’entendre le “han” de “hi-han”, autrement dit, que je fais l’âne ». 

Photographe et sculpteur

En plus des 23 autoportraits (encadrés au format 40 x 50 cm), sont en vente deux éditions limitées et numérotées, de la Librairie Mazarine : un coffret de tirages et un catalogue, tous deux dédiés à la série « Moi en ». L’exposition donne aussi l’occasion de découvrir, en consultant d’autres ouvrages consacrés à Olivier Blanckart, un autre pan de sa production, la sculpture, qu’il enseigne d’ailleurs depuis peu aux Beaux Arts de Paris. Utilisant papier kraft, carton et rouleau adhésif pour donner le jour à des réinterprétations d’icônes de la photographie, il joue sur les usages. L’emballage ne protège plus l’œuvre, il devient l’œuvre. 

Outre la (re)découverte du travail de cet artiste protéiforme, l’exposition présente aussi l’intérêt du lieu qui l’accueille. Ouvrages rares ou épuisés, de beaux-arts, d’architecture, d’arts premiers et de photographie, des pépites se côtoient sur les étagères de la librairie Mazarine, née en 1946 et reprise en 2005 par Pierre Durieu qui avait dirigé les librairies du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et du Palais de Tokyo. Les raisons de visiter l’exposition sont donc légion, elles aussi.

«  Légion est mon nom », autoportraits photographiques d’Olivier Blanckart, à la librairie Mazarine, 78 rue Mazarine, 75006 Paris, dans le cadre de « Photo Saint-Germain», jusqu’au 19 novembre. 




le 13.11.2017