05/10/2019

L'intelligence de la main : palmarès 2019

L'édition 2019 du Prix Liliane Bettencourt pour l'intelligence de la main, qui fête ses vingt ans cette année, a récompensé avec ce label d'excellence les lauréats issus des métiers d'art dans trois catégories: Talents d'exception, Dialogues et Parcours.
Ouvert aux professionnels depuis 1999, ce concours valorise les métiers d'art et contribue à leur rayonnement. Les talents ayant reçu ce prix forment désormais une communauté de 110 lauréats représentant plus de 50 savoir-faire différents depuis sa création. Présentation du palmarès 2019.

Le prix Talents d'exception : Jeremy Maxwell Wintrebert

Prix-pour-lintelligence-de-la-main-2019-Jeremy-Maxwell-Wintrebert-lauréat-Talents-dexception-©-Sophie-Zénon

Le prix Talents d'exception est décerné cette année au souffleur de verre Jeremy Maxwell Wintrebert pour son œuvre The Beginning : Dark Matter, 2018. Il récompense un artisan d'art pour la réalisation d'une œuvre alliant la parfaite maîtrise des techniques et savoir-faire d'un métier d'art et un caractère innovant contribuant à l'évolution de ce savoir-faire. Cette "constellation murale, composée de quinze cives dont la juxtaposition forme un magma circulaire, (exprime) le symbole de la matière originelle" dit Jeremy Maxwell Wintrebert qui maîtrise de manière absolue ce savoir-faire du verre soufflé à la bouche et à la main levée, c'est à dire sans aucun moule pour réaliser la forme finale de l'objet. Il récompense aussi la persévérance et la détermination de cet artiste-artisan au caractère bien trempé qui concourrait pour la septième fois à ce prix, finalement obtenu cette année avec brio.

Le prix Dialogues : Ludwig Vogelgesang, André Fontes et Guillaume Lehoux

Remporté par Ludwig Vogelgesang , ébéniste, associé à André Fontes et Guillaume Lehoux, designers du Studio Noir Vif, pour Argo, un berceau « cage de Faraday » à la manière d’un refuge futuriste, préservant les nouveau-nés de la nocivité réelle ou supposée des ondes électro-magnétiques, le prix Dialogues récompense la collaboration entre le savoir-faire d’un artisan d’art et l’imaginaire d’un autre créateur (designer, artiste, plasticien, architecte, décorateur…). Cette œuvre est un message symbolique fort mais également un véritable défi de conception et de réalisation repoussant les limites des techniques traditionnelles de l’ébénisterie. Pensé comme un « objet-laboratoire », Argo allie le bois de noyer à des éléments de cuivre sous forme de treillis de métal déposé par projection thermique du cuivre en fusion sur le bois pour la poupe et d’un cadre de bois qui tend un tissage de fils de cuivre pour la voile qui bascule telle une verrière de cockpit d’avion, tous deux – voile et poupe -viennent habiller une carène non moins technique faite de briquettes de noyer usinée à l’aide d’une commande numérique. La main reprend le dessus pour le collage des lamelles de noyer (à l’aide d’une colle de poisson naturelle et non toxique) et  pour la jonction  complexe et tout en courbes des pieds et de la carène de ce lit de naissance. Un cocon qui dit l’ambivalence de l’époque: entre désir de protection justement et les risques que nos avancées technologiques nous font porter sur nous-mêmes. Pour rappel, à sa création en 2010, ce prix Dialogues avait été remporté par le céramiste Claude Aïello associé au designer Mathieu Lehanneur.

 

 

Le prix Parcours : l’IFRAM et Pierre Dupont

Crée en 2014 (où il fut décerné à à Yann Grienenberger directeur du Centre international d’art verrier de Meisenthal-CIAV), le prix Parcours met en lumière une personnalité exemplaire, qu’elle soit personne physique ou morale pour sa contribution exemplaire aux métiers d’art français. Cette année il revient à l’IFRAM – l’Institut de Formation et de Recherche pour les Artisanats des Métaux, emmené par Pierre Dupont. L’objectif étant ici de faire vivre ces savoir-faire qui sont parmi les plus anciens au monde et d’une incroyable diversité: serrurerie, ferronnerie, dinanderie, coutellerie, fonderie d’art…

Lors de la cérémonie de remise des prix, chacun des lauréats, au-delà de l’excellence de leur maîtrise technique et de l’expression de leur créativité, a exprimé, comme inhérente à leur pratique, la volonté de transmettre leur passion en sensibilisant les jeunes générations à ces savoir-faire inestimables afin que ceux-ci continuent de vivre.

C’est bien là, l’engagement de la Fondation Bettencourt qui, à travers ce Prix Liliane Bettencourt pour l’intelligence de la main, consacre son énergie à identifier, accompagner et valoriser ces artisans d’art  qui à travers leur créativité imaginent le monde de demain.

Rendez-vous à partir du 16 octobre jusqu’au 10 novembre au Palais de Tokyo où l’exposition « L’esprit commence et finit au bout des doigts », pensée par Laurent Le Bon et mise en espace par Isabelle Cornaro,  célèbrera les vingt ans  d’engagement de la Fondation en faveur des métiers d’art.

Jan Couacaud