01/05/2015
Le Corbusier, architecte, urbaniste, designer, peintre et sculpteur, a fait l’objet d’une rétrospective au Centre Pompidou à l’occasion du cinquantenaire de son décès.

Peut-on croire qu’il y avait deux Le Corbusier, deux périodes, comme il y avait deux Nietzsche, deux Wittgenstein ?”, s’interroge Frédéric Migayrou, commissaire au Centre Pompidou, qui se réfère à Richard Padovan : “Le Corbusier crée perpétuellement de fausses pistes (parfaitement inutiles) pour apparaître plus innovant et plus original qu’il n’était en réalité. En particulier, il a minimisé sa dette vis-vis de Peter Behrens et de son expérience allemande en général”. Auteur de trente-quatre livres et de soixante-dix-huit édifices bâtis dans douze pays, fondateur avec Amédée Ozenfant du purisme et de la revue L’Esprit nouveau, Le Corbusier, né Charles-Edouard Jeanneret en Suisse en 1887, naturalisé français en 1930, est influencé lors de sa formation en Allemagne par les théories de l’esthétique scientifique, où tout peut être mesuré, y compris les sensations et les réactions cognitives.
Le fauteuil “LC1” conçu avec Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand, Cassina I maestri
Dans les années 40, il dessine le “Modulor”, une silhouette humaine standardisée d’1,83 mètre basée sur le nombre d’or, pour concevoir la structure et la taille des unités d’habitation*. À travers trois cents œuvres (peintures, sculptures, dessins, maquettes, objets), des films, des photographies et des documents, le Centre Pompidou présente son œuvre à hauteur d’homme, s’imposant à lui comme un principe universel. L’exposition, réalisée avec le concours de La Fondation Le Corbusier, s’ouvre sur l’influence des tracés régulateurs de Peter Behrens (chez qui Le Corbusier effectue un stage, où il côtoie Mies van der Rohe et Walter Gropius. Tous trois seront considérés comme les principaux représentants du mouvement moderne). L’ensemble des pièces prototypes des meubles de la série “L.C.” est exposé. “Nous avons privilégié les pièces présentées au Salon d’Automne de 1929, qui s’inscrivent dans ses recherches sur le mouvement”, précise le co-commissaire Olivier Cinqualbre. Une salle est dédiée à la période acoustique de Le Corbusier, qui s’attache à la concrétisation d’un espace spirituel communautaire fondé sur la compréhension de l’espace indicible. Près de Saint-Etienne, l’église Saint-Pierre du site de Firminy (le plus important au monde réalisé par Le Corbusier après Chandigarh), présente jusqu’au 28 septembre “Playing Fibonacci, the Pavillon of White Noise”, de l’artiste sonore Yuri Suzuki.
L’église Saint-Pierre de Firminy © Saint-Etienne Métropole / FLC
Côté édition, plusieurs parutions récentes s’attellent à la démystification du maître. Avec Le Corbusier, un fascisme français, Xavier de Jarcy, journaliste à Télérama, a entrepris de restituer “dans leur contexte, les éléments historiques et critiques éclairant sous l’angle politique, sa pensée et son action”, en s’appuyant sur les travaux de nombreux historiens et en se gardant “de juger ou de diaboliser”. Il affirme que “Le Corbusier s’est imposé car il a réussi à faire oublier son passé. Le plus effrayant n’est pas que l’architecte le plus connu au monde ait été un militant fasciste. C’est de découvrir qu’un voile de silence et de mensonge a été jeté” sur son histoire. Il aimerait “que plus aucune exposition, plus aucun livre consacré à Le Corbusier n’oublie de rappeler sa part d’ombre” et estime que les historiens français devraient, comme leurs confrères américains depuis quelques années, “se demander si le fascisme n’a pas été inextricablement mêlé à la modernité.” L’architecte Marc Perelman analyse la “froide vision du monde” de celui qui “a rendu possible les courants architecturaux et urbanistiques les plus radicaux d’aujourd’hui”. L’architecte François Chaslin livre quant à lui “un portrait qui tente de multiplier les angles de vue et d’ouvrir la perspective sur un objet trop célébré et devenu immuable, marmoréen en un sens ou peut-être bétonné : l’architecte Le Corbusier”.
La chapelle Notre Dame du Haut à Ronchamp
Enfin, dans Le Corbusier, le Grand, Jean-Louis Cohen note que “ses messages intimes sont révélateurs de sa double personnalité”, dévoilée dans une lettre à Josef Cerv : “Le Corbusier est un pseudonyme. Le Corbusier fait de l’architecture, exclusivement. Il poursuit des idées désintéressées. Il n’a pas le droit de se compromettre dans les trahisons, les accommodements. C’est une entité débarrassée du poids de la chair. […] Charles-Edouard Jeanneret est l’homme de chair qui a couru toutes les aventures radieuses ou désespérantes d’une vie assez mouvementée. Charles-Edouard Jeanneret fait de la peinture car, n’étant pas peintre, il s’est toujours passionné pour la peinture et il en a toujours fait – peintre du dimanche.” L’exposition du Centre Pompidou se clôt sur “Le Cabanon”, cellule d’habitation construite sur un rocher de bord de mer à Roquebrune-Cap-Martin, où Le Corbusier exprime sa volonté de vivre dans un espace minimal, presque nu. C’est en contrebas qu’il disparaît lors d’une de ses baignades quotidiennes. Cinquante ans après, le créateur suscite encore beaucoup d’intérêt.
Lampe de Marseille mini, design Le Corbusier
En avril 2015, au Salon du Meuble de Milan, la marque Nemo exposait “La Luce”, une réédition de luminaires de Charlotte Perriand et Le Corbusier, destinés à la maison La Roche, à la Cité Radieuse et au Capitole de Chandigarh. Cassina, qui a eu l’intelligence dès 1965 d’acquérir les droits pour éditer le mobilier du maître, n’en finit pas de ressortir des cartons des dessins signés Perriand, Jeanneret, Le Corbusier.
Astrid Avédissian
Lampe de Marseille mini, design Le Corbusier

La chaise longue “LC4” conçue avec Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand, Cassina I maestri

La chapelle Notre Dame du Haut à Ronchamp

Le toit-terrasse de la Cité Radieuse à Marseille © Marie Clavier

L’église Saint-Pierre de Firminy © Saint-Etienne Métropole / FLC

Esquisse de la façade des Unités d’habitation

Le fauteuil “LC1” conçu avec Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand, Cassina I maestri

Le fauteuil “LC2” conçu avec Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand, Cassina I maestri

Le fauteuil pivotant “LC7” conçu avec Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand, Cassina I maestri

Lampe de Marseille mini, design Le Corbusier

Projecteur 365, design Le Corbusier, Nemo

La Villa Savoye à Poissy