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Actualites / Intramuros Hiver 2021-2022 : une question de temps
17/12/2021

Intramuros Hiver 2021-2022 : une question de temps

Chaque fin d’année voit fleurir dans les magazines son « best of » des meilleurs produits de l’année, son « top » de personnalités dans un classement ATP des créateurs. Nous prenons enfin le temps de nous arrêter sur ce qui nous a enthousiasmés ; nous « digérons » ce que nous avons vu dans les showrooms, les expositions, les salons, les Design Weeks, de Paris, de Milan et d’ailleurs. Particulièrement en 2021, nous souhaitions fêter le dynamisme affiché par le secteur, ainsi que le plaisir des retrouvailles : une volonté de mettre en avant 100 coups de cœur comme la traduction de notre effervescence !

Puis l’exigence du choix a apporté son lot de questions.
Nous voulions laisser l’objet parler de lui-même. En interrogeant nos préférences, nous avons compris que les projets sélectionnés nous avaient interpellés parce que nous pariions sur leur durée, qu’ils auraient pu, pour la plupart, esthétiquement rejoindre des références antérieures ou qu’ils seraient encore là dans longtemps. Nous les avons baptisés nos « Intemporels 2021-2022 », pour souligner combien ces nouveautés s’inscrivent chacune, avec leur histoire, dans la durée. Telles des respirations à savourer, ces Intemporels ponctuent ce magazine augmenté : un code QR associé permet d’en découvrir l’ensemble dans un carnet virtuel à feuilleter tel un livre d’images.

Et si le temps était le facteur régulateur de notre époque, ce changement de paradigme tant annoncé ?
Pour certains, le monde d’après tant fantasmé n’est autre que le monde d’avant en accéléré. Dans une folie boulimique, les rendez-vous s’enchaînent, tous les projets sont acceptés juste « au cas où » face au risque d’une énième vague, aussi menaçante que celle d’Hokusai.
Pour d’autres, le monde vit un temps élastique, au gré de rupture de stocks, de pénurie de matériaux, de transports hors de prix, de délais allongés, qui changent en permanence les plannings et les projections budgétaires. Et confrontent la commande en deux clics sur le web à la réalité de la livraison qui se compte en semaines, voire en mois.

Nous subissons des vents contraires, frappés de l’urgence de l’omniprésence et de la volonté de donner un sens à l’action. De prendre le temps de faire, comme le Slow Made – qui fête bientôt ses 10 ans – nous y invitait. Et comme les enjeux environnementaux nous y incitent.
Respecter les cycles de vie, les gestes, les ressources. Réparer. Sublimer. Sortir de l’oubli. Transmettre aussi, sans négliger d’innover. Imaginer le futur pour mieux être dans le présent. Vous retrouverez toutes ces réflexions en filigrane dans ce numéro. Il est si difficile d’appréhender le temps, comme l’écrit saint Augustin dans Les Aveux : « Qu’est-ce que le temps ? Qui pourrait donner une explication brève et facile ? Qui pourrait dire un mot de ce qu’il aurait compris ? Et pourtant qu’y a-t-il de plus familier que le temps ? Nous le comprenons quand nous en parlons, et nous le comprenons aussi quand nous entendons un autre nous en parler. Qu’est-ce que donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je sais. Si on me le demande et que je veux l’expliquer, je ne sais plus. »

En vous souhaitant de belles fêtes, et le meilleur pour 2022.

Nathalie Degardin
Rédactrice en chef