Maison et Objet : l’heure du bilan

Jugée satisfaisante par l’organisateur pour sa fréquentation, et par les exposants pour son bon climat d’affaires, l’édition de janvier 2019 de Maison & Objet sort un bilan plutôt positif, qui relativise les interrogations laissées par sa nouvelle structuration en deux grands pôles. Les fabricants et éditeurs français ont fait honneur à la thématique « Excuse my french », par la qualité et l’inspiration de leurs nouveautés produits. 

Dans un contexte chahuté par le conflit des gilets jaunes, et plombé par un ralentissement d’une croissance déjà famélique, bien des incertitudes planaient sur l’édition de janvier de Maison & Objet. Celle-ci s’est finalement révélée porteuse pour les affaires. Si le visitorat est en léger recul par rapport à janvier 2018, le bilan annonce tout de même 84 000 visiteurs – dont 46 000 Français et 38 000 internationaux en provenance de 160 pays. L’offre a réuni quelque 2900 marques, dont 62 % étaient internationales, et plus de 600 exposantes pour la première fois. En parallèle, la plateforme digitale MOM (Maison & Objet and More) poursuit son expansion, avec un nouveau record de plus de 600 000 followers sur Instagram, et plus de 500 000 sur Facebook.   

Maison et Objet confirme son changement de concept

Cette édition est aussi celle d’une confirmation : « Notre ambition était de stabiliser le concept lancé en septembre, de régler les problèmes de trafic dans le hall 7 (secteur Forever, le meuble et la décoration intemporels), et de procéder à quelques ajustements dans l’objet pour retrouver l’ambiance de Now Design, déclare Philippe Brocart, le directeur général de la Safi. Nous pouvons dire que, désormais, tous les halls fonctionnent. » La séparation entre les deux pôles Maison et Objet, cherchait à rendre l’offre plus lisible, et la visite plus intuitive, ce qui est conforté par les retours du visitorat, et salué par les exposants, notamment ceux du meuble. « Le choix de réunir toute l’offre en mobilier contemporain du secteur Today dans le hall 6 s’avère payant, commente Christophe Galéa, fabricant de mobilier de complément sous la marque éponyme. L’offre est désormais facile à trouver, consistante et homogène, notre salon sera presque aussi bon que l’édition 2018 qui avait été remarquable. » Le bilan est encore meilleur pour le fabricant de canapés Home Spirit : « Nous avons constaté une grosse augmentation de fréquentation, au moins de 30 %, un retour aux très belles années de Maison & Objet », ajoute Eric Delpierre, directeur commercial de l’entreprise. Un avis partagé par Jérôme Armaroli, directeur général du fabricant de mobilier outdoor Sifas, qui souligne « Un très bon salon, très international, avec une belle présence du visitorat européen, même si les acheteurs du Moyen-Orient et d’Amérique du Sud ont été un peu moins présents. » 

Nostalgie et « slow living »

Les industriels français du siège et mobilier haut de gamme ont profité pleinement du nouvel espace privilégié qui leur est désormais proposé dans le hall 6. C’est notamment le cas du groupe Roset, qui a lancé, comme il le fait chaque année, les nouvelles collections de ses deux marques Ligne Roset et Cinna, avec pour la première le fil rouge du « rétrofuturisme », à savoir l’art d’associer un sentiment de pleine nouveauté avec un « faisceau de réminiscences nostalgiques qui le situe dans une continuité historique rassurante. » C’est ce que font par exemple le canapé et fauteuil Philéas (design Philippe Nigro), le fauteuil Astair (Pierre Charpin), et à fortiori les sièges Bonnie, la réédition d’une création de Pierre Paulin de 1975. En parallèle, la nouvelle collection Cinna se joue des codes, pour bousculer les idées reçues, avec entre autres les canapés Ipanema (Didier Gomez) et Uncover (Marie-Christine Dorner). La nostalgie était aussi d’actualité chez Burov, qui propose une très belle réédition du canapé et fauteuil Lotus, issu d’une collaboration avec l’architecte Gianfranco Grecchi et Roberto Magrini en 1972, qui en fait l’un des modèles emblématiques de la marque. Ses lignes répondent parfaitement aux attitudes d’assises contemporaines, et s’accordent avec celles du fauteuil iconique 44 Saturne, proposé dans des finitions nouvelles, et les nouveaux modèles Jules et Berri. 

Les savoir-faire à l’honneur

Maison & Objet de janvier est aussi un important rendez-vous pour Canapés Duvivier : « Nous accélérons notre activité vers les marchés du contract et de l’export, qui correspondent à deux cibles particulièrement présentes à Maison & Objet », déclare Aymeric Duthoit, directeur général de l’entreprise. Le fabricant, qui mise sur sa fabrication 100 % made in France, et sur son label EPV obtenu dès 2006, annonce une nouvelle collaboration avec le designer Guillaume Hinfray. Ce dernier signe le canapé composable Auguste, qui fait disparaître sa structure au profit de larges espaces dédiés au confort (assises, dossiers, accoudoirs), et la chaise longue indoor en cuir Émile, une version luxueuse et hédoniste du transat avec son repose-pieds. Fabricant lui aussi de sièges rembourrés made in France, Home Spirit exprime une volonté de monter en gamme, tout en restant accessible au plus nombre, grâce à une nouvelle collaboration avec le designer Laurent Pichaud, à l’origine de deux nouveaux produits : le très urbain canapé Ténor, aux lignes élégantes et contemporaines, et le modèle compact Waren. Dans le siège outdoor, Sifas, fidèle de longue date à Maison & Objet lance une nouveauté majeure avec Riviera, une collection d’inspiration vintage, et un appel à l’art de vivre du « slow living » : à la croisée de diverses influences, cette ligne de canapés et fauteuils se singularise par une structure en aluminium dissimulée tantôt par un tressage graphique de polyester gris et blanc, tantôt par un tressage de corde qui rappellent l’âge d’or de la Côte d’Azur. 

Le secteur de l’édition dans sa diversité

Signalons enfin la bonne présence des jeunes éditeurs, de Moustache à la Chance, de Drugeot Manufacture à Hartô et jusqu’à Eno Studio et Objekto, avec un grand nombre de nouveautés souvent inspirées, dont il est impossible de rendre compte de façon exhaustive. A titre d’exemple, Hartô a fait le choix de se concentrer sur ses derniers lancements, à savoir Eustache, le petit banc dandy en chêne massif et velours dessiné par Margaux Keller, ainsi que le banc coffre d’entrée Gabin et sa façade en métal perforé, sans oublier la coffee table avec plateau en bois massif ou marbre, deux créations signées Mathieu Galard. Nous terminons notre tour d’horizon avec La Chance et sa Block Lounge Chair (Jonas Lutz), qui associe des éléments latéraux massifs en noyer, des pieds en laiton polis, et une assise suspendue recouverte de bouclette ou de peau de mouton, en hommage à l’esthétique de l’architecture brutaliste.

Lors d’une édition placée sous le signe de la french touch – avec le forum de tendances « Excuse my french » signé Vincent Grégoire de l’agence Nelly Rodi – les fabricants et éditeurs français ont affiché une belle présence et mis en avant leurs savoir-faire d’excellence et leur créativité. C’est ainsi que Alki a lancé une nouvelle version de la table Kea, qui associe un plateau et un piétement en chêne massif assemblés avec du tube métallique, et les nouvelles tables de repas et tables haute de la collection Kinna, deux créations de Jean-Louis Iratzoki. Également de tradition ébéniste, Dasras poursuit son chemin avec la bibliothèque et le meuble TV très contemporains Stilt, et la table très architecturée Volute, deux créations signées Pierre Dubourg. Dans un autre registre, le fabricant de mobilier métallique Matière grise élargit sa fameuse collection de tables Ankara (Constance Guisset), désormais disponibles en versions ronde, ovale, XXL, gigognes, et avec plateaux en matières nobles, bois et marbre. Il lance aussi un nouveau salon composable, Hegoa (Luc Jozanay), à construire soi-même à partir de modules d’angles, tablettes, dossiers droit et gauche, et méridienne. Mobilier métallique toujours, le fabricant français les Irésistub a orienté son stand vers le contract hôtelier, en exposant sa capacité à fabriquer des têtes de lit, mais aussi des rangements et sièges qui associent son savoir-faire dans le métal cintré avec des plateaux en chêne massif et des assises et dossiers rembourrés.

En préview pour septembre 2019

Le thème de la prochaine session du salon, du 6 au 10 septembre prochains, est déjà connu : il s’agit des espaces de travail, qui sont en pleine métamorphose, et adoptent des aménagements de plus en plus hybrides, en termes de mobilier et de décoration, pour répondre aux impératifs du nomadisme du poste de travail. « Pour recruter les meilleurs profils et les fidéliser, les entreprises doivent être en capacité de créer un environnement de travail créatif et favoriser le bien-être des équipes, explique Philippe Brocart. Notre offre transversale de décoration, de design et d’art de vivre est bien adaptée à ces nouveaux enjeux, et nous avons constaté que les promoteurs immobiliers et les entreprises visitent notre salon pour y trouver de nouvelles idées. » Cette thématique se traduira notamment par des mises en scène de produits sur les espaces « What’s New ? », un programme de conférences et d’ateliers, et des animations événementielles.

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