LILLE 2020 : “Sens fiction”, l’expo qui décrypte les liens design et science-fiction

Au Tri Postal, dans le cadre la Manifestation Lille 2020, Ramy Fischler et Scott Longfellow de RF Studio s’interrogent sur le rôle de la fiction d’anticipation pour imaginer les usages  de demain.  Ils explorent ce sujet  à travers une exposition  et un laboratoire de création.

© Ugo Bievenu_pour_RF Studio

L’exposition met en lumière, à travers un regard de designer, les fictions et les récits d’anticipation de l’ère industrielle qui ont inspiré voire forgé nos usages quotidiens. Œuvres littéraires, cinématographiques et projets de designers sont mis en relation pour agir sur les visiteurs comme des révélateurs de nos façons d’être au monde, notamment face aux technologies. Dans un second temps, RF Studio et son Bureau des usages expérimentent une démarche de création collaborative, où récit et design se conjuguent pour imaginer des futurs alternatifs. Ainsi, auteurs de fictions, experts, opérateurs du quotidien et designers se réunissent dans un laboratoire dématérialisé pour contribuer à l’émergence d’autres imaginaires désirables.


Dès le début de la révolution industrielle, le Frankenstein de Mary Shelley, les aventures scientifiques de Jules Verne ou encore les romans philosophiques de H.G Wells placent – pour le meilleur et pour le pire – la science au cœur d’un nouveau genre de fiction : le merveilleux scientifique. L’exposition dédie une salle à une figure plus tardive, moins connue que Raymond Lœwy ou Norman Bel Geddes, et pourtant particulièrement importante dans l’histoire du design d’anticipation : Hugo Gernsback. À l’orée du XXe siècle, il est l’un des initiateurs de la science-fiction comme la promesse d’un progrès technique transformateur de nos vies et de nos quotidiens. Hugo Gernsback conçoit, par tous les médiums à sa portée, un réservoir abondant d’innovations technologiques, de nouveaux usages précurseurs, le tout mis en récit, et diffusé abondamment par le biais de publications populaires. Il démultiplie ainsi la force du pouvoir d’enchantement des technosciences et ouvre la voie à de nouveaux imaginaires.

Après-guerre, une autre approche, à la croisée de l’innovation, de la conquête des marchés et de la communication, émerge. Elle émane en général de l’industrie lourde ou de l’énergie. Ces entreprises commandent à des illustrateurs des visions du futur qui attestent que leurs industries incarnent – et construisent – au mieux le futur de nos usages. La prophétie devient alors utilitariste. Le syndicat de l’acier américain commande un portfolio d’illustrations du futur à Syd Mead, le célèbre designer qui officiera par la suite dans le cinéma de Science-Fiction. à partir d’un calendrier de prédictions, il dépeint ainsi une vingtaine de scènes de vie du quotidien de demain : le transport individuel et l’automobile y ont un rôle dominant.

L’exposition apporte également une réflexion contemporaine : quels futurs souhaitons-nous vraiment ? Le Bureau des usages, cellule de maîtrise d’usage intégrée à RF Studio,se transforme ici en incubateur d’imaginaires alternatifs. Auteurs, experts, penseurs et acteurs du quotidien sont invités à imaginer des pistes d’avenirs incarnés par des personnages vivant dans le futur. Le public les découvrira dans une salle immersive, dans laquelle un dispositif audio lumineux diffuse ces témoignages qui sont autant de nouvelles façons de se projeter dans le monde à venir.

Dans le cadre de Lille 2020,  du 16/9 au 18/11, au Tri Postal, Lille.

Retrouvez l’interview-fleuve de Ramy Fischler dans notre dernier numéro.

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