Paris Design Week : un nouvel équilibre entre prospective et marché

Intégrer tout l’écosystème du design : telle est la réussite de la Paris Design Week 2018 qui a pris fin le 15 septembre. L’investissement d’un nouveau lieu, Ground Control, situé dans le quartier Gare de Lyon-Daumesnil, a permis de donner un nouvel espace et un nouvel élan aux recherches prospectives et à la jeune création qui composent le « off ».

Ground Control Paris : un nouveau lieu pour des cycle de conférence et expositions

En investissant Graound Control, la Paris Design Week a pleinement profité du public récurrent de cette ancienne friche industrielle de la SNCF – qui génère jusqu’à 80 000 à 100 000 visiteurs par mois – transformée depuis février dernier en espace d’expérimentations sociétales et de création artistique, pour y organiser un cycle de conférences, les « Talks ». Au programme, plusieurs thèmes relatifs à l’urbanisme et à la place du design dans l’espace public, avec parmi les intervenants les designers Matali Crasset, Patrick Jouin, Mathieu Lehanneur, l’architecte Didier Faustino… En parallèle, Ground Control a été le théâtre d’expositions faisant place à la jeune création et aux nouveaux modes d’édition, incluant notamment la perspective du développement durable et l’upcycling. On a pu y voir par exemple les projets finalistes du 6e Rado Star Prize France 2018, sur le thème « Design inspiré par le nature », la plateforme de crowdfunding du 2e TalentLAB de Made.com, les projets de fin d’étude de l’Ecole Bleue, ou un programme d’études sur les nouveaux matériaux proposé par l’ESAD de Reims. En lien avec l’opération Japonisme 2018, les musées ont été intégrés au parcours, notamment le musée Guimet qui a accueilli une installation où le créateur José Lévy explore les liens entre son propre travail et la tradition japonaise.


 

 

Une fréquentation en hausse

Le design est un écosystème complet : « Les éditeurs et industriels se nourrissent de la jeune création et des projets prospectifs, pour les transformer en produits innovants qui à leur tour font vivre les designers et créatifs », résume Franck Millot, directeur commercial de la Safi, organisatrice de l’événement. La Paris Design Week doit fédérer l’ensemble de ces acteurs. » Les marques de design incarnent donc le versant économique de l’événement, en organisant tantôt l’ouverture d’un nouveau show-room – La Chance, Monolithe… – tantôt la présentation de leurs créations les plus récentes, souvent dévoilées pendant le Salon de Milan, et distribuées à partir de la rentrée. Parmi les presque 200 lieux du parcours, on peut citer le très poétique luminaire Titia du designer japonais Arihiro Miyake édité par Nemo Light, « entre manège à chevaux de bois et guirlande de Noël », qui « emprisonne une multitude de points lumineux à l’intérieur d’une forme la plus légère possible ». Autre exemple parmi tant d’autres, Knoll a présenté une version grand format de la superbe table Grasshopper (design Piero Lissoni), qui se caractérise par une structure très élancée à base d’éléments en acier moulé haute performance, renforcée par deux pieds centraux pour pouvoir supporter des plateaux au choix taillés dans le marbre Rosso Rubino, le verre ou différentes essences de bois. Les marques patrimoniales ont toute leur légitimité dans l’événement, comme le montre l’exposition de rééditions et créations nouvelles organisée par Steiner dans son show-room du boulevard Raspail.

Table Grasshopper (design Piero Lissonni pour Knoll)

 

Même si la fréquentation de ces différents lieux est impossible à quantifier pour une manifestation à entrée libre et gratuite, chacun s’accorde à dire qu’elle a été en nette hausse pour cette 8e édition de la Paris Design Week. Une dynamique qui se traduit aussi sur le plan digital, avec une population de 40 000 à 50 000 personnes très actives sur les réseaux sociaux, à l’origine d’un nombre exponentiel de posts qui donnent un écho inédit à l’événement.

 

François Salanne

 

Canapé High Time de Christophe Pillet pour Cappellini

 

Scénographie de Laureline Galliot chez Balsan