Disparition du graphiste Pierre Bernard
Pierre Bernard s’est éteint le 23 novembre 2015 à l’âge de 73 ans alors que l’exposition sur Grapus vient à peine de refermer ses portes à Amiens.

Nous l’avions rencontré lors de son prix Erasmus en 2006 (Intramuros n°147). De cet homme affable et déterminé, nous avions retenu son indéfectible optimisme dans la raison d’être du graphisme. Un “graphisme d’utilité publique” pour tout “ce qui ne relève pas du commerce”. Habité par l’esprit du Bauhaus et initié à l’art de l’affiche militante lors d’un séjour en Pologne par Henryk Tomaszewski, le graphiste (né à Paris en 1942) s’était lancé avec fougue, à la fin des années 60, dans l’aventure Grapus avec François Miehe et Gérard Paris-Clavel, vite rejoints par Alex Jordan et Jean-Paul Bachollet. Le collectif des “crapules staliniennes” va réaliser pendant vingt ans des affiches exubérantes, engagées et provocantes qui feront le tour du monde. Peu après la dissolution du groupe en 1990, Pierre Bernard, qui reçoit le Grand prix national des Arts Graphiques, ouvre l’Atelier de Création Graphique (ACG) avec Dirk Behage et Fokke Draaijer. L’atelier deviendra vite un passage obligé pour de nombreux jeunes graphistes (Vincent Perrottet, Frédéric Teschner, Anette Lenz…) attirés par l’aura joyeuse d’un graphisme qui ne désarme pas. Des affiches feront date comme celle du Secours Populaire qui retrouve un second souffle (la main ailée avait été dessinée sous Grapus) mais aussi des identités visuelles comme celles du Musée du Louvre, des Parcs Nationaux en France… “Le rôle du graphiste est d’amener le commanditaire à se rendre compte de la place importante qu’il occupe dans la société et de valoriser l’action ou tout autre mouvement dans lequel il croit.” La dernière affiche de Pierre Bernard célébrait la Journée de l’AGI (Alliance Graphique Internationale) dont il était un membre très actif. Celle-ci traitait de la transmission.
Annik Hémery