Maison et Objet / Work! Conferences : le design végétal comme enjeu stratégique

L’intérêt croissant suscité par le design végétal reflète les mutations actuelles de la société : promotion d’un cadre urbain plus vert, redéfinition du bien-être à toutes les échelles, depuis la sphère domestique à la sphère professionnelle, stratégie d’identité de marque à travers les espaces d’accueil et showroom…  Depuis plus de dix ans, le parcours d’Alexis Tricoire suit les évolutions de ce secteur prometteur. Invité par le salon à réaliser l’espace d’accueil du hall 6, il partagera ses réflexions et expériences dans le cadre des Work ! Conferences en partenariat avec Intramuros lundi prochain à 11 h à Maison et Objet.


Square édouard-VII, banc Jiboia. Le design végétal dans l’univers du travail, c’est associer la nature à un certain nombre de services : la possibilité de s’asseoir, bien sûr,
mais aussi de poser un ordinateur sur une tablette, d’obtenir une connection USB pour charger son smartphone et d’être éclairé. © Yann Monel

Si ce n’est pas la première fois qu’Alexis Tricoire intervient à Maison et Objet, la programmation d’une conférence sur le design végétal dans le cycle de Work! Conferences témoigne  de la diversité aujourd’hui, des enjeux à l’œuvre  dans la conception d’espaces de travail… tant les formes de travail ont changé. Depuis le hall d’hôtel, son domicile ou le dernier espace de coworking, chacun tient pour acquis de pouvoir travailler  partout dans des conditions agréables dans des lieux dits « intermédiaires ». Ainsi, le développement de nouveaux statuts (free-lance, auto-entrepreneur…) et l’émergence de nouveaux lieux de travail, tels les espaces de coworking, et d’entreprises aux pratiques managériales différentes, comme les start-up, ont eu un effet sur une redéfinition du cadre de travail. D’un modèle d’une entreprise familiale ou d’une structure au fonctionnement pyramidal apparaissent d’autres organisations au fonctionnement – au moins en apparence – plus transversal. Ce qui induit un autre aménagement de l’espace de travail, plus convivial, moins formel, plus proche des codes des espaces privés, censés libérer la créativité des employés.

Un cadre de travail plus attractif

De plus en plus d’entreprises réunissent des acteurs aux statuts très divers : aux côtés des salariés permanents interviennent des prestataires, des free-lances, à la présence plus ou moins longues dans les locaux. Et le cadre de travail doit servir une nécessaire cohésion d’équipe qui ne se fait plus sur les schémas traditionnels. Alexis Tricoire le souligne : « Dès lors, l’objectif est de créer un cadre de travail plus attractif pour le salarié. Spontanément, il va être attiré par des ambiances plus domestiques : salons, cafétérias, baby-foot, salle de sports, etc., viennent agrémenter les espaces de travail dans les entreprises à la pointe du mouvement. Le bénéfice est double : d’une part, il permet de garder le salarié plus longtemps au travail, donc de renforcer l’identité d’entreprise, d’autre part, les espaces informels créent une dynamique pour les équipes. En effet, se rencontrer dans d’autres environnements que la classique salle de réunion permet de libérer la créativité et met donc à profit les meilleures compétences de chacun. »

Réalisation dans un showroom de Boffi © Alexis Tricoire Studio

Design végétal et biophilique

Dans ce contexte, le design végétal suscite un intérêt grandissant. Au départ lié à la psychanalyse, le concept de biophilie est popularisé dans les années 1980 par, entre autres, le scientifique américain Edward O. Wilson, notamment fondateur de la sociobiologie : il s’agit littéralement de « l’amour du vivant » et, plus largement, de l’appétence innée pour la nature prêtée à l’homme. Au point que d’aucuns évoquent le design biophilique pour les aménagements d’espaces intégrant les végétaux. Halls d’accueil, open spaces verts, murs végétalisés, compositions florales… On travaille mieux dans un environnement vert. Ce qui paraît intuitivement du bon sens a été depuis longtemps étayé par diverses études scientifiques : à titre d’exemples, en 1993, l’université du Michigan montrait les effets bénéfiques de la présence des plantes sur l’anxiété des salariés ; vingt ans après, l’université de Cardiff le démontrait sur l’accroissement de la productivité. La question est d’intégrer intelligemment le végétal au contexte, pour des projets pérennes, à l’intérieur comme à l’extérieur, qui tiennent compte bien sûr des attentes et besoins liés à un environnement de travail et apportent le confort attendu (connectique, éclairage, acoustique…).

Alexis Tricoire, Design for nature

Alexis Tricoire ©Yann Monnel

En fondant son agence, Alexis Tricoire investit un terrain jusque-là plutôt réservé aux botanistes  et aux paysagistes. En développant « Design for Nature », il décide de mettre ses compétences de designer au service de la mise en scène de la nature et se spécialise dans la conception de microarchitectures et de bulles de bien-être. Il les monte dans un premier temps dans des espaces publics, pour des événements, en créant de « véritables pièges émotionnels », qui se révèlent des espaces apaisants mais aussi des lieux de contact. Petit à petit, ses scénographies prennent de l’ampleur jusqu’à devenir des installations XXL en France et à l’étranger, et elles touchent des endroits toujours plus inattendus, puis s’inscrivent de façon pérenne dans les entreprises. Au départ, il s’agit surtout d’espaces d’accueil et de showrooms : la présence du végétal induit une certaine proximité, une complicité tacite avec le visiteur. La dimension émotionnelle est toujours présente, qu’il intervienne dans des gares, comme à Angers, ou dans des centres commerciaux, comme aux Galeries Lafayette de Shanghai, il y a toujours une fonction d’apaisement parallèlement à l’aspect décoratif et surprenant. 

Progressivement, l’agence élargit son champ d’action à l’univers du contract. Logiquement, Alexis Tricoire a commencé par l’aménagement de patios, de cours, à l’image de son dernier projet, au square Édouard-VII, et il intervient de plus en plus dans des espaces intérieurs de bureaux. Comme il le rappelle, si le rôle du designer est d’être à l’écoute des nouveaux usages, toute installation végétale demande une certaine technologie. De nombreuses fois primé, son travail place le vivant au cœur du quotidien et sensibilise au respect de l’environnement. Son approche de designer valorise l’interaction entre ses créations et les usagers. Celles-ci sont fonctionnelles, ergonomiques et multisensorielles : il y intègre aussi bien des assises que du son et de l’éclairage, en plus des systèmes d’irrigation permettant au végétal vivant de se développer dans la durée, ainsi que des éléments essentiels pour le branchement d’ordinateurs, la recharge de portables, l’éclairage variable ou encore la question de l’acoustique. Le souhait d’Alexis Tricoire est de « créer des espaces d’immersion où la nature, le mobilier, le son, l’éclairage nous protègent de l’environnement extérieur. C’est permettre au visiteur ou au salarié de s’isoler et de se régénérer, dans un environnement quotidien qui peut être parfois harassant ».  Et le designer rappelle que de telles installations sont nécessairement des enjeux stratégiques pour l’employeur. En effet, si l’impact est rapidement quantifiable, il faut au départ une réelle motivation des dirigeants et, surtout, la conviction de l’optimisation des conditions de travail par le lien biophilique pour que le projet réussisse et soit pertinent.

Nathalie Degardin

MAISON ET OBJET Conférence « le design végétal au service des mutations de la société », lundi 9 septembre 11h, hall 6.

Paris Design Week : nouveau square Edouard VII Paris 9″, visite guidée par Alexis Tricoire de 18 à 21h lundi 9 septembre