Les data : nouvelle tendance du design?

« Tele present Water » David Bowen © Gunnar Knechtel Photography, BIG BANG DATA Exposició, CCCB, 9 Mayo – 26 Octubre 2014 Investigación e innovación en cultura.

 

« Data design ». L’expression fleurit dans moult revues, expositions ou articles. Elle n’en est pas moins obscure. Comme toute nouvelle tendance avant lui, le data design est une mode à laquelle on n’est pas sûr d’adhérer, ni de comprendre avant d’avoir bien mis les pieds dedans. Le design en lui-même, soit. Les data passe encore. Le data design ? Abscons ou plus simple qu’il n’y paraît ?


 

Depuis déjà une vingtaine d’années, la discipline s’est répandue comme une traînée de poudre. Si elle n’est pas née avec les nouvelles technologies, ces dernières l’ont naturellement encouragée. Fils de la visualisation de données (statistiques, cartographies et autres joyeusetés) le data design est l’utilisation de la data (la donnée) comme matériau de production. La donnée comme un objet plutôt que comme un outil. La mission des data designers est de collecter des données, les hiérarchiser et leur donner une forme et une expression esthétique.

Sur le point de résoudre d’importants problèmes contemporains

C’est par exemple une infographie, une interface, un dispositif interactif, une vidéo,  et même un croisement entre textile et codage pour l’atelier DataPaulette… Autant de supports divergents capables de témoigner que les data sont de « si jolies choses » comme le proclame David McCanless. Pionnier dans le domaine, il décèle dans la discipline une réelle esthétique à explorer mais ne s’arrête pas à de simples considérations visuelles. « Le data design est sur le point de résoudre d’importants problèmes contemporains » suggère-t-il à l’occasion d’une conférence en 2010. Les données nous envahissent, provoquant surcharge et saturation. Le data design apparaît comme la solution miracle. Le data designer transmet en effet des informations devenues appréhendables, de par la beauté qui s’y révèle et de par le travail de clarté et hiérarchisation fourni. Pour Vivien Lloveria, la naissance de la discipline est symptomatique de la mutation de la société contemporaine. Son travail dans la revue Communication & Organisation synthétise les questionnements autour du data design. L’intrusion de valeurs esthétiques et rhétoriques dans le domaine des data, là est la modernité. Si le data design vulgarise l’information en étant parfois approximatif, où en reléguant au second plan certaines informations, c’est pour un résultat plus probant, une réponse de la société à la surabondance d’informations dans un monde sur-connecté.

 

 

« Migration in Motion » DAN MAJKA (THE NATURE CONSERVANCY), ÉTATS-UNIS Exposition 1.2.3 data

Les data, sombres architectes de nos vies ?

L’exposition « 1.2.3 data » parcourt, elle, la discipline avec l’ambition de faire disparaître la perception anxiogène des data. La naissance des réseaux sociaux notamment, si elle déclenché une mondialisation des relations virtuelles, a du même coup, fait exploser la quantité informationnelle sur la vie privée de ses utilisateurs.  A l’heure où le privé devient public, il est logique que l’inquiétude gronde. Que ce soit Apple, Facebook, Google, Amazon (les GAFA) ces entités connaissent beaucoup sur nos vies, de nos habitudes alimentaires enregistrées sur nos applications aux noms de nos amis les plus chers, contactés par messageries.  Le data design est ainsi la discipline qui permet de répondre au regard inquiet sur les data en appelant à plus de transparence. La mise en visibilité est peut-être l’occasion de reconstruire la confiance en la data.

 

« DATA STRINGS » Data Domestic Streamers, Espagne Panneaux de bois (OSB), lettrage adhésif, crochets métaliques ficelles de couleurs différentes, cutter. 2,55 x 6 m. Exposition 1.2.3 data

Alors, on plonge dedans?

« Wind of Boston » Refik Anadol, Etats-Unis Exposition « 1.2.3 data »
« WIND MAP » Nicolás García Belmonte Exposition « 1.2.3 data »
« ONE ANGRY BIRD » Periscopic, États-Unis Écran tactile. Exposition « 1.2.3 data »
« THE ARCHITECTURE OF RADIO » Richard Vijgen, Pays-Bas Projection sur écran panoramique réalisé par jointement de panneaux de bois (OSB). 1,40 x 2,48 m (x 8), écrans mobiles tablettes Exposition « 1.2.3 data »
« THE IRANIAN INTERNET BETWEEN FREEDOM AND ISOLATION » Maral Pourkazemi, Grande-Bretagne Impression sur papier « dos bleu » mat 120 g. 2,55 x 4 m Exposition « 1.2.3 data »
« NETWORK EFFECT » Jonathan Harris, Greg Hochmuth, États-Unis Écran tactile 55 pouces, impression sur papier « dos bleu » mat 120 g, panneaux de bois. (OSB). 1,95 x 4,20 m. Exposition « 1.2.3 data »
« WHO OLD ARE YOU ? » David McCandless, Grande-Bretagne Écran tactile. Image tirée de l’ouvrage : David McCandless, Knowledge Is Beautiful: Impossible Ideas, Invisible Patterns, Hidden Connections-Visualized, New York, Harper Design, Harper Collins Publishers, 2014 Exposition « 1.2.3 data »

Marie-Armelle Christien

Tagué dans: