Les deux designers français Jean Lurçat – Mathieu Matégot, face à face entre tapisserie, céramique et mobilier

Pour sa première exposition thématique au 25, rue de Bourgogne, du 17 mai au 29 juin 2019, la Galerie Chevalier a confié le commissariat de l’exposition Face à Face Jean Lurçat – Mathieu Matégot, à l’écrivain et musicologue, Gérard Denizeau, spécialiste de Jean Lurçat, ayant établi le catalogue raisonné et la biographie scientifique du peintre.

Fauteuil Cap d’Ail, de Mathieu Matégot (courtesy galerie Matthieu Richard), céramiques de Jean-Lurçat. Tapis Saturne de Nicolas Aubagnac pour la galerie Chevalier-Parsua © Vincent Thiber

Une confrontation risquée

Mathieu Matégot, détail de Tropique du Capricorne et table servante Gin et corbeille (courtesy galerie Matthieu Richard) © Vincent Thibert

Le figuratif face à l’abstraction, le baroque face au minimalisme des lignes, deux visions que tout sépare mais que la Galerie Chevalier réunit. Jean Lurçat et Mathieu Matégot : il s’agit de ces deux artistes et designers français que la Galerie Chevalier a choisi de confronter à travers quelques-unes de leurs réalisations les plus abouties. Résultat : une rencontre à la fois féconde et conflictuelle, source d’un étrange contrepoint visuel ainsi que libre jeu de renvois et d’échanges entre ces deux créateurs très inspirés de la légende contemporaine du textile. Pour compléter cet accrochage, du mobilier de Matégot, provenant de la Galerie Matthieu Richard et des céramiques de Lurçat viennent ponctuer la scénographie. Plus enthousiaste encore que prophétique, Jean Lurçat n’a jamais, au long de sa carrière, cessé d’inscrire le lyrisme de ses formes et de ses couleurs dans l’ordre du temps musical : «  La tapisserie murale (aimait-il à répéter) chante le parfum, l’ivresse du vin, le lierre et le jasmin, le chat et la pie voleuse, l’œil du coursier, le milan et le faucon, le miel du lait, et le lait des nuées, l’ortie et le caillou, l’absinthe, le thym… » Confiant aux spectateurs vigilants le soin de découvrir sur ses surfaces de laine colorée l’écho de toutes les rumeurs du monde, paisibles ou turbulentes, le grand artiste continue ainsi d’offrir à son public un miroir qui « voit plus haut que l’horizon ». En accord profond, selon ses propres mots, avec cette conception de l’œuvre d’art comme terre d’accueil de tous les signaux visuels aussi bien que sonores balisant depuis les temps obscurs la longue chronique de l’humanité, Mathieu Matégot postule avec la même vigueur l’inscription de l’œuvre textile et cela dans la durée. Plus de vingt ans après la disparition du grand aîné dont il était resté le disciple le plus imprévisible et le moins docile, il insiste, encore et toujours, sur la puissance dramatique d’une pratique textile si idéalement adaptée aux strictes exigences de l’architecture contemporaine  : «  Rien ne fait mieux chanter l’architecture d’intérieur que la tapisserie d’aujourd’hui, aucune expression artistique ne se prête mieux à l’expression d’un certain génie de la modernité. »

Céramiques de Jean Lurçat et fauteuil Mathieu Matégot
Céramiques Saint Vicens de Jean Lurçat, Perpignan

BRICHE Charlotte