L’innovation pour répondre à la crise du logement

La dernière table ronde organisée par Bernard Michel à l’Intramuros Café met l’innovation au service du logement.

Alors que la pénurie de logements dans les grandes villes se fait chaque année plus criante, est-il possible de trouver une solution par le biais de l’innovation technologique et sociale ?
Pour subvenir aux besoins des Français en matière de logement, il n’est pas envisageable de répondre à la demande dans l’urgence, avec de grands ensembles comme dans les années 1970. L’objectif est de construire plus vite et moins cher, et de proposer des bâtiments de qualité, proche des transports, favorisant la mixité entre les habitants.

Un certain nombre d’acteurs institutionnels commence à réfléchir à la question de fonds pour financer cette transformation. Comme le souligne Bernard Michel, président de VIParis et RealEstech Europe, « c’est peut-être en sortant des raisonnements traditionnels que l’on peut trouver des solutions nouvelles, qui pourraient compléter ce que le gouvernement essaye d’accomplir en faisant évoluer les régulations. »


Comment innover pour résoudre plus rapidement cette crise du logement social et intermédiaire ?

L’ancien président de Gecina s’est entouré, à l’occasion d’une seconde table ronde de l’Intramuros Lab, d’invités aux profils complémentaires apportant leurs retours d’expériences :

  • Marianne de Battisti, en charge de l’Innovation, des Relations Institutionnelles et de la Communication chez Icade (opérateur immobilier intégré, conception de produits et services immobiliers innovants pour répondre aux nouveaux usages et modes de vie urbains)
  • Jean-Paul Viguier, architecte, directeur général de l’agence Jean-Paul Viguier et Associés
  • Benjamin Delaux, président directeur-général d’HabX (personnalisation de biens immobiliers)
  • Amaury Courbon, co-fondateur de la startup Colonies (conception et gestion d’immeubles de coliving)
  • Bruno Lunghi, avocat chez PwC, responsable des activités immobilières
  • Guillaume Perrodin, co-fondateur de la startup Syment (digitalisation de l’assemblée générale des syndics)
  • Thibault Leclerc, président de BeeMedias (groupe de médias spécialisés dans l’univers de l’habitat et du design)

L’architecture durable devra être modulable

Pour accroître les taux d’occupation, il nous faut sortir de l’idée de destination d’un bien immobilier (bureau, commerce, hôtel, logement) pour viser la flexibilité des parcours résidentiels et la multi-fonctionnalité (voire la reversibilité) des bâtis.
Comme le souligne Jean-Paul Viguier : « Dans la ville de demain, les espaces ne seront plus différenciés. Il faut que l’ensemble des métiers (architectes, urbanistes, sociologues, pouvoirs publics…) soient présents pour réussir ce pari. »
Pour Bruno Lunghi il faut ensuite réfléchir aux moyens d’accompagner ces acteurs, notamment par la règlementation et la fiscalité.

Projet de logement dans la ville de Sénart
©Jean-Paul Viguier et Associés.

Économie du partage et flexibilité des parcours résidentiels

Les récentes évolutions technologiques ont profondément modifié le rapport des salariés à leurs lieux de vie et de travail, remettant en cause la nécessité de bureaux physiques et de logements fixes.
Ce phénomène traduit une véritable mutation sociétale : le passage d’une économie de la propriété à une économie de l’usage.
Pour répondre aux attentes des nouvelles générations d’actifs, plus nomades et plus flexibles, le marché de la location à court terme doit être fluidifié.
C’est le parti pris de Colonies, qui conçoit puis gère des immeubles de coliving. Les occupants disposent de grands espaces partagés (salon, grande cuisine, terrasse, salle de sport, etc.) tandis que les parties privatives sont réduites à l’essentiel. Les locataires signent des baux de courte-durée avec un préavis de seulement 7 jours.


Les grands espaces partagés (cuisine et salle à manger)
©Colonies
Les grands espaces partagés (salon)
©Colonies

Les espaces privatifs (chambre, salle de bain & kitchenette)
©Colonies

S’adapter aux besoins des habitants, leur permettre de s’exprimer en temps réel, capter puis trier la data est essentiel pour améliorer la conception et la gestion immobilière. Comme le souligne Benjamin Delaux: « dans l’ère actuelle, les millenials n’achètent plus de produits standardisés sans les customiser. Pourtant concernant le logement, dans lequel nous passons la plus grande partie de notre vie, les opérateurs ne pensent pas à demander aux consommateurs ce qu’ils attendent. »

Repenser le lien social

Pour Marianne de Battisti : « Décongestionner les villes est essentiel, ne serait ce que pour des questions de santé publique. Mais la crise actuelle des gilets jaunes est un rappel qu’il existe un autre type de population que les habitants des villes. L’immobilier et l’urbanisme ont un impact prépondérant sur le lien social. En tant qu’acteurs de l’immobilier, nous devons tous agir. »
De ce débat ressort de fait l’impératif de mettre l’immobilier au service de la communauté, tout en ayant un impact durable. Reproduire du lien social en mixant des communautés d’habitants, en les impliquant dans la conception et la gestion des biens immobiliers, ainsi qu’en fluidifiant les échanges entre les différents acteurs (le parti pris de Syment).

Réinventer les modèles et proximités

La conclusion de cette table ronde est que la flexibilité, tout comme la proximité (au travail, aux services, aux collaborateurs ou aux informations) sont essentielles.
La problématique du logement de demain ne se réduit pas à la question de la construction et de la régulation. Il faut créer des lieux de vie partagés, et pour cela, revoir la façon dont on conçoit la ville, ses usages et ses logements. De fait, la ville de demain et ses nouvelles spatialités, plurielles, est étroitement liée à l’urbanisme et la décentralisation.


Comment dès lors, repenser le lien entre la ville et les campagnes ? Quels outils pour adapter le territoire à la nouvelle géographie des emplois ? Des questions abordées lors des prochaines conférences.

Interview Marianne de Battisti et Jean-Paul Viguier
Interview Benjamin Delaux
Interview Guillaume Perrodin et Amaury Courbon
Interview Bruno Lunghi
Interview Bernard Michel


Pour plus d’informations au sujet des prochaines tables rondes, veuillez contacter Lorraine Strauss chez Beemedias : lstrauss@beemedias.fr

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