30/10/2019
La Biennale de Venise 2019 se termine le 24 novembre prochain. Il ne reste plus que quelques jours pour déambuler dans les couloirs de l'exposition générale ou arpenter les canaux de la cité des Doges à la découverte des pavillons internationaux.
La 58e édition de la Biennale présente, depuis le 11 mai dernier, le questionnement de 79 artistes italiens et étrangers sur les habitudes de raisonnement de leurs concitoyens.
"Data-Verse" par Ryoji Ikeda

La grand-messe de Venise est-elle à l’art contemporain ce que le Festival de Cannes est au cinéma, l’immanquable place to be ? Dans le microcosme de l’art actuel, la nouvelle édition curatée par Ralph Rugoff n’en finit pas de faire jaser. Avec ses innombrables oeuvres présentées dans un chaos parfois assourdissant, les deux expositions de l’Arsenal et du Pavillon international dans les jardins peuvent laisser perplexe. Et pourtant, May You Live in Interesting Times laissait présager de belles surprises par le choix assumé d’une double « proposition » de quatre-vingts artistes vivants, valorisant « la multiplicité propre à toute pratique artistique ».
Certes, mais là où le bât blesse, c’est que de thème, il n’y en a pas ! En effet, le directeur de la Hayward Gallery, à Londres, privilégie une vision plus globale de l’art, « comme de sa fonction sociale, critique et de plaisir », rendant ainsi plus complexe notre compréhension de l’exercice. Dans ce dédale d’installations, de vidéos, de peintures, s’échappent des visions assez stressantes, où la machine se rebelle, comme en témoignent Can’t Help Myself, du duo chinois Sun Yuan et Peng Yu, ou encore ce portail de la plasticienne indienne Shilpa Gupta, frappant violemment, à intervalles réguliers, une paroi blanche au Pavillon international. Mais aussi des propos éminemment politiques et sociaux. Ainsi en va-t-il des projets de deux artistes primées : au pavillon international des jardins, la Mexicaine Teresa Margolles présente Muro Ciudad Juárez, mur en béton et barbelés, alors qu’à l’Arsenal la Nigériane Otobong Nkanga déroule Veins Aligned, « chemin » de marbre, verre et peinture, tel un territoire écartelé.

 

Pavillons du Moi, de l’Autre et de la Nature

Si désormais, comme souvent, ces présentations disruptives parlent d’une société en proie à ses démons, dans certains des quatre-vingt-dix pavillons nationaux entre jardins, Arsenal et méandres de la cité, quelques pertinentes approches traitant d’humanité(s) et de nature nous sont données à voir. La Française Laure Prouvost invite à un voyage surréaliste et intergénérationnel avec Deep See Blue Surrounding You / Vois ce bleu profond te fondre.
Chez les Suisses, Moving Backwards, de Pauline Boudry et Renate Lorenz, évoque l’acceptation de l’autre à travers une vidéo épurée et esthétique. À l’humour grinçant des Belges Jos de Gruyter et Harald Thys, mention spécial du jury pour Mondo Cane, ce musée d’inquiétants automates, s’oppose la poétique du pavillon nippon entre anthropologie, environnement et cosmogonie.
À l’Arsenal, les pavillons ghanéen et malgache, dont c’est la première participation, sortent du lot. « Ghana Freedom » convie, entre autres, les majestueuses installations d’El Anatsui, Lion d’or 2015, alors que I have Forgotten the Night, labyrinthe poétique de papiers noirs réalisé par Joël Andrianomearisoa, évoque les fantômes de l’histoire nationale. Enfin, Sun & Sea au pavillon lituanien, Lion d‘or 2019, s’observe depuis une mezzanine. Cet opéra performé par des acteurs en maillot sur une plage reconstituée murmure les désastres du climat. Nature, temps, mémoire, migrations, genre, minorités, déracinement…Tous ces thèmes sont évoqués avec plus ou moins d’envergure à cette 58e édition.

 

 

Virginie Chuimer-Layen