Au dernier étage, la piscine en contre plongée

L’Alhóndiga de Bilbao : cathédrale laïque

24 novembre 2017

L'Alhóndiga de Bilbao vient de recevoir l'Excellence ULI Award 2018. L'Urban Land Institute, organisme de recherche et d'éducation à but-non lucratif créé en 1936, a pour mission de promouvoir et de soutenir les projets de développement durable dans le monde entier. L’occasion de relire le reportage sur l'Alhóndiga réalisé à son ouverture en novembre 2010 par Bénédicte Duhalde et photographié par Mario Pinata Monti.


En mai dernier, la mairie de Bilbao, Biscaye, en Pays Basque espagnol, a rendu à ses habitants l’usage de l’Alhóndiga. Ancienne halle en brique et béton armé, construite en 1905, désaffectée depuis les années 70, elle est devenue sous l’impulsion de Philippe Starck un lieu pour tous, centre de culture de loisirs et de sport. Plus d’un million de personnes s’y est déjà rendu pour nager,  apprendre, pédaler ou ramer, de 7 heures du matin à 23 heures, le soir après le paseo. Construite en 1905 par l’architecte Ricardo Bastida, l’Alhóndiga, halle aux vins, occupe une place particulière dans le cœur de Bilbao et de ses habitants. Derrière les murs du bâtiment d’origine, Philippe Starck et Stefano Robotti, architecte et chef du projet Alhóndiga, ont élevé trois blocs, trois bâtiments, structures d’acier parées de briques qui abritent une médiathèque, un centre d’activité physique et un centre d’activité complémentaire – salles d’expositions, café, restaurants, salles de cinéma… - C’est Marian Egaña Echebarria, conseillère du maire Iñaki Azkuna (Parti Nationaliste Basque) qui a choisi de faire travailler Philippe Starck, pour faire suite à l’immense impulsion donnée à la ville par l’intervention de Frank Gehry avec le Musée Guggenheim. 


 

L’Alhóndiga de Bilbao : cathédrale laïque
Vue sur la terrasse de l'Alhondiga © Mario Pinata Monti


L’Alhóndiga: De briques et d’acier

La brique, qui a construit Bilbao dans les années 50, mais dont le savoir-faire s’est localement perdu, reste le fondement du bâtiment. Son application est ici industrielle, allemande, en parement, sur dalle de béton et structure d’acier, grâce à une composition mathématique, suivant une matrice élaborée de couleurs, de formes et d’épaisseur.

C’est un véritable quartier, une friche abandonnée depuis plus de quarante ans, qui a été réinvestie, un bloc entier de ville de 100 m sur 100 m, entre la Plaza de Toros de Vista Alegre et le Musée Guggenheim. L’Alhóndiga et ses 43 000 m2 est une machine à vivre qui prend soin du corps et de l’esprit. Le concept sport-loisirs-culture est une initiative de la mairie et de son maire Iñaki Azkuna, élu depuis 1999. Il a fait reconnaître sa ville comme la “plus transparente” d’Espagne en matière de communication institutionnelle, de relation au citoyen, contrats de service, travaux publics et économie. La mairie ne voulait donc pas en guise de lieu de rencontre d’un centre commercial mais d’un centre culturel populaire, un lieu ouvert à tous, même aux déshérités, par quatre accès, un lieu où s’abriter, un projet humain et social. Derrière les murs de l’ancien bâtiment, la nouvelle Alhóndiga pose son architecture industrielle, sur 43 colonnes invraisemblables, énormes, inattendues et magiques.

L’Alhóndiga de Bilbao : cathédrale laïque
Une des colonnes de l'Alhòndiga © Mario Pinata Monti

L’Alhóndiga de Bilbao : cathédrale laïque
Une des colonnes de l'Alhòndiga © Mario Pinata Monti


C’est en faisant appel à Lorenzo Baraldi, scénographe italien à Cinecittà, que Philippe Starck a pu avoir accès pour les réaliser à autant d’ateliers et de savoir-faire italiens. Premier interrogé, l’artiste Tony Cragg a refusé de faire les colonnes, refusant de se soumettre aux contraintes de l’architecture : habiller les piliers d’acier. Le projet est resté en stand-by pendant un an, le temps d’archiver trois cents styles de colonnes et d’en choisir quarante-trois. Si Lorenzo Baraldi est de Cinecittà, les colonnes sont loin d’être en carton pâte. “C’est du vrai, explique Stefano Robotti. Derrière chaque colonne, il y a une rencontre gastronomique avec un artisan d’Italie, un réseau incroyable de spécialistes du marbre, du bois, de l’acier, de la brique, de la terre cuite, du béton, de l’aluminium, du bronze, de la pierre, de Lecce, de Milan, de Carrare, de Rome, de Marciano, d’Eibar, de Florence...”


Les colonnes de l'Alhóndiga : Pratiquer le faux pour faire du vrai

“Pratiquer le faux pour faire du vrai, c’est le principe de Philippe Starck, continue-t-il. Les colonnes de l’Alhóndiga spectaculaires par leur variété, sont des colonnes authentiques qui offrent un voyage dans toute l’Italie. Seule la colonne de bronze provient d’Espagne. Les 43 colonnes portent l’architecture et laissent une magnifique perspective au sol. Des colonnes que l’on peut toucher, à l’abri desquelles on peut se reposer.” L’Alhóndiga est le plus grand projet de Starck. “La poésie de l’Alhóndiga était déjà là, dans les murs d’origine mais c’est une énergie énorme qui se dégage de l’intérieur grâce à cette mise en retrait derrière l’architecture originelle. L’architecture  moderne est une architecture du geste. Comment faire l’architecture de demain, c’est la question que s’est posée Starck. La modernité c’est l’Alhóndiga, un lieu où le dynamisme des fonctions s’adjoint la touche poétique d’un Philippe Starck”. C’est un bâtiment moderne parce qu’il mélange les populations, les sportifs, les artistes et les intellectuels. C’est comme une cour des miracles, une cour des cultures, un projet pour les enfants, les adultes, pour les citoyens, qui réunit toutes les classes sociales, un projet d’engagement engagé.

Une cathédrale laïque

Cette cathédrale laïque abrite sept salles de cinéma gérées par la société Golem qui produit, distribue et importe des films indépendants, un auditorium, la piscine -ligne bleue que l’on voit en levant les yeux au ciel- et un soleil sous lequel les gens s’allongent. L’Alhóndiga, c’est l’endroit où l’on se rencontre, l’endroit où l’on se retrouve, l’endroit où l’on se réchauffe, comme un village où l’on partage l’espace, où l’on s’ouvre l’esprit. On y décrypte Starck, ses contradictions positives. Il y répète son credo. “L’architecture n’est pas un geste artistique mais la réponse à des fonctions. L’architecture est un métier. L’Alhóndiga n’est pas seulement un projet poétique, c’est un projet moderne.”

L’Alhóndiga de Bilbao : cathédrale laïque
Au dernier étage, la piscine en contre plongée © Mario Pinata Monti

   

L’Alhóndiga de Bilbao : cathédrale laïque
Sur la place centrale traversante, délimitée par les trois blocs de brique posés sur les colonnes, les soleil de l'Alhòndiga, concept Philippe Starck © Mario Pinata Monti



“Il se passe tout derrière les colonnes ajoute Stefano Robotti : le meurtre, le drame, l’amour… Chaque colonne dessine différentes approches, différentes actions, différentes histoires. Ces colonnes représentent toutes les cultures et toutes les histoires du monde dans un concentré de rapport espace-temps. Ces colonnes ne mentent pas. Elles sont réalisées dans les règles de l’art. Il y a la réalité physique de la matière et derrière, il y a la main de l’homme, la maîtrise des artisans”.

Ce n’est pas Philippe Starck qui a fait un nouveau bâtiment mais c’est encore le résultat du hasard et de la nécessité. Le hasard, un bâtiment vide à Bilbao, la nécessité, offrir un lieu de vie aux gens de Bilbao. “Ce ne sont pas les boîtes, pour des sportifs, pour des  intellectuels ou des artistes qui font la force du projet mais le mélange des boîtes. Parce que la vraie vie c’est le mélange, dit-il. Ici, on peut aimer, s’instruire, se divertir. J’aime cette idée d’avoir été utile. D’avoir donné la confiance en soi, la conscience d’être capable”.

Informations pratiques

Dates

Lieu :
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le 24.11.2017