12/12/2019

1ères Assises du Design : Le Ministre de la Culture et celui de l’Economie et des finances en conclusion des discussions

Bruno Le Maire, Ministre de l’Économie et des Finances, et Franck Riester, Ministre de la Culture sont intervenus hier en conclusion des Premières Assises du design.
Après 48 réunions, lors d’une consultation incluant 200 participants actifs et 1200 contributeurs, dans une scénographie inspirée du serment du Jeu de Paume, la « galaxie du design » (selon les termes du directeur de la Cité du design de St Étienne) apparaissait soudée par un intérêt commun. Lancées en avril par le ministère de l’Économie et des Finances et celui de la Culture et coordonnées par la Cité du design de Saint-Étienne, les premières Assises du design se sont tenues le 11 décembre à Paris: une trentaine de préconisations, pour la plupart déclinées en propositions plus opérationnelles, ont été présentées au Centre de conférence Pierre Mendès France de Bercy, devant plus de 300 professionnels.

Elles résultent d’une consultation sur les enjeux du design en France, menée au niveau national, par des groupes de travail réunissant des organisations professionnelles, des établissements d’enseignement supérieur, des agences régionales de développement économique, des associations de promotion du design, etc., autour des thèmes suivants : installer durablement le design dans les politiques publiques, intégrer le design dans la stratégie des entreprises, engager une politique internationale du design, former au design, valoriser le design.

En regardant l’assemblée de professionnels réunis pour ces premières Assises, un premier constat s’imposait : l’ensemble des acteurs du design français était représenté dans l’assistance : écoles, instituts, organisation professionnelles, centre de recherches, associations,  organisations de salons ou d’événements professionnels, acteurs publics comme privés, grandes agences et petites structures.
Le premier défi, celui de fédérer la majorité des acteurs, était donc relevé.

Un enjeu de lisibilité du secteur

Thématique après thématique, les copilotes des groupes de travail ont détaillé leurs  préconisations, une trentaine au total. Dès les premières interventions est exprimée une volonté de valoriser le design  dans la formation d’un grand réseau avec des « ambassadeurs labellisés » et de montrer le design sous toutes ses composantes,  notamment dans le cadre d’événements étendus à la France ( une «  France Design Week » est évoquée) et de donner une lisibilité à un grand prix.  L’objectif  selon Anne-Marie Sargueil, directrice de l’Institut français du design est de porter une « ambition nationale avec un grand prix du design français ( French Global Design Award) » qui, au-delà des catégories classiques retenues pour les Red Dot Design Awards  ou des If Design Awards, devrait saluer un projet design porteur d’ « un accomplissement pour le genre humain »  en s’inscrivant « dans les 17 objectifs de développement durable de l’ONU ».

Parmi les autres préconisations, on retrouvera une volonté de rendre lisible la diversité de l’offre de formation française en design pour les étudiants,  via une plateforme et/ou une vitrine des projets de diplômes français, tout en faisant reconnaître aussi à l’international une formation à bac + 8.  À ce propos, Emmanuel Tibloux, directeur de l’EnSAD, a évoqué les dispositifs déjà existants pour des étudiants chercheurs, à l’image du doctorat d’art et de création SACRe (pour Sciences, Arts, Création, Recherche) au sein de l’Université PSL. 

Parmi les enjeux de cette volonté de réseaux, d’information et de fédération du secteur et de mutualisation d’expériences,  était aussi mentionnée l’importance d’un réseau à l’étranger, aussi bien en termes d’influences qu’en termes pragmatiques pour être accompagné sur des questions juridiques, administratives, lorsqu’on intervient hors de France.

 

Un design d’intérêt général

Si au cours des diverses interventions – jusqu’à celles des ministres –, les professionnels s’accordaient à définir le design comme un outil pour améliorer la vie quotidienne (« la rendre plus douce » selon les uns voire « être dans l’utile » pour d’autres), la diversité des champs d’actions du secteur aujourd’hui a été soulevée, dans la transposition des approches de réflexion et de process du design pour des enjeux publiques.

Le partage d’expérience de terrain, la 27e Région conforte cette idée que « le service public  peut-être un terrain de jeu pour garantir un design d’intérêt général », avec l’idée d’imaginer une « matériauthèque » qui recense les expériences et recherches menées autour de l’implication d’une pensée design dans la définition des politiques publiques.
L’approche systémique qu’apporte le design permet cette redéfinition d’action politique  dans une logique nécessairement  de réflexion et d’action pluridisciplinaire.  Christian Paul, enseignant à Sciences-Po Lyon et élu local,  témoignait sur le programme Village du futur (« Le design apporte une forme de mobilisation collective qui n’a pas de prix ») tout en citant l’exemple de la Public Factory de l’école, plateforme d’innovation qui accompagne la transformation de l’action publique en réfléchissant à de nouveaux modes d’action, notamment à partir de « sprints créatifs ». Cette idée  d’un décloisonnement en cours des secteurs, par les générations actuelles, était reprise  sous d’autres aspects, en mentionnant des sensibilisation à l’approche du design dans des écoles formant de « futurs décideurs » ou  « futurs commanditaires ».  Tous s’accordaient à faire reconnaître l’apport de la démarche design à un niveau stratégique. Et certains d’appeler à une « conscientisation » plus qu’une sensibilisation au design.

L’intégration du design en entreprise

Dans les préconisations, il est intéressant de souligner des suggestions de partenariats très concrets avec Bipfrance et le Programme d’investissements d’avenir, qui sont des leviers importants pour positionner le design comme une force d’innovation, que ce soit comme un composant stratégique de la compétitivité des entreprises ou par ses champs de recherches et son action transversale.

Si les perceptions divergeaient quant aux données présentant le recours actuel au design des entreprises françaises, la nécessité de mesurer à travers une étude nationale l’impact économique du design faisait l’unanimité. Comme l’exprimait Denis Tersen, directeur général Lille Métropole 2020, « il faut mettre le design là où les entreprises françaises sont prêtes à investir »,  et faire du design intégré dans tous les dispositifs publics qui traitent du design d’entreprises, et là où il y a des chercheurs mettre aussi des designers. Ainsi dans les dispositifs d’aide aux projets la présence d’une démarche design doit être valorisée, pour que le design soit bien compris comme «  un instrument de retournement des entreprises chaque qu’une entreprise est en difficultés, qu’un business model est essoufflé ».

Le témoignage du directeur général des Fonderies de Sougland appuyait cette vision :  «  Aujourd’hui, on offre des solutions, avant on produisait de la fonte » et en citant un écrivain français  précisait qu’il ne fallait pas restreindre « les champs du possible aux limites de son imaginaire », exprimait que pour lui « le designer est un révélateur».

 

Une conclusion portée par des ministres

Si la majorité des acteurs présents reconnaît que cet événement a réussi le pari de réunir en discussions un large panel d’un secteur aux situations et aux missions extrêmement diverses, et approuvaient la trentaine de préconisations présentées, les Ministres ont signifié approuver nombre des propositions opérationnelles, et sans faire d’annonces fermes, s’engagent à participer à la réflexion d’adapter des  dispositifs financiers existants.

Dans un jeu de questions-réponses sur ce que le design représente pour  leurs ministères, Franck Riester note «le principe des assises bon système pour faire remonter ressenti et idées », et souligne « la qualité de la mobilisation des acteurs du design »,  assure que le ministère va continuer à répondre présent, et est « déterminé à  accompagner les différents projets de façon pragmatique et opérationnelle » parce que « le design est au cœur de tout, il faut remettre les créateurs et les artistes au cœur de toute la société par leur capacité à prendre en compte l’autre, à toucher la société,  leur rapport au monde, est essentiel dans nos vies », et cite à travers l’exemple de Charlotte Perriand (cf l’exposition à la Fondation Louis Vuitton) combien le design touche l’humain, son intimité.

Bruno Le Maire résume ce qu’il pense du design en faisant référence à  « 3V » : soit  la vie, la valeur (« le design est une grande part de la valeur des produits aujourd’hui »), la vision (« sur ce que doit être l’économie française sur le long terme », « ce qui fait la force française, c’est le génie créatif »). Le Ministre de l’Economie et des Finances se dit ouvert à ce que le design soit inclu dans les crédits d’impôts recherche ou dans les avantages fiscaux liés à l’innovation.

Sans tirer de conclusions, Bruno Le Maire remarque  également que c’est la première fois que se tient événement de ce niveau-là sur le design, « il y a quelque chose qui se passe et ça va bouger »,  dans un bon timing : il note la préconisation de faire participer le design au Programme d’investissements d’avenir, d’habitude réservé à d’autres grands chantiers ( énergie, nucléaire, le renouvelable, l’intelligence artificielle…) : il est en train d’en définir l’action avec le président de la République  et souligne qu’il s’agit d’un des plus grands dispositifs d’innovation, chiffrés en milliards d’euros.

Le Ministre Franck Riester renchérit en insistant sur  le fait que la diversité des acteurs mobilisés sur les Assises est la preuve d’une attente très forte. À l’image des États généraux des industries culturelles qu’il vient de lancer avec  Jean-Yves Le Drian, Ministre des Affaires Etrangères,  il est convaincu de la force d’action de deux ministères regroupés pouvant s’appuyer sur les acteurs de terrain et les professionnels.

Pour Bruno Le Maire, effectivement,  « si nous voulons avancer, il faut travailler en commun. Si on veut une force de frappe au niveau national et international, il faut se rassembler (…). Développer une signature collective pour le design français, c’est majeur. Le design italien a su parfaitement le faire ». Il soutien l’idée de la création d’un Conseil national du design  pour avoir  cette approche de groupe. Il rappelle donc l’opportunité de profiter de la définition du Pacte productif (à échéance 2035) et du calendrier législatif afférent (une loi vers la fin de l’année 2020) pour y intégrer le design.  Franck Riester rappelle la mission prospective confiée à Bruno Racine sur le statut des artistes-auteur, en reprenant son parcours de vie (résidence, protection sociale, retraite, reconversion…). Et propose un  bilan régulier avec les professionnels du design.

 

Tout est dit : l’impact des ses Assises se mesurera donc à la capacité des acteurs à rester suffisamment unis pour avancer ensemble avec les deux ministères. Si cette idée d’organiser les  assises existe depuis longtemps dans l’esprit d’organisations liées au design, le pas a cette fois été franchi, peut-être au regard d’une actualité récente parfois sombre, avec la disparition de lieux, de structures, ou d’autres qui se sont senties un temps menacées.  Certes, la question du statut du designer est loin d’être réglée, et dans les commentaires qui suivaient la tenue des débats, restait évoquée, liée à ce statut  (ou cette diversité de statuts, entre maison des artistes, agences, free lance, entreprises individuelles…) la nécessité d’apporter des solutions financières – telle que la défiscalisation du design –  pour pouvoir libérer un temps de recherche inhérent à la créativité du secteur. Et aussi permettre les embauches dans les petites structures.  Entre dialogue de ministres, synthèse de réunions, témoignages de professionnels,– où même la poésie s’est invitée avec une déclamation spontanée de  « Vers dorés » de Gérard de Nerval–  ces premières  Assises auront eu ce mérite de mettre en valeur la nécessité de fédérer l’écosystème français du design pour mieux le structurer.

Retrouvez ici : le document complet des synthèses des Assises et la vidéo des débats.

Nathalie Degardin